Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Quatorzième dimanche B                                                                            dimanche 5 juillet 2009

Père Dominique Cupillard, jésuite           

    L’évangile de ce dimanche nous met face au rejet de Jésus par les siens Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli Jn1. Les siens, ici, ce sont ceux de Nazareth, la ville où Jésus a grandi, son entourage, ses proches, et même sa maison et sa propre famille. Ses frères eux-mêmes dira saint Jean ne croyaient pas en lui Jn 7,5. Comment ce Jésus, le fils de Joseph, pourrait-il être un prophète, encore moins le Messie ou le Fils de Dieu ? Cette prétention les scandalise. Et laisse présager le procès de Jésus et sa passion. Mais ce rejet ne va pas empêcher le dessein de Dieu : au contraire, à travers l’élargissement de la prédication de Jésus aux villages d’alentour, ce récit annonce l’ouverture de la mission du Christ aux païens et la diffusion à tous du message de l’évangile.

A Nazareth, tout pourtant semblait bien commencer : les compatriotes de Jésus s’interrogent sur son identité, sa personnalité étonne, il suscite des questions Qui es-tu ? Es-tu le prophète ? Que dis-tu de toi-même ? Pourquoi baptises-tu ? Comment est-il si savant, lui qui n’a pas étudié ? D’où lui vient cette sagesse, et ces miracles qu’il accomplit ? Mc 6, 2

Mais ces questions à peine ouvertes, sont déjà refermées. Les proches de Jésus sont aussitôt rattrapés par ce qu’ils savent et connaissent déjà de lui : N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? Un savoir qui ne laisse pas de place à l’inconnu, à la nouveauté que Jésus apporte, pas de patience pour scruter son énigme, pas de vide en eux pour écouter ses réponses, bref, pas de temps ni de place pour la révélation. Un savoir plein, saturé d’idées toutes faites sur Dieu, de préjugés, de certitudes et même de religion, … mais un savoir qui les ferme à la révélation.

Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins (Is 55). En Jésus de Nazareth, Dieu n’est pas là où l’attendent les gens de Nazareth. Dieu n’est pas là, frères et sœurs, où nous l’attendons. La révélation ne se réduit pas à ce que l’on peut en concevoir, en comprendre, ou même en espérer. Elle ne se laisse pas enfermer dans le carcan de ce que l’on attend ou redoute, dans le moule de ce que l’on juge crédible ou possible. Elle échappe aux modèles et au cadre prévu. On vous a dit, moi je vous dis : Mt 5, 21 Jésus ne vient pas approuver, confirmer ou ratifier l’image qu’on a de Dieu, il vient nous révéler qui est Dieu.

Ces foules, installées dans ce qu’elles savent et attendent de Dieu, sont incapables de s’ouvrir à la personne du Christ, d’accueillir sa parole. Vous cherchez à me tuer, parce que ma parole n’entre pas en vous. Vous ne m’écoutez pas… Jn 8,37 Le refus d’écouter l’autre, est meurtrier. Quand on croit connaître, alors on n’aime plus. C’est vrai pour toute relation y compris notre relation à Dieu. On peut vivre avec Dieu, nous en avons l’expérience, tellement habitués, qu’on ne le cherche plus, qu’on ne l’entend plus, qu’on est devenu insensibles à sa présence, imperméables à sa parole. Un Dieu connu d’avance, qui prêche dans le désert. C’est un travail ingrat et difficile de se convertir à sa religion, de se convertir à ce que l’on croit. En acceptant de ne pas tout comprendre. Jésus ne se révèle pas en terrain conquis et connu, il se révèle et se donne en terre d’accueil et d’hospitalité. Il se donne à la foi. Là où il ne trouve que l’incrédulité, il ne peut rien faire : Chez les siens nous dit l’évangile, il ne put faire aucun miracle.

Vous êtes mes amis… c’est moi qui vous ai choisis… Jn 15, 17. Le groupe des apôtres et des disciples, sera la nouvelle famille de Jésus. Une famille recomposée par l’Esprit, élargie à tous ceux, étrangers, païens, pécheurs, qui croiront en lui et que Jésus appelle ses amis. Pas une famille selon l’hérédité, selon la chair ou le sang, non une famille selon la foi.

Nous sommes frères et sœurs, ces hommes et ces femmes, appelés à croire à la personne du Christ, à croire en lui, pleinement homme et pleinement Dieu, à renaître d’en haut, avec lui, à naître une deuxième fois. Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, qui la gardent et qui la mettent en pratique.

 


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