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12° dimanche A
Jérémie 20, 10-13 ;
Ps 68 ;
Romains 5, 12-15 ;
Matthieu 10, 26-33
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12° dimanche (A)
Père Jean-Marc Furnon, jésuite
Ne craignez pas
Ne craignez pas les hommes, ne craignez pas ceux qui tuent le corps,
soyez donc sans crainte. Jésus adresse ces paroles à ses disciples
alors qu’il les envoie en mission. S’il leur dit « ne craignez pas »
et s’il le dit par trois fois c’est qu’il y a motif de craindre et
même de craindre pour sa propre vie.
Jérémie a parlé de la part de Dieu et il a été dénoncé et menacé. Le
psalmiste aussi et nous l’avons entendu dire « L’amour de ta maison
m’a perdu ; on t’insulte, et l’insulte retombe sur moi ».
Jean-Baptiste a parlé et il a été emprisonné puis exécuté. Jésus a
parlé et il a été rejeté, condamné et mis sur la croix. Le disciple
n’est pas plus grand que son maître. En suivant Jésus, il lui est
impossible de se soustraire à la croix. C’est sa dignité.
Mais quelle est cette parole pour qu’elle puisse avoir de telles
conséquences. Ce que je vous dis, dit Jésus, dites-le au grand jour,
proclamez-le sur les toits. Qu’a donc dit Jésus ? Il a parlé du
Royaume et de ce qui fait violence au Royaume. Il a dit : « Le Royaume
de Dieu est tout près de vous » et il a dit aux disciples : « Sur
votre route, proclamez que le Royaume des cieux est tout proche ».
Pour un chrétien, proclamer « Le Royaume de Dieu est là tout près de
vous » ce n’est pas répéter ce que Jésus a dit comme un perroquet le
ferait. Une telle parole est nourrie de la méditation de l’Evangile,
elle sort du cœur d’un homme qui contemple le monde et qui
s’émerveille de la beauté des conduites humaines, qui souffre des
violences que subissent les pauvres, qui désire partager son espérance
à ceux qui perdent pied dans la vie. C’est de ce lieu là que peut
monter une telle parole : le Royaume de Dieu est là tout près de vous.
C’est une parole de révélation, de bénédiction qui sort du cœur du
disciple de Jésus.
Jésus appelle ses disciples à parler, c'est-à-dire à dire quelque
chose de ce qu’ils éprouvent au plus profond d’eux-mêmes et à le
proclamer sur les toits. Ce toit c’est la terrasse d’une maison du
Proche-Orient d’où l’on voit les jardins des voisins, leurs terrasses,
la ruelle devant la maison ; c’est un lieu familier d’où l’on peut
parler à tous ceux qui sont à portée de voix. C’est un conseil de
classe auquel je participe comme élève, comme professeur ou comme
parent. C’est une équipe de direction dans une entreprise. C’est un
journal auquel je propose un article pour prendre part à un débat dans
une question de société qui me tient à cœur. C’est une commission
paritaire. C’est une réunion de famille. C’est un conseil municipal.
C’est un service hospitalier où je suis médecin, ou infirmière ou
externe ou malade. Là, dans un contexte qui m’est familier, le
Seigneur m’appelle à parler, à parler vraiment comme un homme, une
femme, un jeune digne de ce nom. Parler ce n’est pas bavarder ou faire
des discours ; parler c’est chercher la vérité, discerner les pièges
du mensonge et exprimer avec rigueur ce que je crois. Non pas pour
répéter un catéchisme en "copier/coller" mais en m’engageant sur les
questions qui touchent à la vie des hommes à la lumière de l’Evangile
qui est ma lumière sur la route des hommes. Pas forcément parler
« de » Jésus-Christ au conseil de classe mais parler « selon »
Jésus-Christ, selon l’Esprit des Béatitudes.
Sur les grandes ou les petites terrasses des maisons des hommes dans
notre société, il y a des disciples de Jésus qui parlent vraiment. Et
il arrive que pour disqualifier ce qu’ils disent, certains les
accusent d’être chrétien. Ils n’ont pas fait de « prosélytisme » comme
on dit aujourd’hui, ils ont simplement pris position dans l’analyse
d’une situation sociale et la recherche d’une solution en vue d’une
décision. En face d’eux il y a des gens qui refusent leur parole, qui
refuse d’être témoins de ce qu’ils cherchent à dire et qui les
rejettent en les accusant d’être disciples de Jésus.
Dans notre société, il y a des jeunes collégiens qui vont parfois
jusqu’à se dire « athée » pour ne pas être ennuyés par les autres,
professeurs ou élèves, de leur établissement scolaire.
L’évangile nous dit : « Quant à vous, dit Jésus, même vos cheveux sont
tous comptés ». Ne craignez pas, votre Père veille sur vous ; gardez
confiance en lui, même si vous avez peur de ceux qui ont le pouvoir de
condamner, d’exclure, de mépriser.
Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me
prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Cette parole
de Jésus est une promesse, elle est pour nous une ancre solide.
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