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14ème
dimanche B
dimanche 9 juillet 2006
Père
Jean-Jacques Guillemot, jésuite
Marc 6,
1-6
Dans les textes du 14ème dimanche du temps ordinaire nous pouvons
relever deux paradoxes : l’un est tiré de l’Evangile et nous trouvons
le second dans la lettre de Paul aux Corinthiens que nous avons
entendue en seconde lecture. Vous connaissez la définition du paradoxe
: il s’agit d’une opinion qui va à l’encontre d ‘une opinion
communément admise ; ou bien d’un être, d’un fait , qui heurte le bon
sens.
Prenons d’abord l’Evangile. « Jésus est parti pour son pays »,
accompagné de ses disciples. A son sujet ne s’expriment que des
louanges. Il prêche comme jamais homme n’a prêché. Il fait des
miracles.
On s’attendrait donc à ce que, dans la synagogue, parmi les siens, ce
soit la fête, et même une très grande fête. Eh bien, ce n’est pas ce
qui se passe. L’enfant du pays est mal accueilli. En effet, ses
compatriotes ne peuvent imaginer que « le charpentier », « le fils de
Marie » puisse être celui qu’on dit qu’il est – ni qu’il réalise ce
qu’on dit qu’il réalise. Et l’évangéliste de préciser qu’ils « étaient
profondément choqués à cause de lui ».
A la lumière de cet évangile nous pouvons nous interroger : comment
nous accueillons – ou pas – celles et ceux qui, tout proches de nous,
sont témoins de Dieu. Comment nous les écoutons - ou pas :
un membre de notre famille ou un voisin qui nous parle Dieu ; cet
homme ou cette femme que nous connaissons bien qui, au nom du Christ,
remet en cause certaines de nos manières d’agir ou de penser.
Parce que nous nous connaissons tous ces proches, que nous savons
leurs défauts et leurs faiblesses ... nous pouvons être enclins à
dévaloriser leurs témoignages.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa
famille et sa propre maison ». Parole du Seigneur. Parole dont on voit
souvent la réalisation, dans l’histoire, dans notre propre
environnement, et peut-être dans notre propre vie familiale et sociale
... Jésus est passé par là.
La seconde lettre de Paul aux Corinthiens nous fait toucher du doigt
un autre paradoxe. Paul donne la parole à Dieu : « Ma puissance, dit
Dieu, donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Cela fait écho à tout
l’évangile. On pourrait dire que plus nous sommes forts, fiers et sûrs
de nous mêmes – plus nous sommes conscients de nos possibilités, eh
bien moins la puissance de Dieu risque de passer en nous. A l’inverse,
plus nous allons sur un chemin d’humilité, plus nous sommes conscients
de nos propres limites mais pleinement confiants en Dieu, plus alors
la puissance de Dieu peut se manifester en lui.
Là nous sommes en présence d’un véritable paradoxe. En effet, ce n’est
pas ce que nous entendons dire chaque jour, ce n’est pas ce qui est
dominant dans notre monde . Et peut-être que ce n’est pas ce que
parfois nous croyons nous-mêmes. Il faut être riche, savant, en
parfaite santé, dominer les autres... pour réussir sa vie. Ce n’est
pas ce que nous dit St Paul. On pourrait que Dieu se plaît à faire du
grand en passant par les petits, les pauvres, les modestes, ceux qui
ne se prennent pas pour le centre du monde, - ceux et celles qui sont
assurés que, s’ils font quelque chose de grand, ce n’est en rien à
cause de leur propre grandeur, mais bien à cause de celle de Dieu qui
se révèle en eux.
Pensons à Marie, à Paul, cet orgueilleux qui a été particulièrement
éprouvé (« j’ai dans ma chair une écharde » ...). En lui aussi et par
lui , Dieu a fait de grandes choses. Dieu aime travailler ainsi ... Il
me semble que pour nous il y a là une leçon de confiance, une
invitation à la confiance.
Ne nous laissons pas submerger par nos incompétences, nos peurs, nos
timidités, nos faiblesses mais mettons-nous plutôt au service du
Seigneur. Demandons-lui d’accomplir pour nous ce qu’il a tant réalisé
pour d’autres. Comme Paul, nous avons à accueillir cette parole de
Dieu : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans
la faiblesse ».
Nous sommes ici au centre de notre foi. Si nous ne croyons pas à la
résurrection du Christ, et peu d’hommes y croient vraiment, notre foi
est vide, sans objet, écrira Paul. Car si la mort, cette réalité
universelle qui englobe tout ce qui vit n’est pas vaincue et dépassée,
alors rien ne l’est et tout retombe dans le néant.
Aujourd’hui: c’est à chacun de nous que Jésus dit :« Ne crains pas.
Crois seulement. » Et de fait, de quoi pourrions nous avoir peur, si
nous mettons notre confiance en celui qui, en détruisant la mort, a
vidé le monde et nos vies de toute peur ?
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