Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                


Homélie             

                                                                                             

Quatorzième dimanche (A)                                                                                                                                   6 juillet 2008

Père Marc Rastoin,  jésuite

Za 9,9-10 ; Ps 144 ; Rm 8,9.11-13; Mt 11,25-30

         « Moi je vous procurerai le repos » dit Jésus. « Le repos ». Au début de l’été, du temps des vacances, c’est une phrase bien sympathique à entendre… Mais Jésus est-il vraiment bien placé pour nous promettre le repos ? En regardant sa vie, ne voyons-nous pas un homme « qui n’a pas d’endroit où reposer la tête » (Mt 8,20) ? Un homme qui s’assied « fatigué » auprès d’un puits après une longue marche (Jn 4,6), un homme qui ne trouve que la nuit pour pouvoir prier (Lc 6,12) ? Alors de quel repos parle Jésus ? Et quel est donc ce fardeau qui nous pèse ?

         Souvenons-nous du regard de Jésus sur la foule qui venait à lui : « À la vue des foules, Jésus eut grande compassion, car ces gens étaient fatigués et abattus comme des brebis qui n'ont pas de berger » (Mt 9,36). Jésus voit des gens désorientés, qui errent sur des chemins de traverse. Pour le dire avec le français d’aujourd’hui des gens paumés. Il n’y a rien de plus fatiguant que de marcher sans savoir où l’on va… de marcher sans savoir qui l’on suit… de marcher sans savoir que faire de sa vie. C’était le cas des témoins de la vie du Serviteur souffrant : « Tous, nous étions errants comme des brebis, chacun suivait son chemin propre°» (Is 53,6). Ils marchent en zigzag justement à la recherche du chemin. Autour de nous, combien de gens vivent ce poids du chemin propre à trouver… Jésus se propose d’être ce berger, d’être lui-même cette boussole : « Venez à moi ». Prétention incroyable quand on y pense et qu’aucun prophète d’Israël n’a jamais formulé… Jésus nous donne une direction stable, un chemin dont nous voyons qu’il est un chemin qui non seulement mène à la joie mais qui est déjà cette joie : « À cette heure même, Jésus tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et il dit : ‘Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre’ » (Lc 10,21). Jésus vit de cette joie et elle provoque sa louange. Comment ne pas penser aux propos d’Ingrid Betancourt et au beau témoignage de foi qu’elle a donné. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’a pas vraiment connu le repos durant ces six dernières années. Pourtant le Seigneur lui a donné le vrai ‘repos’ dans son épreuve, le repos de mettre sa vie et celle des siens dans le cœur de Dieu, de refuser la voix du désespoir et de la mort, du découragement et du ressentiment.

         Le début de notre Evangile nous donne la couleur de ce repos dont parle Jésus : Il ne s’agit pas comme nous le pensons assez spontanément de ne ‘rien faire’, ou au contraire de ‘faire’ tout un tas de choses: ‘J’ai fait Florence’ ! ‘J’ai fait l’Egypte’. Peut-être… peut-être pas d’ailleurs ! Mais la question est : ‘qu’as-tu fait de toi ?’ Et si le repos c’était de savoir quoi faire de sa vie, savoir que faire dans sa vie, savoir qui l’on est et qui est Dieu ? Qu’il est un Père ? Le cardinal Barbarin demandait au nouveau Grand rabbin de France, Gilles Bernheim : ‘Qui êtes vous devant Dieu quand vous priez ? son enfant, son disciple ?’ et il répond : ‘Je suis devant Celui qui sait qui je suis’. Jésus était ce Fils devant son Père. Devant Dieu le Père, nous sommes constitués dans notre identité véritable, notre identité de fils, et oui, cela, c’est le repos.

         Il s’agit d’accueillir ce que Dieu révèle et donne à qui est assez humble pour se tourner vers lui. Oui, c’est facile en un sens : avoir foi dans ce Père qui aime ses enfants et qui veut leur joie et leur vie, faire à chaque rencontre, de chaque événement, quel qu’il soit, une occasion de louange et de prière. Regarder comme Jésus, prier comme lui, faire comme lui. Facile, sans doute mais tout de même assez difficile ! Pourtant Jésus sait de quoi il parle. Les épreuves ne lui ont pas manqué et pourtant il a vécu de cette foi et de cette joie jusqu’au bout. Une fois de plus, saint Jean a bien résumé en paroles ce que nous montrent les autres évangélistes : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15,11). Alors, en ces jours, renouvelons notre propos de nous reposer à la façon de Jésus, en nous tournant vers ce Père qui nous aime et qui veut notre vie.

 


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