Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Treizième dimanche B                                                                                  dimanche 28 juin 2009

Père Pierre Faure, jésuite           

    Une femme malade depuis douze ans, et qui perd son sang, principe de vie. Une petite fille âgée de douze ans, qui va donc bientôt pouvoir donner la vie, et qui pourtant est proche de mourir. La première cherche à toucher Jésus, elle y arrive, et elle est guérie. L’enfant ne peut plus rien, elle meurt chez ses parents. Jésus va la trouver, lui prend la main et la rend à la vie. Manifestement Marc a rapproché ces deux récits par ce qui les oppose, comme souvent dans la littérature biblique. Mais en plus, nous voyons que Marc a comme emboîté, inséré le récit de la femme malade, à l’intérieur du récit au sujet de la petite fille. Si bien que la petite fille, qui est d’abord très malade, est morte lorsque la femme est guérie ! Si les pompiers secouristes ou les médecins du SAMU étaient intervenus, ils auraient évidemment traité d’abord la petite fille en danger de mort, et soigné ensuite la femme qui attendait la guérison depuis douze ans… Plus sérieusement, les commentateurs pensent qu’en présentant ainsi son récit, Marc, comme Luc d’ailleurs, veut nous montrer que Jésus a pouvoir non seulement sur la maladie mais même sur la mort. Pour lui d’ailleurs « l’enfant n’est pas morte, elle dort », ce qui peut justifier pourquoi il tarde tant à aller chez elle.

En lisant de plus près ce qui précède ce récit, nous voyons qu’il arrive en conclusion d’une série de quatre interventions puissantes de Jésus, mises ensemble par Marc. Ces quatre miracles sont : le récit de la tempête apaisée, que nous lisions dimanche dernier, la guérison du malade mental dont Jésus envoie les démons dans les porcs qui se noient dans le lac, et enfin nos deux récits de guérison et de réanimation emboîtés. Cette série commence le soir, par le départ de Jésus qui quitte la rive Ouest du lac pour l’autre rive. Jésus rencontre l’homme possédé en débarquant sur la rive Est du lac, le matin. Puis il repart sur l’autre rive, et c’est de nouveau au bord du lac qu’interviennent les récits de guérison. Comme dans le théâtre classique, l’unité de lieu est le lac, avec une traversée dans chaque sens. Et l’unité de temps, une journée, qui commence le soir, comme dans la Genèse : « il y eut un soir, il y eut un matin… ».

Ces quatre récits pourraient aussi être réunis sous le titre « La force du Christ, et la foi des humains ». Dans chacun de ces récits, la force de la parole de Jésus arrête le désordre. La tempête, désordre des éléments. La possession, désordre psychique. La maladie, désordre biologique. La mort, désordre par excellence. Marc nous montre Jésus maître de la vie sous toutes ses formes.

Puis, dans chaque récit, Jésus s’adresse ensuite à ceux qui sont avec lui, pour leur parler de la foi. On sent que c’est la foi de ses proches qui le mobilise, qu’il recherche. Et chacun de nous peut peut-être découvrir là, de quoi grandir encore dans sa propre foi au Christ. L’interpellation la plus dure est pour les disciples, apeurés par la tempête. Jésus leur dit : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? » A l’extrême opposé, et paradoxalement, seul l’homme possédé, totalement dérangé dans son esprit, confesse une foi exemplaire lorsqu’il dit : « Que me veux-tu Jésus, Fils du Dieu très haut ? » A Jaïre, le père de la petite fille morte, Jésus dit : « Ne crains pas, crois seulement. » Car la foi est toujours une victoire sur la peur.

Quant à la femme malade, qui finit par toucher le manteau de Jésus par derrière, elle a une démarche de type magique. Elle se disait : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » Et Jésus, « sentant qu’une force était sortie de lui » va rechercher cette femme, jusqu’à ce qu’il la trouve, qu’il la rencontre, qu’il la voie face à face, qu’elle puisse reconnaître qui il est, et qu’elle lui parle en vérité. Alors la rencontre a lieu, Jésus entend sa parole et sa foi, et peut lui dire : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. » On a l’impression que c’est la rencontre autant que la guérison que recherche Jésus.

Aujourd’hui il est bien normal que nous fassions confiance à la médecine pour soigner nos malades. Mais il nous reste l’immense champ de la rencontre et de l’accompagnement des malades, de ceux qui sont en difficulté, de ceux qui souffrent et sont seuls, à commencer par nos familles et nos voisins. Chacun de nous, fortifié par la foi dans le Christ, et nourri de sa propre vie, peut être porteur et témoin de la force et de la douceur du Christ.
 


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