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Quatorzième dimanche C
Isaïe 66, 10-14
Psaume 65
Galates6, 14-18
Luc 10, 1...20
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Quatorzième
dimanche
C
Père Jean-Jacques Guillemot, jésuite
Isaïe 66, 10-14 ; Galates 6, 14-18 ; Luc 10,
1...20
Chers amis,
A chaque fois que nous écoutons ce passage d'évangile, la tentation est forte
de n'entendre que l'invitation à prier le maître de la moisson d'envoyer des
ouvriers (Luc 10,2). Nous pensons alors un peu trop rapidement que ce texte
s'adresse principalement à d'autres qu'à nous : aux prêtres, aux religieux ou
religieuses, à ces hommes et à ces femmes qui ont donné tout ou partie de leur
vie pour le service de leurs frères et être ainsi ouvriers du Royaume.
Dans l'évangile de Luc Jésus a d'abord envoyé les Douze en mission. Puis à
nouveau il appelle et il envoie non plus douze mais soixante-douze. Un chiffre
évidemment symbolique qui désigne les peuples du monde entier, les
soixante-douze peuples de la terre dont parle le livre de la Genèse (Genèse
10, 2-31). Nous tous, par conséquent. La mission n'est plus confiée à
quelques-uns, mais à tous. L'évangéliste n'a de cesse de rappeler que la Bonne
Nouvelle n'est pas à destination seulement du peuple élu. Elle doit « résonner
jusqu'aux extrémités de la terre ».
Les soixante-douze sont envoyés deux par deux. Ce ne sont pas des individus
isolés qui sont appelés. Ils sont désignés et envoyés deux par deux pour être
des témoins. L'annonce de l'évangile supporte mal que l'on fasse cavalier
seul. Etre envoyé deux par deux, c'est découvrir et prendre en compte l'autre
différent de soi. C'est faire ses premières armes avec les rudiments de la vie
communautaire. C'est faire une expérience d'Eglise. C'est aussi participer à
la marche des compagnons d'Emmaüs au soir de Pâques. Pouvoir avec un frère
parler et reparler du chemin parcouru, des personnes rencontrées, des
événements vécus au point de reconnaître dans la force du partage et la grâce
du dialogue le visage de celui qui rejoint sur la route ceux-là à qui il donne
mission d'aller « dans toutes les villes et les localités où lui-même devait
aller » (Luc 10,1).
Villes et localités qui nous attendent ou ne nous attendent pas et qui sont
traversées par un grand sentiment de fatalité mais c'est là que nous sommes
invités à porter l'espérance sans argent et sans bagage et en offrant la paix.
Porter l'espérance, quelle espérance ?
« Le règne de Dieu est tout proche de vous » tel est l'unique message confié
au soixante-douze disciples. Ce règne porte un nom : Jésus. Ainsi les
disciples partent-ils en avant pour annoncer sa venue. Ils vont trouver les
gens pour leur dire qu'il leur arrive quelque chose, quelqu'un. Un don, une
joie. Reprenons l'ensemble de la première lecture de ce jour.
« Réjouissez-vous avec Jérusalem ...avec elle soyez pleins d'allégresse ». Le
Règne de Dieu est paix et joie dans l'Esprit. « Vous serez nourris et
rassasiés » (Isaïe 66, 10). Le message évangélique nous rappelle l'issue
heureuse de toute l'aventure humaine. « Le Règne de Dieu est tout proche de
vous », le Christ ne vient pas lier des fardeaux sur vos épaules, il vient
vous en libérer. Le Christ - le Royaume est là, à vos portes, dans vos vies.
« N'emportez ni argent, ni sac, ni sandales ». N'emportez rien, c'est-à-dire
rien d'autre que ce message de la « bonne nouvelle » que vous avez découvert
et dont je vous ai parlé, dit Jésus, comme d'un trésor caché dans un champ, ou
comme d'une perle de grand prix. Ne rien emporter car il ne s'agit pas
d'éblouir les destinataires du message par la richesse, le prestige, pas même
le prestige de la parole. La seconde lecture de ce dimanche invite les
disciples à se présenter dans la pauvreté. « Que la croix de Notre Seigneur
Jésus-Christ reste mon seul orgueil » écrit Paul aux Galates. Le messager doit
se présenter démuni pour que l'attention se tourne vers le Christ et que le
regard se porte sur Dieu lui-même et non sur le prestige d'un corps de
« vérités » séduisant.
Nous devons nous interroger sur la manière dont nous honorons ce qui est
indiqué à travers les consignes données par Jésus : ne pas conditionner les
destinataires de l'Evangile par le poids des « richesses » de tous ordres qui
sont « étrangères » à cet Evangile.
Porter l'espérance, ne rien emporter, et puis offrir la paix à la manière des
agneaux.
En consentant à la vulnérabilité, à la fragilité de qui sait tenir debout
grâce à d'autres, pour d'autres aussi. Se laisser toucher par celles et ceux
avec lesquels nous allons partager une parole, un moment, un repas. Risquer un
pas vers ce qui est inconnu, oser une rencontre, être chacun à notre façon
témoin de la parole reçue pour faire advenir le Règne de Dieu - voilà à quoi
nous sommes appelés - avec les Douze, avec les soixante-douze - et comme eux
pour dire Dieu aux hommes et aux femmes de notre temps.
L'évangile, enfin, insiste beaucoup sur la liberté - celles des messagers
comme celle des destinataires de la « bonne nouvelle ». S'ils ne sont pas
reçus, les disciples ne se laisseront dominer ni par la déception, ni par
l'angoisse... mais ils partiront ailleurs, vers d'autres cités - et ils
partiront dans la paix. Car une seule chose est nécessaire : désirer offrir
l'amitié de Dieu, et seulement pour la joie.
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