Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

11ème dimanche ordinaire- Année C        

Luc 7, 36-8,3

Père Dominique Cupillard, jésuite   

 dimanche 13 juin 2010

Voilà un récit, et c’est vraiment le cas de le dire, qui dégage un parfum de scandale. Un scandale qui n’est pas lié chez Luc au gaspillage du parfum et à la dépense mais à celle qui le répand, une femme de mauvaise vie, qu’on identifiera à Marie-Madeleine, qui embaume le corps de Jésus non pas en vue de son ensevelissement comme chez les autres évangélistes, mais dans un geste fou de repentir et de reconnaissance. Après avoir lu Dan Brown et son Da Vinci Code, on lit ce récit sans broncher mais replacez-le dans la mentalité du temps et de la culture juive. Une femme, cheveux défaits, parfumant et embrassant les pieds d’un homme… Simon a de quoi s’interroger sur l’identité de Jésus Si cet homme était un prophète, il saurait qui est cette femme…: une pécheresse.

Que cette femme soit une pécheresse, Jésus le sait bien, et c’est même pour cela, qu’elle a foncé vers Lui, comme vers son sauveur, entrée par la même porte que Lui chez ce pharisien, chez qui elle ne serait pas, si Lui Jésus, n’y était pas. Avez-vous remarqué comment dans ce récit, l’entrée de cette femme confisque tous les rites d’accueil, reléguant à l’arrière-plan, Simon et ses convives. Tous les obstacles et distances abolis, il n’y a plus qu’elle et Jésus, elle, en larmes, repêchée dans ce regard, qui l’affranchit de la honte et du mépris, le seul regard qui la voie vraiment (tu vois cette femme dit Jésus au pharisien, c’est-à-dire vois cette femme comme je la vois). Ce que Jésus voit en elle, c’est un amour éperdu. Chez saint Marc, Marie Madeleine n’ouvre pas mais brise ce flacon de parfum, dans un geste irréparable. Qui sait si ce n’est pas cela que Jésus aime et contemple chez cette femme, la capacité de tout risquer et de tout perdre par amour, Lui qui va bientôt tout donner et se donner lui-même par amour.

Une fille perdue pense le pharisien. Mais ce sont les perdus comme elle, que Jésus est venu sauver : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu, vous les pharisiens et toi Simon, qui juge selon ta justice. Souvent, on lit ce récit à moitié, en s’intéressant à Marie et en oubliant Simon, quand Jésus au contraire fait tout pour le réintégrer dans cette scène, par le biais de cette parabole des deux débiteurs. On le sait, tout l’art d’une parabole, c’est d’impliquer et de compromettre celui qui écoute dans l’histoire qu’il écoute : Qui a des oreilles, qu’il écoute. Compromis, Simon va l’être, à l’insu de son plein gré pourrait-on dire, exactement comme David, à qui Nathan raconte sa propre histoire. Cet homme, c’est toi ! 2 Sa 12,7. Et bien Jésus semble dire à Simon: regarde-toi bien dans le miroir de cette parabole, prends conscience, pas du péché de cette femme, mais de ton péché à toi. Cet homme qui a peu aimé, c’est toi Simon. Cet homme qui a beaucoup aimé, c’est elle. Ce que 3 fois, tu n’as pas fait pour moi, elle, 4 fois, elle l’a fait, Oui, Simon, tu as bien jugé, autant dire, tu t’es bien jugé.

Mais cette parabole, frères et sœurs, n’est pas une parabole de jugement : c’est une parabole de pardon : Il remit à tous les deux leur dette car les deux étaient pécheurs, l’un et l’autre débiteurs et insolvables : Si Dieu retenait toutes les fautes dit le psalmiste, personne n’y résisterait ? Ps 129

Saint Jean signale dans sa version du récit, que la maison du pharisien est remplie de l’odeur du parfum qui se répand, symbole d’une plénitude, celle du pardon, offert à tous. Là où le péché abonde, la grâce surabonde. Rm 5. Jésus ne condamne ni cette femme ni cet homme pour que soit manifestée une autre justice que celle de la Loi, celle de la foi en Jésus-Christ : Va en paix dit Jésus à cette femme, ta foi t’a sauvée.   

Oui frères et sœurs, telle est la bonne nouvelle qui nous parvient à travers cette scène de la pécheresse et du pharisien : notre Dieu n’est pas un Dieu qui juge mais qui pardonne, et qui nous demande de faire comme Lui. Si Dieu justifie, qui peut encore condamner ? Rm 8.

Mi sé ri cordes dira Claudel, miséricordes du Seigneur, à jamais, cela fait les quatre notes de mon chant. Qu’aujourd’hui et à jamais, ces quatre notes proclament l’amour du Seigneur pour tout homme.

© Compagnie de Jésus