Saint François Xavier (6) : La gratuité de l’amour
Après avoir relu la vie de St François Xavier et entendu sa voix à travers ses lettres dans les cinq feuilles de quinzaine précédentes, nous concluons avec la question : en fin
de compte quel fut le motif qui mit Xavier en route ?
Pendant des siècles les lettres de Xavier ont éveillé de nombreuses vocations missionnaires. Mais il arrive qu’on regarde aujourd’hui avec un peu de méfiance les motivations de cet élan
missionnaire. Serait-ce que Xavier aurait été mû d’abord par le désir de sauver des âmes de l’enfer ? Ou par celui de mener la sienne en Paradis ? A travers sa personne, c’est toute la question de la gratuité dans notre service
de Dieu qui se trouve posée.
Certes,
dans l’Evangile, Jésus n’hésite pas à faire appel à la thématique de la punition et de la récompense. Xavier n’innove donc pas en craignant « le feu qui ne s’éteint pas » et en espérant les joies que Dieu a promises à ceux qu’il
aime. Jésus déclare, en réponse à la question de Pierre : « Personne n’aura laissé… à cause du Royaume, qui ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci et, dans le monde à venir, la vie éternelle » (Lc 18, 30). Mais la question
ultime porte sur l’amour : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15). Ce qui vaut pour les disciples vaut aussi pour lui, Jésus, selon le verset cité après la communion dans la messe de saint Ignace qui dit aussi le feu
qui animait Xavier : « Je suis venu allumer un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il fût déjà allumé ! » (Lc 12, 49). Ce feu n’est pas celui de la géhenne mais celui de l’amour ! En définitive, ce n’est ni la crainte du
châtiment ni l’attente de la récompense qui fait courir Xavier. Il n’est pas un mercenaire mais un amoureux. Quel feu le fait courir ? L’amour.
Xavier écrit, le 5 novembre 1546, que Dieu considère plus l’amour que les services qu’on lui rend : « Rappelez-vous sans cesse que Dieu fait plus de cas de cette bonne volonté
pleine d’humilité avec laquelle on s’offre à lui, faisant l’oblation de sa vie pour son seul amour et pour sa gloire, qu’il n’apprécie et n’estime les services qu’on lui rend, si nombreux soient-ils ! »
Ce qui unit Xavier au Christ, c’est avant tout un grand désir de salut, désir enraciné dans un amour brûlant. Cet amour ardent qui veut aimer Dieu
par pur amour et non pas en serviteur intéressé apparaît dans un sonnet que la tradition a attribué principalement à François Xavier (mais également – ce n’est qu’à moitié surprenant - à Ste Thérèse d’Avila). Cette prière dit le
désir sincère d’aimer Jésus par dessus tout, quoi qu’il en coûte, même s’il n’y avait ni enfer ni paradis, parce qu’Il m’a aimé le premier et que je lui dois tout. Puisse le sonnet qui lui fut attribué, et qui dit en vérité
quelque chose de son cœur, faire que tous les chrétiens reçoivent une part de l’esprit de Xavier.
Marc Rastoin, sj
Ce qui me pousse, mon Dieu, à t’aimer,
Ce n’est pas le ciel que tu m’as promis,
Et ce n’est pas l’enfer tant redouté
Qui me pousse à m’abstenir de t’offenser.
C’est toi qui m’y pousses, Seigneur : C’est de te voir
Cloué sur une croix et bafoué,
C’est de voir ton corps si blessé,
C’est qu’on t’insulte, et c’est ta mort.
Ce qui me pousse enfin, c’est ton amour, et tellement
Que, n’y eût-il point de ciel, je t’aimerais,
Et, n’y eût-il point d’enfer, je te craindrais.
Tu ne dois rien me donner pour que je t’aime,
Car même si je n’espérais pas ce que j’espère
Du même amour que je t’aime, je t’aimerais.
Saint François Xavier (5) : Aimer selon Dieu
Après avoir relu la vie de St François Xavier, nous allons entendre sa voix telle qu’elle s’exprime dans ses lettres. Ce qu’il dit ici de l’amour fraternel vaut
pour tous les chrétiens. Qu’avons-nous que nous n’ayons reçu ? Comment pouvons-nous nous aimer comme Dieu nous aime ?
Rendre grâce pour sa vocation et ce qu’elle doit à autrui :
« Quand je me mets à parler de cette sainte Compagnie de Jésus, je ne sais pas comment m’arracher à une si agréable communication et je ne sais pas comment m’arrêter d’écrire. Mais je me
vois dans l’obligation de finir quoique je n’en sente pas le désir et quoique je ne trouve point cette fin : mais les navires ont hâte de lever l’ancre. Je ne sais pas sur quoi m’arrêter d’écrire si ce n’est en disant devant
tous les membres de la Compagnie : si un jour j’en venais à oublier la Société du nom de Jésus, que ma main droite tombe dans l’oubli, car je connais de tant de façons la grandeur de ce que je dois aux membres de la Compagnie.
C’est par vos mérites que Dieu m’a accordé la très grande grâce de me donner connaissance de la dette que j’ai envers la sainte Compagnie, en proportion de la pauvre capacité qui est la mienne. Je ne dis pas que c’est la
connaissance de cette immense dette, car il n’ y a point en moi assez de vertu ni assez de talent pour connaître justement une dette aussi énorme. Mais pour éviter de quelque façon le péché d’ingratitude, j’en ai, par la grâce
de Dieu notre Seigneur, quelque connaissance, bien qu’elle soit limitée. C’est ainsi que je termine, en priant Dieu notre Seigneur, puisqu’il nous a réunis dans sa sainte Compagnie en cette vie-ci, remplie de peines, de par sa
sainte miséricorde de nous réunir dans sa glorieuse Compagnie du Ciel. Dans cette vie, nous sommes en effet si éloignés les uns des autres, pour l’amour de lui… »
S’aimer les uns les autres dans le Christ :
« … je finis donc, sans pouvoir m’arrêter d’écrire le grand amour que je porte à tous en général et en particulier. Si les cœurs de ceux qui s’aiment dans le Christ pouvaient être vus dans
cette vie présente, croyez, mes chers frères, que vous verriez très clairement dans le mien… le Christ, vous le savez bien, a dit que c’est à ceci qu’il reconnaît les siens, s’ils ont de l’amour les uns pour les autres. Que
Dieu notre Seigneur nous fasse sentir à l’intérieur de nos âmes sa très sainte volonté et qu’il nous donne de l’accomplir entièrement ».
Rendre grâce pour le bien qui vient de Dieu (conseils à un compagnon jésuite) :
« Rechercher beaucoup l’humilité… attribuant premièrement et très parfaitement tout à Dieu… Demander à Dieu avec grande instance qu’il me donne de sentir, dans l’intime de l’âme, les
empêchements que je mets de mon côté, à cause desquels il ne me fait pas de plus grandes faveurs et ne se sert pas de moi pour de grandes choses… Ce que vous avez à faire, c’est…de noter avec grand soin les choses que Dieu
notre Seigneur vous donne de sentir…le fruit en est l’impression en votre âme de ces grâces. Vous méditerez sur ce que Notre Seigneur vous aura communiqué, et de là naîtront d’autres grâces de grand fruit par la miséricorde de
Dieu. Vous, vous irez, profitant beaucoup si vous persévérez dans cet exercice d’humilité et de connaissance intérieure de vos fautes : Là est tout le fruit ».
François Xavier
La prochaine fois :
La gratuité de l’amour
Saint François Xavier (4) : En qui mettre sa confiance
Après avoir relu la vie de St François Xavier, nous allons entendre sa voix telle qu’elle s’exprime dans ses lettres. Il nous parle ici
de la confiance en Dieu :
A la Compagnie de Jésus, le 22 juin 1549
« Il y a une grande différence entre celui qui a confiance en Dieu tout en ayant tout le nécessaire et celui qui a confiance en
Dieu sans rien avoir et en se privant du nécessaire, alors qu’il pourrait l’avoir, afin d’imiter davantage le Christ. De même, il y a une grande différence entre celui qui a la foi, l’espérance et la confiance en Dieu alors
qu’il est loin de périls mortels et ceux qui ont la foi, l’espérance et la confiance en Dieu quand ils se sont exposés volontairement à des périls sûrement mortels par amour de Dieu et pour le servir, alors qu’ils auraient pu
les éviter s’ils l’avaient voulu, car il dépendait de leur liberté de s’en détourner ou de les affronter… »
A la Compagnie de Jésus, le 10 mai 1546
« Pendant ce voyage du Cap Comorin à Malacca, je me vis en bien des périls… Il y
eut bien des larmes sur le bateau ; Il plut à Dieu notre Seigneur de nous éprouver par ces dangers et de nous faire connaître ce que nous valons lorsque nous nous confions dans les choses créées ; ce que nous valons, par
contre, lorsque nous renonçons à ces espoirs fallacieux, en leur retirant notre confiance, en espérant dans le Créateur de toutes choses. Il est en sa main de nous rendre forts dans les dangers acceptés pour son amour.
Lorsqu’on les reçoit pour son seul amour, ceux qui s’y trouvent exposés sont persuadés, à n’en pouvoir douter, que toute créature doit obéissance au Créateur ; ils reconnaissent clairement que les consolations goûtées à ce
moment sont plus grandes que la crainte de la mort… Disparues les souffrances, passés les dangers, on ne peut plus ni raconter ni décrire ce qui s’est passé en soi-même au moment du péril, car il ne reste plus qu’un souvenir
profondément gravé : on ne se lassera pas de servir un Seigneur si bon, aussi bien dans le présent que dans l’avenir, espérant que le Seigneur, dont les miséricordes n’ont pas de limites, donnera les forces pour le servir ».
Aux compagnons de Goa, le 5 novembre 1549
« O Frères, que nous adviendra t-il à l’heure de la mort, si pendant notre vie nous ne nous préparons pas et ne nous disposons
pas à savoir espérer et à mettre notre confiance en Dieu, puisqu’à cette heure-là nous allons nous trouver en proie à des tentations, à des peines, à des dangers plus grands que ceux que nous avons jamais vus, aussi bien de
l’esprit que du corps ? C’est pourquoi, c’est dans les choses petites que ceux qui vivent dans le désir de servir Dieu doivent s’employer à s’humilier beaucoup, en se dépouillant toujours en eux-mêmes, en établissant toujours
de grands et nombreux fondements en Dieu, afin de savoir espérer en la suprême bonté et suprême miséricorde de leur Créateur au milieu des grands dangers et des grandes épreuves pendant la vie comme à l’heure de la mort. C’est
là où ils éprouvaient de la répugnance qu’ils auront en effet appris à vaincre les tentations si petites qu’elles aient pu être, car, par leur grande humilité, ils ne mettent pas en eux-mêmes leur confiance et ils renforcent
leur courage en ayant une grande confiance en Dieu.
Personne n’est faible s’il fait un bon usage de la grâce que Dieu notre Seigneur lui donne ».
François Xavier
La prochaine fois :
Aimer selon Dieu
Saint François Xavier (3) : Encore plus loin…
Nous concluons notre bref parcours de la vie de François Xavier. Après le temps de la conversion à Paris et celui du départ pour l’Inde, il y a le temps du
discernement intérieur difficile, de nouveaux départs, toujours plus seul, toujours plus loin, mais jamais coupé de ses frères. Xavier, dans ses dernières années, se révèle non pas seulement comme un apôtre à qui tout réussit
mais comme un mystique confronté à la peur et à l’inconnu.
Saint François Xavier
Encore plus loin…
Mai 1545, à quelques mètres du tombeau présumé de Saint Thomas à Madras. François prie longuement. Depuis quelques semaines, il vit là, éprouvant le besoin de discerner ce que Dieu attend de lui pour la
suite. Que faire ? Rester aux Indes ou partir vers ces nouvelles terres plus à l’est, Malacca, le Japon ?
San Tomé, c’est l’appel du ‘davantage’, du ‘plus avant’ dans la folie de l’amour et le détachement des terres connues, dans l’inconnu des langues et du lendemain. ‘Il faut savoir quitter nos
chambres capitonnées’, dit-il avec humour. Pour François, c’est se quitter soi-même, pour rejoindre l’autre là où il est, quels que soient sa condition, son système de valeurs et, tâchant de le comprendre, lui communiquer ce
qui habite son cœur, cette passion du Christ et sa bonne nouvelle. Xavier n’a pas de recettes, il n’est pas un modèle à imiter, d’autres missionnaires après lui feront mieux ou autrement que lui, mais ce qui fascine en lui,
c’est ce ‘trop-plein’ de foi et d’amour qui ne peut pas ne pas se donner.
Dans l’Evangile Jésus dit à ses apôtres : ‘Allons ailleurs dans les villes voisines afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti’ (Mc 1, 38). Comment ne pas penser à Xavier
allant vers d’autres rives, de l’Inde aux Moluques, des Moluques au Japon, du Japon aux portes de la Chine ? Mais pour quoi, pour qui court-il ainsi ? Une lettre, sans doute la plus connue de toute l’histoire missionnaire,
écrite aux étudiants de l’université de Paris en 1544, dévoile l’ardeur qui l’anime : ‘En voyant les foules de ces régions… je voudrais crier en Sorbonne, à ceux qui ont plus de science que de désir de l’employer pour le
service de Dieu notre Seigneur qu’ils réfléchissent sur le compte que Dieu leur en demandera. S’ils voulaient réfléchir aux talents que Dieu leur a donnés, ils sentiraient alors dans l’intime de l’âme la volonté divine, et
chercheraient plus les intérêts de Jésus Christ que leurs désirs propres, en disant : ‘Seigneur, me voici, que voulez vous que je fasse ? Envoyez-moi où vous voulez’ ».
Au cœur de la vie de Xavier et de son extraordinaire fécondité apostolique, il y a avant tout la docilité à la conduite de Dieu, volonté patiemment, parfois douloureusement, recherchée. Si ‘épopée’
missionnaire il y a, elle n’a rien à voir avec une course en solitaire au gré des vents et des appels tous azimuts. Ancré dans la Compagnie de Jésus naissante, uni à Ignace, « son unique père dans les entrailles du Christ »,
ambassadeur de l’Eglise aux confins du monde d’alors, Xavier trouve ses ‘balises’ dans la dépendance fraternelle, l’obéissance aux impulsions de l’Esprit. Ses nombreuses lettres sont là pour témoigner que cet homme seul est un
homme de communion.
Le 3 décembre 1552, l’aube se levait sur la Chine quand François Xavier, à 46 ans, partait pour le dernier appel. Au XVIIème siècle, un jésuite trouvait à Sanchian la stèle de la première tombe de
Xavier qui portait en portugais, latin, japonais et chinois l’inscription : ‘Ici est enseveli l’homme vraiment apostolique’.
Dominique Paillard
Communauté St François Xavier, Manresa 98.
La prochaine fois :
En qui mettre sa confiance ?...
Saint François Xavier (2) : Le départ
En préparation du 450ème anniversaire de la mort de St François Xavier le 3
décembre 2002 nous proposons de nous souvenir des grandes étapes de sa vie. La fois dernière nous considérions sa conversion, cette fois ci le départ.
A la demande du roi Jean de Portugal, Ignace de Loyola envoie Rodriguez
et un autre compagnon pour la mission aux Indes. Dès Rome, ce compagnon tombe malade et ne peut pas partir. Ignace choisit d’envoyer Xavier avec Rodriguez. Une des peintures de la chapelle dédiée à Xavier dans notre église
représente le moment ou Ignace bénit François au départ de Rome. Mais voilà que, arrivés à Lisbonne, le portugais Rodriguez, est retenu par le roi. François prendra seul le bateau pour les Indes.
Saint François Xavier
Le départ
Rome, un jour de mars 1540… A nouveau Ignace et François, ensemble pour
la dernière fois dans cette autre capitale de l’Europe naissante. Dix ans ont passé ; de nouveaux compagnons ont rejoint les dix premiers, qui, à Montmartre, en 1534, ont fait vœu de suivre le Christ Apôtre et de se mettre à la
disposition du Pape pour toute mission, si la route de Jérusalem leur était fermée. Ils sont partis deux par deux sillonner l’Italie en pèlerins de l’Evangile, et pour François ce fut la première expérience de route « à
l’apostolique », route de pauvreté et de prière, d’humble service et de dépense de soi, de péril imprévu et de rencontres providentielles. Merveilleuse pédagogie de Dieu préparant son apôtre aux missions à venir !
Et voici que par Ignace s’éclaire pour Xavier comme la deuxième étape
de sa vocation, « l’appel de l’Inde », du « départ au loin ». « Prêt à appareiller ! », François l’est, bien au-delà du sens propre, car il apparaît tout au long de sa trajectoire comme l’apôtre intérieurement disponible, jamais
installé, ouvrier de la bonne nouvelle pour toute mission où l’Esprit l’appelle, par la médiation d’Ignace ou celle des événements. C’est ici qu’il faut éviter le piège d’une hagiographie frisant la légende. Toute une imagerie a
présenté François-Xavier comme un « globe trotter » de l’Evangile, baptisant à tour de bras, missionnaire tellement exceptionnel qu’il en devient inaccessible. Géant de la mission, il le fut certes. Mais les kilomètres parcourus
ne doivent pas nous faire oublier ses longs voyages pénibles, ses moments d’inactivité forcée, ses conflits permanents avec les colons portugais, ses mois de prière et de méditation. Xavier l’actif oui, mais aussi le mystique.
Pour approcher vraiment Xavier, le compagnon de Jésus, il faut plutôt
saisir le mouvement intérieur qui le porte toute sa vie. François, c’est vraiment l’apôtre et l’ambassadeur de la confiance en Dieu, confiance toujours en mouvement, en éveil, confiance éprouvée par la peur, les découragements,
la solitude du cœur, les désillusions de l’âge mûr, confiance plus forte cependant que les multiples obstacles liés aux difficultés de l’évangélisation. « Je suis comme une statue au milieu des Japonais », écrira t-il. La
distance, douloureuse, entre le zèle apostolique et la réalité quotidienne, Xavier la connaît et apprend à y consentir purement. Alors ce qui aurait pu être une brèche pour le découragement devient jour après jour tremplin pour
prendre appui sur d’autres forces que les seules siennes, pour s’unir de plus près au Seigneur : « Avec lui dans la peine, avec lui dans la joie ». C’est ce Xavier là, vulnérable, exposé, proche, aux prises avec les résistances
du réel et les combats intérieurs qui est grand, saint, et qui nous touche : « Rappelez-vous sans cesse que Dieu fait plus de cas de cette bonne volonté qui s’offre à lui pour son service, pour son seul amour et sa gloire, qu’il
n’estime les services qu’on accomplit pour lui, si nombreux soient-ils ».
Dominique Paillard
Communauté St François Xavier, Manresa 98.
La prochaine fois :
Encore plus loin...
3 décembre 1552 : Francisco de Jassu y Javier mourait sur l’îlot de Sanchian sur les rives chinoises. Durant les
semaines qui nous séparent de ce 450ème anniversaire, nous chercherons à faire mémoire de ce Saint Patron des missions catholiques dans le monde, canonisé en même temps que son compagnon Ignace, le 12 mars 1622. Si
nous connaissons tous le grand missionnaire, il est possible que nous connaissions moins l’homme, son sens de l’amitié et de la prière. Nous relirons ensemble sa vie et l’une ou l’autre de ses lettres grâce aux feuilles de
quinzaine.
Saint François Xavier
La conversion
1530 : Paris le quartier latin, une chambre d’étudiant… François de xavier, jeune navarrais de 24 ans vient d’obtenir sa licence et brigue le diplôme de « maître es arts », étape obligée
pour faire carrière en ce temps où les chemins de la réussite passent davantage par le savoir que par les armes. Il est jeune, noble, doué, chaleureux, sportif – champion de saut en hauteur du « pays latin » ! -, et surtout
passionné de son temps et de Paris, cette ville qui respire à pleins poumons l’air de la renaissance.
François, un étudiant à qui l’avenir sourit, que Dieu intéresse, un peu, mais beaucoup moins que le désir de se tailler un nom parmi ses pairs. Tout irait bien s’il n’y avait cet étrange
compagnon de chambre pour lequel il n’éprouve aucune sympathie ! Il s’appelle Ignace de Loyola et tout le sépare au premier abord : de 13 ans son aîné, ce Basque a combattu dans le camp adverse de celui de sa famille lors du
siège de Pampelune, il ne paye pas de mine, claudique, néglige sa tenue et à 38 ans semble encore chercher sa voie… Cet étudiant prolongé qui a pourtant attiré à lui quelques amis avec un petit « livre », fruit de son
expérience, les Exercices Spirituels, François l’ignore tout en le recherchant. Que s’est-il passé entre eux au fil des mois ? Inutile de romancer, aucun des deux ne fit de confidence à ce sujet, mais ce qui est sûr, c’est
qu’Ignace a perçu chez Xavier l’éclat d’un feu qui ne trompe pas, qu’il a su attendre et aussi parler quand il le fallait, et après que Xavier, après une longue évolution intérieure « rendit les armes » et suivit Ignace dans
sa quête de Dieu et des « âmes à Dieu ». Polanco, secrétaire d’Ignace à Rome, dira seulement : « j’ai ouï dire à notre grand mouleur d’hommes, Ignace, que la plus rude pâte qu’il ait jamais maniée, c’était au commencement
ce jeune François Xavier, duquel pourtant Dieu s’est servi plus que de tout autre sujet de notre temps… »
Dans la vie de François-Xavier qui va être marquée par une succession de départs et de détachements de plus en plus profonds, « l’appel de Paris », c’est en quelque sorte la grâce du
« départ intérieur », du retournement provoqué par la rencontre personnelle de Jésus-Christ. Toutes ses forces, ses énergies, ses désirs, toute sa formation, son passé, Xavier va les réorienter vers la suite du Christ et le
service des frères. Rien n’est perdu et brisé des dons de la nature et de la culture, mais tout est recentré, non plus sur soi ou sur une belle cause à servir, mais sur Jésus Maître et Seigneur, le Serviteur de l’homme. C’est
cela la vocation apostolique, hier comme aujourd’hui, cet appel à consacrer tout son être à la suite du Christ pour le service de Dieu dans le monde…
Dominique Paillard,
Communauté St François Xavier, Manresa 98.
La prochaine fois :
Le départ...
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