Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

14° dimanche B

Marc 6, 1-6

 

 

 

 14ème dimanche

     Père Philippe Lécrivain, professeur au Centre Sèvres

 

Avec ce bref récit, Marc nous place au cœur de son évangile. Pour en mesurer toute la profondeur, nous devons nous souvenir de ce qui le précède et de ce qui le suit. Jésus, nous a-t-on dit, depuis qu’il réside à Capharnaüm, a parlé et agi avec force, il a enseigné et guéri avec succès. Mais nous savons aussi que son retour à Nazareth marque le commencement d’une nouvelle étape : parmi ses amis, il va en appeler douze et les envoyer en mission.
Comme on le voit, le moment est important, à la mesure de la question qui s’y pose : Qui donc est cet homme qui parle et agit avec autorité ? Qui donc est celui-ci au nom de qui nous devrions aller parler et agir ? En réalité, nous le voyons, entre le Nazareth d’hier et nos Nazareth d’aujourd’hui, la distance n’est pas très grande. Ne sommes-nous pas comme les compatriotes de Jésus, tendus entre l’étonnement et le scandale.

Certes, nous connaissons Jésus depuis longtemps. Nous sommes de ses familiers et il nous plaît de rappeler qu’il est l’un des nôtres, qu’il a travaillé au milieu de nous et que sa famille nous est bien connue. Marie, une femme de Nazareth, n’est-elle pas sa mère ? Mais, il n’en demeure pas moins que sa soudaine notoriété nous dérange. Pour qui se prend-il donc ? Cette question nous est familière. A chaque fois que quelqu’un nous surprend, en se montrant différent de nous, c’est elle que nous nous posons.
Pour qui se prend-il ? Sous ces mots, il y a de la gêne, mais aussi du mépris et de la rancœur. Sa renommée n’est-elle pas surfaite. Les rumeurs qui courent à son propos, ont-elles quelques fondements ? Bref, comme les compatriotes de Jésus, nous sommes choqués. Mais soyons sérieux et essayons d’être francs avec nous-mêmes. Que se cache-t-il sous cette attitude irréfléchie ? Nous rejetons Jésus au nom de ce que nous connaissons de lui, quitte à l’enfermer dans quelques clichés convenus. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus profond ?

Finalement, et en vérité, nous le savons bien. Si nous nous demandons : Pour qui se prend-il ? D’où cela lui vient-il de parler et d’agir ainsi ? C’est pour ne pas nous poser une autre question : Qui est-il donc ? Et c’est ainsi que nous arrivons au cœur de l’évangile de Marc qui n’a été écrit que pour nous aider à répondre, à notre tour, à la question posée par Jésus à Pierre : Qui dites-vous que je suis ? Nous connaissons déjà la réponse – elle nous est donnée au terme du récit par le centurion qui confesse, au pied de la croix : Vraiment cet homme était le Fils de Dieu !
Dans nos Nazareth d’aujourd’hui, comme ceux et celles qui vivaient hier à Nazareth, nous voici porteurs d’une lancinante question : Qui est-il donc cet homme venu marcher sur nos chemins d’humanité, partager avec nous nos joies et nos peines ? Oui. Quelle est donc son identité profonde ? Une telle question ne peut pas nous laisser indifférents : ou nous répondons comme le jeune homme riche, c’est un rabbi, un maître de sagesse ; ou nous répondons comme Bartimée, l’aveugle, c’est un rabbouni, un ami dans l’intimité de qui il convient d’entrer.

Et nous savons que le premier n’entendit pas vraiment l’appel de Jésus à le rejoindre et qu’il partit tout triste, tandis que le second, sans craindre les ténèbres de sa cécité, s’est précipité vers lui et l’a suivi tout joyeux. Le suivre ou ne pas le suivre, y croire ou n’y point croire. Tel est le défi que Jésus nous lance dans nos Nazareth multiples et variés.

Aujourd’hui, comme hier, il est là nous proposant son humanité comme étant le meilleur chemin vers sa divinité. Mais, comme nous le rappelle Ignace de Loyola, au cœur des Exercices spirituels, pour accomplir ce passage, il faut beaucoup de pauvreté et d’humilité.