Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                


Homélie             

                                                                                             

12ème dimanche (A)                                                                                                                                    22 juin 2008

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

Jérémie 20, 10-13 – Ps 68 – Romains 5, 12-15 – Matthieu 10, 26-33

Les douze apôtres envoyés par Jésus en mission sont prévenus. Ce qui les attend, ce sont les épreuves, les trahisons, les violences, ouvertes ou larvées. D’ailleurs, les chrétiens sont sans doute déjà dans la persécution, quand cet évangile est rédigé. Ces paroles sont d’abord pour eux.
Quelles armes utiliser pour un tel combat ?

Jésus suggère d’abord à ces hommes qu’ils auront à lutter avec leurs armes à eux, des armes humaines : l’intelligence et la ruse des serpents, car il ne s’agit pas de s’exposer sans discernement au danger, ou de tomber dans le premier piège venu, et en même temps l’innocence des colombes, c’est à dire la pureté d’intention de ceux qui cherchent seulement l’intérêt de Dieu et son Royaume.

Il y ajoute ici un avertissement essentiel sur la façon dont ils auront à parler : s’il y avait de la fausseté ou de l’hypocrisie dans leur parole, un jour, cela serait révélé. C’est pourquoi, dans une période où ils ont bien des raisons d’avoir peur pour leur vie, qu’ils maintiennent sans crainte la droiture et la rectitude de leur parole. Loin d’avoir honte du Fils de l’homme, il s’agira de se déclarer clairement pour lui, et de le confesser devant les hommes

Et puis Jésus leur révèle ce qui sera la source véritable de leur force et de leur fidélité, au sein des pires violences : c’est l’Esprit saint, appelé aussi l’Avocat, le Consolateur. Qu’ils n’aient donc pas à s’inquiéter de ce qu’ils diront quand ils seront traînés devant les tribunaux ; l’Esprit saint leur soufflera ce qu’ils auront à dire.

Car cette exhortation est traversée par un refrain : « Ne craignez pas…n’ayez pas peur !»
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez »

La raison la plus profonde pour être sans peur, c’est, leur dit Jésus, que chacun de vous a un prix infini aux yeux de Dieu. Déjà, leur dit-il, les moineaux qui réjouissent votre vue sont des créatures de Dieu…. mais vous ? avez-vous oublié que votre Dieu est un Père qui prend soin de ses enfants, qu’il connaît chacun de vous par son nom, et que chacun de vous est fait à son image ? Et que cette image a tellement de prix aux yeux de Dieu, que pour la restaurer il a envoyé son propre Fils. Oui, Jésus, c’est Dieu venant au secours de sa propre image, abîmée et blessée en chacun de nous, pour lui rendre son éclat, et refaire de chacun de nous une créature plus belle qu’avant.

Bien entendu, cette exhortation pour l’église naissante est aussi pour nous
Aujourd’hui, le Christ a autant besoin de nous que de ses premiers apôtres pour exister dans le monde. Jusqu’à la fin des temps il aura besoin d’hommes et de femmes capables d’être des témoins. Des témoins qui ne devront jamais oublier que le disciple n’est pas plus grand que le Maître, et que l’honneur de porter le nom de chrétien. est inséparable de l’hostilité ouverte ou sourde que ce nom peut susciter.

Certes aujourd’hui dans notre pays nous ne sommes pas mis à mort physiquement, nous ne sommes pas dans la persécution sanglante. Mais je crois vraiment que, comme chrétien, nous serons de plus en plus soumis à la risée et à la dérision . Et il y a des paroles qui tuent aussi sûrement que la dent des bêtes.

Alors écoutons cette voix qui murmure à notre oreille : « Ne craignez rien ; vous valez bien plus que tous les moineaux du monde. »
 


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