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11ème
dimanche
C
17 juin 2007
Père
Antoine Lauras, jésuite
Luc 7,36-8,3
Comme bien souvent, la page de l’évangile de Luc que nous venons de
lire est tout particulièrement vivante, nous rendant en quelque
sorte participants et contemporains de la scène décrite.
Contemporains donc tout particulièrement les trois personnes
proposées à notre méditation. Trois regards, trois attitudes, qui,
en définitive, nous interrogeront nous-mêmes.
Trois regards.
Le premier qui nous frappe est sans doute celui de la femme qui
pénètre dans la salle du festin. Ayant appris la présence de Jésus
chez Simon, elle se précipite là, n’ayant un regard que pour Jésus.
Les autres participants du repas n’ont aucune importance pour elle,
seule importe la présence de Jésus.
Dans mes journées, quel est mon regard sur Jésus ? Dans quelle
mesure c’est lui qui importe plus que tout autre ?
Le second regard auquel nous sommes invités à nous arrêter est celui
de Simon. Quelle assurance ! Son regard est un regard impitoyable,
un regard qui ne se pose pas de question. Cette femme qui entre, une
pécheresse. La condamnation est sans équivoque. Ce rabbi qu’il a si
« généreusement » invité : un homme comme les autres, incapable de
reconnaître l’identité de cette femme !
Seigneur, purifie notre regard ! Qu’il ne soit pas d’abord un regard
de condamnation et de refus !
Enfin, le regard de Jésus. Loin de se détourner de cette femme, nous
comprenons que le regard de Jésus est un regard d’accueil et de
miséricorde.
Et ces trois regards sont l’expression de trois attitudes si
différentes.
Nous l’avons vu, le regard de Simon manifeste un cœur fier et si sûr
de lui que son jugement est sans appel. Comme celui a qui a été
remis une dette sans importance, il est habité par un amour pauvre
et sans générosité.
Seigneur, change mon cœur de pierre !
L’attitude du Christ est, bien sûr, au cœur de ce récit. Jésus est
celui qui sonde les reins et les cœurs. Simon n’a rien dit, mais le
Christ dénonce le fond de ses pensées et la médiocrité de son
accueil. Par trois fois, il oppose l’attitude de Simon à celle de la
femme : « Tu n’as pas… Elle, elle a… ». Le Christ qui voit le fond
des cœurs est aussi celui qui accueille tout sincère repentir. Car
toute cette page veut nous faire comprendre que Jésus est d’abord
miséricorde et pardon.
Et c’est Jésus lui-même qui nous fait comprendre l’attitude profonde
de la femme par deux expressions qui résument tout : « Il lui est
pardonné parce qu’elle a beaucoup aimé… » et « Va, ta foi t’a sauvée
». C’est parce que cette femme est habitée par une foi totale en cet
homme Jésus qu’elle a eu l’audace de braver tous les interdits de la
loi en se précipitant vers la salle du festin. Elle sait qu’elle est
pécheresse, mais elle est en même temps persuadée qu’aller vers
Jésus c’est aller vers celui qui a tout pouvoir pour pardonner. Sa
foi n’est pas seulement une certitude qui l’habite ; elle est
vivifiée et transformée par l’amour qui la précipite aux pieds de
Jésus.
En la contemplant dans cette démarche extraordinaire, ne
prenons-nous pas conscience de la pauvreté de notre foi, de notre
manque d’amour ? Quels que soient nos péchés et nos faiblesses, nous
comprenons que nous devons faire nôtre la prière des Apôtres : «
Seigneur, augmente en nous la foi ». Et que, tout en même temps,
prenant conscience de l’immense amour miséricordieux du Christ et de
la pauvreté de notre amour, nous demandions qu’en place de notre
amour humain Dieu mette en nous son amour : « Seigneur, donne-nous
ton amour ».
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