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dimanche 23 octobre 2005
Père
Jean-Yves Calvez, jésuite
Ce 23 octobre 2005, Benoît XVI canonise Alberto Hurtado, jésuite du
Chili : quelques mots, à cette occasion, sur l’apostolat social des jésuites
et de toute l’Eglise.
La canonisation aujourd’hui du père Hurtado, jésuite chilien, né en 1901,
mort en 1952, il n’y a donc pas longtemps – je l’ai personnellement
rencontré – , me suggère, frères et sœurs, de réfléchir avec vous sur
l’apostolat social, des jésuites, du coup aussi de toute l’Eglise, et sur la
relation de l’apostolat social et de tout apostolat spirituel, parce que
cela se tient en effet. Alberto Hurtado, disons désormais saint Alberto
Hurtado, vous l’avez entendu du père Thomasset, a consacré ses forces à
bien des tâches, l’Action catholique, beaucoup de prédication, de
l’enseignement, une revue. Pourtant il est le plus connu pour avoir fondé
des foyers du Christ, Hogar de Cristo, lieux d’accueil de tous les
miséreux, mourants abandonnés aussi, comme Mère Teresa, et pour avoir
associé, embarqué puis-je dire dans cette initiative quantité de gens de la
ville, les secouant vigoureusement. Il a travaillé de même auprès de chefs
d’entreprises, d’employeurs, d’ouvriers : à les convaincre de la doctrine
sociale catholique, la considérant comme essentielle à la foi, intérieure à
elle. Cet « amoureux du Christ », comme l’on a dit, ne pouvait pas ne pas
être amoureux aussi de tous les frères et sœurs du Christ, des malheureux
surtout. Chaleureux et proche, toujours. Il s’inscrit pleinement dans
l’apostolat social, quelque chose de crucial pour la Compagnie comme pour
toute l’Eglise.
Chez les jésuites cela vient de loin. J’ai souvenir, dès ma jeunesse,
d’ouvriers apostoliques, vieux et jeunes, totalement voués aux pauvres de
leur ville, aux prisonniers, aux ouvriers exploités, aux femmes du service
domestique ; ces jésuites étaient considérés comme parmi les plus dévoués,
images du Christ en somme. Il y a eu ensuite une adaptation à notre temps et
comme une relance et un approfondissement, en adjoignant à ce qui se faisait
déjà une activité intense pour la transformation, chrétienne autant que
possible, de la société; on a dit : de ses « structures », de ses
institutions. Ce fut dans la foulée de l’Assemblée de l’épiscopat
latinoaméricain de Medellin (1968), du Synode des Evêques sur la Justice
dans le monde (1971), du Synode sur l’Evangélisation aussi
(1974). Au total, depuis ce réveil, en trente
années, beaucoup a été accompli. Le nombre de jésuites dans les tâches plus
marquées par ces préoccupations s’est accru. Même compte tenu de
l’amenuisement numérique en certains régions, la présence dans des milieux
de pauvreté – bidonvilles, banlieues, favelles – est plus forte qu’hier. En
toutes sortes de rencontres, dans la Compagnie, dans ses provinces, on donne
occasion de faire état de leur expérience spirituelle à ceux qui se trouvent
socialement les plus engagés. Nombre de jésuites ont des pauvres pour amis –
comme Ignace l’avait souhaité dès le début.
Qu’est-ce qui anime cet engagement? De
l’explicitement spirituel, faut-il dire,
exactement ce qu’avait retenu la 32e Congrégation, par ces mots:
« Il n’y a pas de conversion authentique à l’amour de Dieu sans une
conversion à l’amour des hommes, et, par là, aux exigences de la justice ».
Amour de Dieu donc, amour des hommes, justice. Ou bien : désir de justice,
amour des hommes, amour de Dieu.
Et comment les jésuites rattachent-ils l’apostolat
social en particulier aux « Exercices spirituels », leur patrimoine ? Leur
référence la plus fréquente est la contemplation de l’Incarnation. Beaucoup
d’entre vous connaissent ce moment clé : quand le Fils est envoyé, quand il
est fait homme. Les jésuites insistent sur ce qu’il y a, là, de misère et
de violence selon les termes d’Ignace : hommes « en guerre », hommes « qui
pleurent », « malades », hommes « qui meurent », à côté assurément d’autres
qui sont en paix, en santé, ou ont toute la vie devant eux (ce contraste
même fait partie du tableau). Hommes « aveugles » par ailleurs, et encore
hommes qui « frappent », qui « tuent », vont « en enfer ». Cette misère,
cette violence atteint le cœur de Dieu. A ces hommes concrets nous sommes
envoyés comme le Fils leur est envoyé : et l’apostolat social fait partie de
cela, tout apostolat en vérité.
La réponse est, d’autre part, « l’amour », selon
Ignace en sa Contemplation pour parvenir à l’amour : amour « effectif »,
amour « qui travaille », amour « communication réciproque », à la base de
tout apostolat social précisément. Voilà … ce que je voulais souligner,
frères et sœurs, du désir de ces jésuites, que vous fréquentez, dans cette
église et ailleurs. Saint Alberto Hurtado leur frère va sûrement les inciter
à poursuivre dans ces tâches si chrétiennes, c’est-à-dire tellement à
l’unisson de la religion de l’homme-Dieu – avec toutes ses dimensions
concrètes, sociales entre autres. Il va vous inciter vous aussi, j’en suis
sûr, car toute l’Eglise est de même appelée, chacun de nous, chacun de vous.
Je vous souhaite de réfléchir, cette semaine surtout, à la plus grande part
que vous pouvez, devriez prendre à cet apostolat, en partant du plus
profond, du plus essentiel, du plus spirituel. Lisez, relisez, je vous la
recommande, la page que l’église saint Ignace a mise à votre disposition :
d’Alberto Hurtado, « Qui aimer ? », ou le petit livre « Comme un feu sur la
terre », à trouver au Centre Sèvres, ici à côté. Amen
Ou bien : « Notre
mission veut que nous
introduisions à l’amour du Père, et, par lui, inséparablement à l’amour
du prochain et à la justice » (ibid).
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