Eglise Saint-Ignace

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10° dimanche A

 

0sée 6,3-6 ; Ps 49 ; Romains 4,18-25 ; Matthieu 9, 9-13
 

 

 

10° dimanche (A)

Père Marc Rastoin,  jésuite

 

Les textes d’aujourd’hui nous parlent de l’Alliance. Comment vivre l’Alliance ? Abraham et Sarah nous éclairent sur la fidélité et Matthieu sur le pardon. Le Seigneur veut entrer avec nous dans une alliance de réciprocité et d’amour et c’est sa nature de réciprocité qui dit le mieux pourquoi le couple est sacrement, signe, de l’amour de Dieu pour nous. Le Seigneur désire d’un grand désir entrer dans une alliance libre et réciproque avec nous : « Moi avec lui et lui avec moi » (Ap 3,20). Il veut prendre notre repas chez nous. « Voici que je me tiens à la porte » et c’est bien ce qu’il fait avec Matthieu, comme il l’avait fait avec Abraham.

         * Abraham a été le premier des croyants et comment ne pas être frappé par la lente marche de constitution de son couple avec Sarah… Longtemps obsédé par la seule perspective de la descendance, ayant utilisé tous les subterfuges possibles pour se donner à lui-même une descendance, Abraham ne va néanmoins jamais se séparer de Sarah et Dieu lui dira même : « Écoute tout ce que te dit Sarah » (Gn 21,12b). On peut dire qu’Abraham n’a pu avoir Isaac, l’enfant de la promesse, qu’une fois qu’il a accepté d’entrer dans une véritable alliance conjugale avec Sarah, une alliance qui le conduit à aimer Sarah au-delà de sa stérilité. Son nom ne sera plus Saraï, ma princesse, avec le suffixe du possessif, ma ‘chose’, mais Sarah. « Dieu dit à Abraham: «Tu n'appelleras plus ta femme Saraï du nom de Saraï, car son nom est Sarah ! Je la bénirai et même je te donnerai, par elle, un fils » (Gn 17,15-16a). Ce qui remarquable c’est le « par elle ». Et Abraham, après avoir tant douté, a cru. Il a eu foi que, du cœur de son vieux couple, apparemment aux portes de la mort, Dieu pouvait faire surgir la vie. Et Sarah a cru aussi : « Par la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge avancé, fut rendue capable d'avoir une postérité, parce qu'elle tint pour fidèle l'auteur de la promesse » (He 11,11). Abraham et Sarah nous apprennent la grandeur de l’être humain, de quelle fidélité et persévérance il est capable. Créé capable de fidélité à l’image d’un Dieu fidèle. Et pourtant nous faisons l’expérience de la vérité de la parole du prophète Osée : « Car votre amour est fugitif comme la rosée du matin… » Fragilité de l’homme.

         * Matthieu était en dehors de l’alliance, jugé par les Pharisiens et les autres comme étant exclu de cette alliance, sans possibilité d’y retourner. Et pourtant… Tel un médecin qui ne s’avoue jamais vaincu, Dieu sans cesse se propose de guérir nos blessures, il nous remet en selle. L’être humain est un être fragile, marqué par son histoire, couturé de cicatrices, porté à douter de lui tout autant que de Dieu, à mettre son espérance dans des idoles qui ne peuvent sauver comme dit le prophète. Et le couple humain affronte ces doutes, ce scepticisme, cet affaiblissement insidieux du lien, pourtant noué dans la joie et la liberté. Combien de fois Jésus appelle à ne pas avoir peur ! Comme pour Matthieu, il nous tend la main. Il nous relève et nous restaure. Il nous rend capable. De nous-mêmes la fidélité nous est impossible mais Dieu nous en rend capable car « à Dieu tout est possible ». Rien n’est jamais perdu.

         * Oui la vie d’un couple est le lieu où le chrétien peut déployer toute sa foi, toute son espérance et toute sa charité. Où il peut aimer dans la nuit, aimer malgré les blessures, aimer jusqu’à donner sa vie comme le Christ. Une vraie vie spirituelle, une vie nourrie de l’Ecriture et des sacrements, permet de vivre toute la richesse de la vocation du mariage. Vécu ainsi, le mariage devient un témoignage vivant de la fidélité de Dieu et de la grandeur de l’homme.

         Je n’oublierai jamais ce missionnaire me racontant la vie d’un vieux couple de catéchistes tchadiens qui étaient mariés depuis 40 ans et ne s’était jamais séparés bien qu’il n’y ait pas eu d’enfants et les non-chrétiens du village hochaient la tête en disant « oui, un homme, une femme, pour la vie, c’est bon… » Oui, cela est bon. Et dans notre monde plus que jamais, une véritable aventure spirituelle, une aventure digne de l’homme, une aventure de foi qui rend témoignage au Christ.