Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Douzième dimanche C

 

Zacharie 12,10...13,1

Psaume 62

Galates3, 26-29

Luc 9, 18-24
 

 

 

 

Douzième dimanche C

Père Dominique Salin,  jésuite

 

"Et vous, qui dites-vous que je suis ?"

A chacun d'entre nous personnellement, aujourd'hui, le Christ pose cette question : pour toi, qui suis-je ?

Il nous faut laisser résonner cette question dans notre tête et notre coeur.
Oh bien sûr, la première réponse qui se présente à notre esprit, c'est celle qui est venue aux lèvres de St Pierre. Il n'était pas allé au catéchisme, lui, mais il connaissait l'Ancien Testament, et surtout il avait partagé l'existence de Jésus des mois durant, des années durant. Pour lui, pas de doute, Jésus était le Messie attendu, et plus encore : "Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant !"

Mais Pierre ne savait pas ce qu'il disait. Et nous non plus, il y a bien des chances que nous ne sachions pas très bien ce que nous disons quand nous disons que le Christ est le Fils de Dieu.

Pierre, la suite des événements l'a montré, attendait un Messie religieux, certes, mais aussi politique et militaire, qui allait mettre les Romains à la porte, prendre le pouvoir et rétablir la royauté et la justice en Israël.

Et voici que Jésus lui répond en parlant à mots couverts d'une destinée qui n'aurait rien de glorieux, mais qui ressemblerait à un chemin de croix.

Nous, nous avons renoncé aux rêves de grandeurs. Nous ne croyons pas à un Christ magicien qui résoudrait à lui seul tous les problèmes du monde, et nos problèmes personnels, ceux de notre famille, de nos proches, de notre pays. La vie est si dure, parfois, et depuis si longtemps ! La venue du Christ ne semble pas avoir changé grand'chose, à l'échelle de l'Histoire et du monde... La tentation du découragement nous assaille bien souvent, devant la maladie, la difficulté à trouver du travail, l'injustice, la difficulté à s'entendre, en famille, au travail, dans la cité.

Pourtant, si nous sommes ici, aujourd'hui, dans cette église, c'est sans doute parce que, dans ce monde si dur, dans cette existence humaine qui ressemble souvent à « une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un faible d’esprit », comme disait Shakespeare ; si nous sommes ici, c'est parce que, dans cette cacophonie, la parole du Christ, le témoignage de sa vie et de sa mort, l'étrange rumeur de sa résurrection sont pour nous comme une lampe dans la nuit. Comme, pour le voyageur perdu dans la tempête de neige, la lueur d'une maison ; l'éclat lointain du phare pour le marin qui a perdu ses repères. Il faut continuer à marcher, il faut continuer à naviguer, mais maintenant, nous savons que notre avancée a un sens.

Dans cette nuit à laquelle ressemble parfois notre vie, nous ne pouvons que dire comme Pierre, dans une autre circonstance : "Seigneur, à qui d'autre irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle."
Et que disent-elles, ces paroles de la vie éternelle ?
Elles disent : "Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive !"
Faisons bien attention ! Jésus ne dit pas : "Qu'il prenne ma croix". Elle serait trop lourde. Il dit : "qu'il prenne sa croix". Chacun d'entre nous a une croix dans sa vie. Il a pu la trouver à sa naissance : un handicap, une hérédité. Cette croix a pu lui tomber dessus au cours de sa vie : une maladie, un deuil, un accident. Tous nous avons à porter une croix. Elle est plus ou moins lourde. Nous pouvons nous laisser écraser par elle. Nous pouvons aussi la brandir avec ostentation, et en fatiguer les autres. Nous pouvons aussi, tout simplement, la ramasser, la mettre sur nos épaules et avancer en la portant, à notre rythme, avec nos coups de fatigue, nos chutes et nos coups de jarret, vers la lumière.

Nous ne sommes pas seuls. Ecoutons bien ce que dit Jésus : "Qu'il prenne sa croix et qu'il me suive". Nous ne sommes pas seuls : il est avec nous. Il marche devant nous. Et ça peut tout changer. Dieu porte sa croix avec nous. Il porte toutes nos croix avec nous. Ce n'est plus un Dieu magicien. C'est un Dieu de compassion, au sens fort du mot.

La face du monde n'en est pas changée, mais notre coeur peut être plus léger. Un fardeau est plus léger d'être partagé, surtout quand c'est Dieu qui en prend sa part. Plus notre croix est lourde, plus il est près de nous. La compagnie qu'il préfère, il l'a dit, il l'a montré, ce sont ceux qui souffrent, les pauvres et les pécheurs. Nous pouvons tous nous mettre dans les rangs.