Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                


Homélie             

                                                                                             

10ème dimanche (A)                                                                                                                                    8 juin 2008

Père Marc Rastoin, jésuite

 

Osée 6,3-6 ; Psaume 49 ; Romains 4,18-25 ; Matthieu 9,9-13

Il y a dix ans environ sortait un film nommé « Titanic ». Il était très long, les acteurs n’étaient pas très bons et pourtant il a obtenu le plus grand succès mondial de tous les temps. Pourquoi ?! Parce que les effets spéciaux étaient réussis… et aussi parce que ce film mettait en images ce qui est au cœur du désir de l’être humain : un amour absolu et durable. Rose, l’héroïne centenaire, raconte en effet que jamais son amour pour celui qui l’avait sauvé ne s’était éteint. Un amour qui dure et qui agit. Tel est l’amour du Seigneur pour nous et il souffre qu’il soit comparé à des pluies printanières et passagères (nous en savons quelque chose). Tel est l’amour que désire le Seigneur et qu’il pleure : « Car votre amour est fugitif comme la nuée du matin, comme la rosée qui s’évapore à la première heure ». Un amour d’un instant n’est pas une vraie fidélité. Ce qui donne son prix à l’amour c’est sa constance à travers le temps… et à travers les épreuves. Le séjour satisfait sur sa terre peut être tout aussi éprouvant que la marche dans le désert… Comment faire pour que l’amour dure ? Garde la flamme qui est sa force et sa lumière sans se consumer et refroidir ? Comment être à l’image de Dieu, buisson ardent, feu qui brûle sans se consumer ? Qui renouvelle dans l’épreuve sa force et que les grandes eaux ne peuvent éteindre ?

         Abraham nous offre une piste. « Il trouva la force dans la foi ». Il a mis sa foi dans le Seigneur de la vie, dans le Dieu vivant, il a cru que Dieu pouvait susciter la vie, ressusciter la vie, même lorsque la mort semblait avoir le dernier mot. La foi… Comment dire à quel point tout naît de la foi ? La foi n’est pas seulement au cœur de notre vie chrétienne mais au cœur de toute vie humaine. L’écrivain Robert Musil disait avec humour : « En amour comme dans les affaires, dans les sciences comme dans le saut en longueur, on doit croire, avant de pouvoir gagner» (Robert Musil). Comme cela est vrai ! Rien ne se fait sans la foi et, sans la foi, rien ne s’obtient. Comment ne pas être frappé que tout au long de sa vie, Jésus n’a fait finalement qu’une seule chose : regarder la foi. Ce qu’il voit en premier chez ceux qu’il rencontre, c’est la foi. « Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique » (Mc 2,5)… A propos du centurion, il dit « je vous le dis chez personne en Israël je n'ai trouvé une telle foi !°» (Mt 8,10). Ce qu’il admire, c’est la foi. Celle de la femme au flux de sang et de la syrophénicienne. Après avoir guéri quelqu’un, il aime à dire « ta foi ta sauvé » (Mc 10,52)… Pour Jésus, au début et à la fin d’une vraie rencontre, il y a la foi. Au début et à la fin de sa vie, il y a la foi. La foi, c’est ce que Jésus aimerait voir sur la terre. Jésus croit en la foi ! La foi guérit, la foi relève, la foi éclaire, la foi met en route, la foi sauve. « Tout est possible à celui qui croit » (Mc 9,23) dira-t-il au père de l’enfant malade. Tout… Jésus avait cette foi là : totale, absolue, aimante, entière, sans réserves, envers Celui qu’il appelait ‘Abba’, Père. C’est par cette foi que son amour opère et agit, ne recule devant rien et n’a peur de personne.

         C’est dans cette foi enfin qu’il croit au pardon de Dieu, que Matthieu, homme créé pour aimer, est aussi créé pour pardonner car c’est à l’image de Dieu qu’il a été fait. La foi agissante par l’amour, c’est ce qui permet à Matthieu de se lever et de suivre Jésus. « L’homme se leva et il le suivit ». Quel verset magnifique ! Pourquoi ? Parce qu’il en était capable ! Et comment, lui, le pécheur, en fut-il rendu capable ? Parce qu’il a mis sa foi dans l’amour de Dieu manifesté en Jésus de Nazareth. Ainsi ces lectures nous disent ce que nous avons tant de mal à croire : l’homme est capable d’un amour durable. Il n’y a pas que la planète à avoir besoin d’un développement durable, l’être humain aussi ! L’homme ne peut accomplir sa vie que grâce à la foi. Grâce à elle, il peut se lever et suivre le Christ, c’est-à-dire imiter Dieu lui-même.

         Que le Seigneur nous donne de croire toujours davantage en l’amour de Dieu afin de croire que notre amour aussi peut être durable et notre foi constante. Amen.


Tous droits réservés © Eglise Saint-Ignace