|
Quinzième dimanche A
13 juillet 2008
Père Jean-Paul Mensior, jésuite
Matthieu 13, 1-23
Isaïe, que nous avons entendu en 1ère
lecture semble plus optimiste que Jésus. Pour lui, la Parole de Dieu
répandue en abondance porte inéluctablement son fruit. Car elle est
habitée par une force irrésistible. Elle ne manque jamais son but,
jamais elle ne retourne à Dieu sans avoir accompli sa mission. En
effet, elle est grosse de la vie même de Dieu : une vie plus
vigoureuse encore que celle de la semence qui porte déjà
mystérieusement en elle l’arbre adulte et le fruit mûr.
Pour Jésus, la puissance
de la Parole-semence ne peut s’exercer qu’avec la complicité du
terrain. D’ailleurs tout ce qui se passe entre Dieu et nous revêt la
forme de l’Alliance : pour que l’amour puisse naître, il faut être
deux. Cette constatation indiscutable pourrait nous inquiéter.
Or je pense que Jésus
veut au contraire nous rassurer : les chrétiens pour lesquels Matthieu
rapporte ces propos de Jésus voient bien et souffrent que l’annonce de
l’évangile ne transforme pas vraiment les païens et les juifs auxquels
il s’adresse.
Et si nous regardons autour
de nous, nous constatons qu’il en est de même aujourd’hui.
Alors nous nous demandons
quel terrain nous sommes, et le bilan. que nous faisons se révèle le
plus souvent, navrant, voire désespérant. La vérité c’est que chacun
de nous est sans doute comparable à tous ces terrains, selon les
moments.
A dire vrai, Je pense
que la parabole veut nous dire autre chose Elle est faite pour nous
révéler « les mystères du Royaume des cieux » . Quels sont ces
mystères ? Justement qu’il ne faut pas s’étonner du fait que l’annonce
de l’Évangile rencontre si peu d’audience. Et l’évangéliste vient nous
dire, comme il y a deux mille ans, « n’ayez pas peur » c’est
prévu, le Seigneur l’avait annoncé. Il suffit qu’il y ait dans le
monde un peu de bonne terre pour faire fructifier la semence. C’est ce
« petit reste » qui est le sel de la terre, qui lui donne du goût pour
Dieu. De même que tous sont sauvés par la grâce d’un seul, de même un
seul peuple parmi les peuples porte l’espérance du monde. Le peu
d’impact de l’Évangile sur nos sociétés ne peut pas stériliser la
semence. La Parole est bel et bien enfouie dans la terre. Jésus dira,
et Paul répétera, qu’il faut qu’elle y meure pour faire germer la vie.
Car, et c’est peut-être
la leçon la plus profonde que nous puissions recueillir de cette
parabole, il faut dire que la graine travaille le terrain, car celui
qui sème, le Christ, selon l’expression de Paul « a la primauté en
tout » donc sur le terrain.
Or ce ne sont pas des
terrains figés, mais des terrains évolutifs, y compris les terrains
pierreux. Rappelons-nous le proclamation de Jean-Baptiste aux
pharisiens en leur montrant les cailloux du chemin : « De ces
pierres, s’écrie-il, Dieu peut faire des enfants d’Abraham. » Et
Jésus lui-même entrant à Jérusalem dira : « Si les enfants ne
parlent pas, les pierres crieront. » Oui Dieu qui est sans cesse à
l’œuvre ne cesse de travailler tous les terrains que nous sommes.,
pour qu’ils deviennent enfin une bonne terre.
|