Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

14° dimanche C                                                                                                                            8 juillet 2007

Père Pierre Faure,  jésuite

 

Luc 10,1...20

        

L’Evangile de Luc, comme le livre d’Isaïe résonnent aujourd’hui de la même annonce : « Réjouissez-vous. » Annonce de Dieu d’abord : « Réjouissez vous avec Jérusalem car elle va sortir du deuil, et la paix va venir vers elle comme un fleuve ! Votre cœur se réjouira et vous allez en être rajeunis. » Annonce de Jésus lui-même aux soixante douze disciples revenant tout joyeux de leur mission : « Ne vous réjouissez pas parce que les esprits mauvais vous sont soumis, mais réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux. »  Non pas la joie de la victoire sur le mal, comme la satisfaction d‘une revanche, qui pourrait être une volonté de domination et de puissance. Mais la joie de faire la volonté de Dieu « sur la terre comme au ciel. » Une joie qui nous inscrit donc dans le ciel, dans l’espace de Dieu. « Car vos noms sont inscrits dans le cœur de Dieu » écrit Didier Rimaud dans un chant que nous chantons parfois. Une joie qui nous fait enfant de Dieu. La joie qui nous fait naître de Dieu lorsque nous faisons sa volonté.

Nous connaissons sûrement cette joie. Joie d’aimer, joie de la beauté, joie de croire. Elle n’est pas simplement rire, gaieté, plaisir ou réjouissance banale provoquée par les bons côtés de la vie. Nous éprouvons cette joie comme un don. Un don qui peut parfois coexister avec de rudes épreuves. Au fond de la vraie joie nous goûtons toujours quelque chose de la vraie vie, celle qui nous mène en présence de Dieu. C’est pourquoi Jésus associe la joie avec « notre nom inscrit dans le ciel ». On a pu dire qu’à la racine de chacune de nos peurs se trouve toujours l’unique peur de la mort. Mais on peut dire aussi qu’au fond de toutes nos joies se trouve le goût du bonheur sans fin promis par Dieu. Car la joie, si elle est reçue dans la foi, porte en elle la promesse de la victoire sur la mort. Pour les disciples du Christ, la joie est le signe de la résurrection. Le signe que notre vie entre dans sa vie. Lorsque Jésus dit aux soixante douze disciples : « réjouissez-vous parce que vos noms sont inscrits dans les cieux », c’est de leur résurrection qu’il veut leur parler, même s’ils ne peuvent pas encore le comprendre.

Mais nous ne devons pas oublier ce que nous dit Saint Luc des circonstances de cette joie vécue par les disciples revenant de leur mission. Avant de parler de leur joie, Luc raconte longuement comment Jésus les a désignés et envoyés « deux par deux dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller. » Comment ils ont accepté de partir sur la parole de Jésus, et à sa demande. Comment leur foi en lui s’est faite engagement actif à sa suite. Pour aller sur les routes, ils quittent sûrement pas mal de choses de leur vie ordinaire. Ils acceptent de parler en son nom : « Dites aux habitants : ‘le règne de Dieu est tout proche de vous’. » Ils croient à cette parole de Jésus. Ils l’ont accueillie en eux profondément au point qu’elle change l’orientation de leur vie.

Même si nous n’avons pas une telle vocation de missionnaire itinérant, nous pouvons comprendre comment la joie des disciples est liée à l’engagement de leur foi.

La joie est donnée par Dieu. Le psaume 65, que nous avons chanté, le dit : « De là, cette joie qu’il nous donne. » La joie peut aussi se demander à Dieu dans la prière. A l’ouverture de notre célébration, le prêtre a prié Dieu en notre nom : « donne à tes fidèles une joie sainte. » Car la joie est toujours reçue. Nous ne pouvons que recevoir de Dieu la résurrection, et la joie qui en est le signe.

Mais la foi dépend beaucoup de nous. Nous pouvons, et nous devons, entretenir en nous les conditions de la foi. En plagiant le vocabulaire de l’écologie contemporaine nous pourrions dire que « la protection de l’environnement d’une foi durable » est de notre responsabilité. La foi s’entretient. La foi se cultive. La foi doit parfois être protégée et peut exiger des renoncements. La foi se nourrit en s’exerçant. Nous savons bien par expérience que faute de vigilance, faute de soins et d’exercice, notre foi de chrétien peut vivoter ou rester infantile. Mais nous savons aussi que grandir dans la foi nous fait toujours nous approcher de la joie de Dieu. Lorsque sa Vie entre dans notre vie.