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Treizième dimanche C
1 Rois 19, 16...21
Psaume 15
Galates5, 1...18
Luc 9, 19, 51-62
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Treizième
dimanche
C
Père Jean-Yves Calvez, jésuite - Professeur au
Centre Sèvres
Le radicalisme de
la recherche de Dieu: comment?
Dans l’évangile de ce jour
que de conseils multiples. L’un d’eux un peu en contradiction, semble-t-il,
avec un autre donné aussi dans le récit de la vocation d’Elisée, selon le
livre 1 des Rois: Elisée dit à Elie: “Laisse-moi embrasser mon père et ma
mère, puis je te suivrai”. “Retourne”, répond en effet Elie: ensuite,
remarquons-le, Elisée liquide vraiment toutes choses (ses boeufs, leur
attelage) pour suivre Elie, mais il semble bien avoir été d’abord embrasser
son père et sa mère. Jésus, lui, parle, en apparence, plus radicalement, très
radicalement: « Laisse les morts enterrer leurs morts, toi, va annoncer le
règne de Dieu ». Et : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en
arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu ». Mais il ne faut peut-être
pas trop opposer Jésus et Elie ou Elisée; Elisée je viens de le dire suit
aussi fort radicalement Elie, sacrifiant ses boeufs, brûlant son attelage. Et
il y a ainsi du radicalisme dans mille lieux de l’Ancien aussi bien que du
Nouveau, cela commence avec Abraham prêt à sacrifier son fils. C’est que Dieu
est Testament maître de tout et de tous. “Dieu seul suffit”, comme disait mère
Teresa. J’ai relu cela il y a quelques jours en espagnol, au Honduras, Solo
Dios basta, dans la maison d’une femme que j’ai trouvée vouée au service des
plus démunis des malades du sida, abandonnés des hôpitaux, abandonnés des
familles... Dieu seul suffit. Dieu seul compte. Mais, sommes-nous
amenés à réfléchir aussi, le radicalisme, cela peut être dangereux, cela
peut-être de la recherche de soi-même. La Loi, suppose saint Paul dans notre
texte au Galates, peut être de l’égoïsme, de l’exploit, du culte de l’exploit.
“Ne reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage”, dit saint Paul.
L’ancien esclavage c’est... la Loi, on est fier de l’observer à la perfection,
la liberté acquise par le Christ se reperd ainsi dans l’égoïsme, dit Paul...
Où l’on voit que la liberté que nous a acquise Jésus c’est tout le contraire
de l’égoïsme, de la satisfaction de soi, ce n’est pas la liberté dans le sens
fréquent où l’entend le monde; c’est, nous dit saint Paul, la charité, au sens
le plus fort: “Mettez-vous, par amour, au service les uns des autres, toute la
loi atteint sa perfection dans un seul commandement, ‘tu aimeras le prochain
comme toi-même’, seul commandement donc de nous aimer les uns les autres, ne
pas nous détruire, nous construire plutôt, nous ouvrir entièrement à notre
frère, à notre soeur. Il faut absolument retenir cela de l’Evangile, quoi
qu’il en soit de tout le reste: la première loi, s’il y a une loi, c’est la
charité, de ne pas me tourner vers moi-même mais vers autrui, d’être sensible
à son besoin, d’aller vers lui pour l’aider dans son dénuement, sa misère ou
sa détresse, sa déprime aussi. Vraiment, Jésus ne nous libère pas pour que
nous satisfassions notre égoïsme, mais pour que nous nous tournions vers
l’autre. Les grands saints, oserai-je dire, démontrent tous qu’il n’est de
vrai radicalisme que par la charité. Et surtout, n’allons pas, pour citer un
autre mot de l’évangile, “ordonner que le feu tombe du ciel pour détruire les
Samaritains (ceux qui ne croient pas, ne prient pas de la manière dont je
crois, moi, qu’il faut croire ou prier)”! Les grands saints c’est ainsi Ignace
de Loyola au service des pauvres et des prostituées dans la Rome des misères
provoquées par les guerres au XVI ème siècle, c’est Vincent de Paul dans le
Paris du XVII ème, aujourd’hui c’est Maximilien Kolbe s’offrant pour remplacer
le père de famille que les SS ont condamné à la mort, c’est mère Teresa
changeant de vie à Calcutta et se vouant à tous ceux qui risquent de mourir de
misère dans la rue; tant d’autres qui font de même dans la discrétion. Voilà
ce qu’est mettre la main à la charrue sans regarder en arrière. En sommes-nous
capables? A vrai dire, nous n’avons même pas besoin de nous demander si nous
en sommes capables..., nous devons commencer seulement, libres vraiment,
c’est-à-dire libérés de l’égoïsme. Que le Seigneur nous y aide vraiment.
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