Homélie             

                                                                                                                                                                                                                                                            

14e DIMANCHE ORDINAIRE (B)

Marc 6, 1-6

Père Franck Delorme, jésuite 

 dimanche 8 juillet 2012

 

Frères et Sœurs,

L’évangile de Marc que nous venons d’entendre s’interroge et nous interroge sur la manière dont les hommes vivent les événements et les rencontres, sur la manière de les accueillir comme des chemins  de foi.

Jésus de retour dans son pays suscite un grand étonnement au milieu des siens. Il enseigne dans la synagogue de Nazareth, le jour du Sabbat, comme il l’avait déjà fait au début de son ministère à Capharnaüm. Il enseignait alors avec autorité non pas comme les scribes. Aujourd’hui les auditeurs sont étonnés par la sagesse qui se dégage de ses paroles. Des auditeurs frappés d’étonnement face à Jésus. Un étonnement qui les pousse à la question : D’où cela lui vient-il ? Qu’est-ce que cette sagesse qui lui a été donnée ? Que sont ces grands miracles qui se font par ses mains ? Tous cherchent à comprendre la nouveauté de ce qu’ils découvrent.

Ils disposent d’un premier élément de réponse, ils connaissent Jésus. N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Jude ou de Simon, ses sœurs ne sont-elles pas chez nous ? Ils savent donc qui il est puisqu’il fréquente sa famille. Jésus leur est connu mais cette proximité ne les conduit pas en retour à s’engager eux-mêmes. Ils en restent à ce qu’ils savent, à cette connaissance générale nourrit par ce que tout le monde dit mais qui ne cherchent pas à se faire plus proche de Jésus, à le connaître de façon personnelle pour découvrir la source dont il est animé. A quelle source puise-t-il donc cette sagesse ?

« Ils sont choqués », et ce choc ne produit pas d’élan, aucun sursaut. Ils sont plutôt comme sonnés sur place, incapables de répondre à la venue de Celui qui les connaît, incapable d’ouvrir leur porte lorsque frappe Celui qui n’est pas un étranger mais un proche. Au lieu d’ouvrir pour vivre la rencontre, ils préfèrent s’interroger sur l’identité de Celui qui frappe, sur le sens à donner à cette visite…

Cet épisode de l’évangile de Marc nous révèle la difficulté d’accueillir le Seigneur dans nos vies. Lui qui choisit de venir à notre rencontre en prenant la condition d’un homme. Un homme simple, qui n’a pas de grandes connaissances à la différence des scribes et des pharisiens, qui n’est pas issue d’une famille de roi, qui n’a pas de pouvoir, qui n’a pas d’atouts extérieurs qui pourraient emporter notre adhésion et ainsi s’imposer à notre liberté.

Le Seigneur, modestement et humblement, se fait serviteur, serviteur de la vie, serviteur de la parole, d’une humanité à qui il vient annoncer la bonne nouvelle d’une vie plus forte que la mort. N’est-il pas d’ailleurs celui qui vient de relever de la mort la fille de Jaïre, le chef de la Synagogue dans l’épisode qui précède l’évangile de ce jour. Comment accueillir la simplicité du Seigneur alors que nous avons dans nos têtes des images – bien enracinées - de puissance, de gloire, de victoire… Le Seigneur nous rencontre au cœur de notre quotidien en devenant l’un d’entre nous. Comment ne pas être étonné alors d’être visité par le Seigneur lui-même ? Comment une telle expérience ne viendrait-elle pas bouleverser nos représentations de Dieu, la retourner, la transformer. Dieu n’est plus lointain, il se fait proche, il prend le visage du Christ qui désire entrer en relation avec nous.

A l’étonnement de la foule et des siens, répond l’étonnement de Jésus lui-même face à leur manque de foi. Nous aurions pu nous attendre à un engouement et à une ferveur lors du retour de l’enfant du pays. Ils auraient pu dire : Il est venu chez nous alors écoutons-le et suivons-le, mettons notre foi en lui, qu’il devienne notre guide. Jésus s’étonne sans porter de jugement. Il révèle ainsi le profond respect de notre liberté. Que serait une foi qui ne s’appuie que sur des évidences, fondée sur une compréhension des choses non sur une relation personnelle enracinée dans le désir de se connaître, dans la découverte d’un regard aimant posé sur nous.

Le manque de foi ne produit aucun de fruit. « Jésus ne pouvait faire aucun miracle ». car Jésus ne peut agir sans nous, sans trouver en face de lui des hommes et des femmes désireux de le rencontrer et de se laisser rencontrer.

Ainsi l’évangile de ce jour vient-il nous interroger : comment l’étonnement pourrait-il devenir tremplin de notre foi ? Un passage à franchir pour nous engager dans une relation plus personnelle avec le Christ. Ainsi pourrions-nous partir de l’étonnement de la rencontre que suscite Jésus dans notre vie pour répondre à la question qu’il pose à chacun d’entre nous : Pour vous, qui suis-je ?

Demandons au Seigneur de nous étonner de ce que nous vivons avec lui mais aussi les uns avec les autres. Que cet étonnement soit un appui pour approfondir nos relations. Que cet étonnement suscite de l’intérêt, du désir pour approfondir notre foi. Ainsi nous ne resterons plus à distance mais nous ferons un pas de plus pour entrer en relation, pour apprendre à mieux nous aimer. Prenons soin de ce qui nous étonne, que cet étonnement nous porte à croire, afin de mettre notre foi en celui qui nous donne la Vie et qui nous révèle par sa présence de quel amour nous sommes aimés.

© Compagnie de Jésus