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14° dimanche A
Zacharie 9, 9-10 ;
Romains 8, 9.11-13 ; Matthieu 11, 25-30.
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14° dimanche (A)
Père Jean-Yves Calvez, jésuite
Qui ne sait, Frères et Sœurs, que l’humilité est le chemin du
christianisme, le chemin de Jésus ? Aux petits sont révélés les
mystères, ce sont les petits qui entendent, qui comprennent, sont
accordés au message. C’est redit dans nos trois textes, et nous nous y
retrouvons facilement, semble-t-il : en premier lieu, selon le
prophète, le roi qui vient pour gagner le monde, « sauver » le monde,
arrive sans apparat, monté sur un simple ânon (allusion déjà à Jésus
entrant à Jérusalem) ; puis, saint Paul nous dit : ceux qui sont sous
l’empire de l’Esprit, l’Esprit par opposition à la chair,
c’est-à-dire, entre autres, la force, la puissance, qui impressionnent
en général les hommes, l’Esprit, lui, c’est par la simplicité et
l’intériorité qu’il frappe, ceux donc qui sont sous l’empire de
l’Esprit, pas de la force, de la puissance, de la connaissance,
ressusciteront, auront la vie, ils l’ont déjà ; et, troisièmement,
enfin, selon saint Mathieu, Jésus doux et humble comme nous le
connaissons en effet dans les Evangiles, Jésus « Fils », totalement
Fils, dépendant donc, petit encore une fois, Jésus apporte à ceux qui
l’accueillent « le repos », disons aussi d’après d’autres textes, la
paix, la joie, toute plénitude. Oui, cela est intimé de tous côtés
dans nos Ecritures et dans les recommandations de l’Eglise, des
églises, à leurs fidèles, nous le savons. Et nous pensons aussi que
c’est en définitive raisonnable : le bien de l’homme ne saurait
évidemment être qu’intérieur. Le reste, le matériel, la
puissance, tout homme sage sait bien que cela trompe. L’homme sage a
toujours de la réserve face au prestige, à la démonstration de
puissance, d’intelligence aussi. La parole de Jésus sur les petits
réveille ainsi quelque chose dans le cœur de presque tout homme, sauf
quelques nietzschéens cultivant la puissance, faux nietzschéens
d’ailleurs, quelque chose comme des nazis, orgueilleusement
supérieurs.
Mais, mais, il y a ce grand mais…, rien n’est moins simple que d’être
humble et petit : c’est ce que je veux vous laisser aujourd’hui à méditer. Il
faut surtout ne pas se prétendre humble et petit comme cela. Et il ne faut pas
du tout croire qu’on puisse l’être à la force du poignet, en s’y efforçant, en
cultivant cela en soi. Il n’y a de petit selon l’Evangile que celui qui ne
pense même pas l’être, l’est sans y penser. L’est devenu sans calcul, par
simplicité c’est tout. Nul ne parle de lui alors, sauf, à voix basse,
quelques-uns qui l’observent, frappés par la simplicité justement. Cela veut
dire que la petitesse est, là, acquise, devenue une seconde nature.
Alors, vous avez déjà compris, je ne vais pas vous encourager à courir après
l’humilité et la petitesse, je vais vous encourager à être simplement
vous-mêmes, sans détour, à ne feindre en rien, et si vous découvrez (cela nous
arrive) qu’en réalité vous faites ceci, cela, par calcul, aussitôt
reconnaissez-le, accusez vous en intérieurement, regrettez le, sans plus
d’ailleurs, c’est le seul moyen de surmonter ce calcul, le cherchant le moins
qu’on peut. C’est là être vraiment donné aux autres, à tout autre, sans plus
penser à soi. Jésus était fils comme cela, tout tourné vers son Père, ne
pensant pas à lui-même. C’est presque impossible dans la condition humaine,
mais Dieu le fait en ceux qui ont commencé à s’oublier. Ils n’ont même
pas l’impression de s’oublier. Ils s’oublient de fait et ont oublié qu’ils
s’oublient. Je suis en train de vous dire un chemin d’inouïe simplicité, qui
va aussi loin qu’il est possible, plus loin même qu’il est possible… Mais il y
a, de fait, des saints, peut-être tous, en qui c’est cela qu’on observe et
qu’on admire : humbles, petits, oublieux de soi, en ce sens qu’il n’y a en eux
aucun effort d’humilité, de petitesse, d’oubli de soi. Transparents
simplement : François d’Assise, Thérèse de Lisieux, Jésus bien sûr, plus que
quiconque. Voir cela en eux, c’est voir le chemin, voir où du moins le chemin
démarre. Après, se transformer : pas même, plutôt se laisser transformer,
oublier. Amen.
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