Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

13ème dimanche ordinaire- Année C        

Luc 9, 51-62

Père Marc Rastoin, jésuite   

 dimanche 27 juin 2010

Jésus a pris une décision. Jésus marche. Il monte à Jérusalem. Et, alors même qu’il va vers la mort, il continue à appeler des hommes à le suivre… Mais qu’est-ce que suivre Jésus ? Certains le suivent mais leurs paroles et leurs attitudes montrent qu’ils n’ont pas compris le chemin… Au début de la route vers Jérusalem, Jacques et Jean, les fils du tonnerre, parlent d’un feu venu du Ciel. Ils ont raison, puisque Jésus dit bien : « Je suis venu un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé » (Lc 12,49) mais ils croient que ce feu est fait « pour détruire » et là ils ont tort. A la fin de la route, ils demanderont des places dans le Royaume, à la gauche et à la droite de Jésus. Ils ne comprennent pas mais Jésus les laisse le suivre…

          L’évangile nous présente ensuite trois rencontres. Trois hommes. Trois caractères. Ils sont anonymes et ils nous ressemblent. Ils dessinent la carte de nos attitudes. Par ses réponses, Jésus dit quelque chose de l’esprit qui l’anime. Le premier affirme qu’il suivra Jésus partout. Qu’il peut le faire. Il ressemble à Pierre. Il est certainement sincère mais compte trop sur ses forces. Il est présomptueux. Son oui est enthousiaste mais il ne mesure pas le coût de cette suite, et que sa réponse même lui est donnée d’en haut… Le second est celui que Jésus prend l’initiative d’appeler lui-même. A-t-il deviné son désir ? A-t-il lu dans ses yeux un cœur ‘large et généreux’ ? En tout cas Jésus ne s’est pas trompé : l’homme se dit prêt… mais il a quelque chose à faire. Enterrer son père, le premier devoir d’un fils. La réponse de Jésus est peut-être la phrase la plus dure qui soit sorti de ses lèvres. Quant au troisième, sa réponse semble légitime, d’autant plus légitime qu’elle fait écho à la réponse qu’Elisée fit à Elie : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère puis je te suivrai ». Comment Jésus peut-il répondre aussi durement ?! Jésus ne sait-il pas ce que représente une famille ? Un père ? Comment l’ignorerait-il, lui qui nous a donné le plus beau portrait d’un père jamais écrit, celui du père prodigue ? Lui dont les paraboles parlent si souvent de la famille et de ces parents qui savent « donner de bonnes choses » (cf. Lc 11,13) à leurs enfants ? Lui qui a guéri des enfants sur la seule prière des parents ? Comment peut-il dire cela ?! Eh bien Jésus sait aussi la force de l’excuse familiale. Combien de parents justifient leur travail acharné par le bien supposé de leurs enfants ? Combien d’enfants ne se sentent pas libres de faire ce qu’ils sont appelés à faire au nom d’une tradition familiale ? Jésus met au premier plan une chose : faire la volonté de Dieu. « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ?°» (Mt 12,46) et il répondra : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Lc 8,21). Combien d’immobilismes la famille ne justifie-t-elle pas ? Combien de décisions courageuses ne sont pas prises parce qu’un prétexte familial est donné ? Ce n’est pas la piété familiale que Jésus réprouve, c’est l’immobilisme. Jésus nous place sous le feu de ce Royaume qui par deux fois conclut ses réponses. Il pose finalement à ces hommes - et à nous - une question ‘simple’ : L’Evangile du Royaume est-il le premier critère qui préside à nos décisions ? Jésus dévoile nos atermoiements, nos hésitations, nos ambivalences. Sans aucun mépris mais avec une lucidité absolue. Il y a en lui beaucoup de tendresse pour ces personnes qu’il rencontre et qui veulent sincèrement servir Dieu et le suivre. « Jésus le fixa du regard et se mit à l’aimer » (Mc 10,21) nous est-il dit une fois. Oui beaucoup de tendresse mais une exigence radicale.

Nous ne savons pas ce que firent ces trois hommes. Ont-ils suivi ou pas ? A chacun Jésus a parlé personnellement. A chacun il a parlé de ce qui l’anime lui, de ce qu’il vit lui. Jésus ne dit rien qu’il n’ait pas vécu. Il sait la fatigue des jours, les nuits difficiles sur les collines de Galilée, les pierres de la route. Il est venu pour une chose : annoncer le Royaume, révéler le visage de celui qu’il appelle ‘Abba’, Père. C’est la boussole de sa vie, le cœur de son être : Tout le reste est second par rapport à cela. Jésus enfin s’est décidé. Il a pris une décision. Une décision murie dans la prière, inspirée par l’Esprit, le pousse en avant et il ne regardera pas en arrière. Il n’est pas ‘oui’ et ‘non’. Il dit vraiment ‘oui’, Amen, à Dieu. Il est tendu vers le Royaume. Et notre chemin n’est pas différent. Paul lui ressemble lorsqu’il écrira : « Je ne suis pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis ma course pour saisir tout cela… Frères, je ne pense pas l'avoir déjà saisi. Une seule chose compte°: oubliant ce qui est en arrière, lancé vers l'avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut » (Ph 3,12-14).

Jésus conforme sa vie au Royaume qu’il annonce. Il est en mouvement. Il est vivant. Il ne cessera jamais de l’être. Prions pour qu’il fasse de nous des êtres de décision, toujours en mouvement, toujours plus vivants. Amen.

© Compagnie de Jésus