Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

15° dimanche A

 

Isaïe 55, 10-11 ; Psaume 64 ;

Romains 8, 18-23 ; Matthieu 13, 1-23


 

 

 

15° dimanche (A)

Père Pierre Faure,  jésuite

 

Il y a quelques jours, en méditant ce texte pour préparer cette homélie je me disais que cette parabole est simple, claire et bien connue de nous. Chacun peut la comprendre sans difficulté et sans beaucoup de commentaires, d’autant plus qu’elle nous est donnée par Matthieu avec sa notice explicative. Quatre sortes de terrain. Quatre types d’hommes. Mais une seule bonne terre où la Parole porte du fruit, beaucoup de fruit. Chacun comprend. Chacun peut prendre les décisions de conversion qui le concernent.

Et puis le choc des attentats terroristes à Londres m’a sorti de cette considération devenue un peu bucolique et presque indécente, devant le déchaînement de la violence aveugle. Comment comprendre ? Que dire alors de l’action de la Parole de Jésus ?

Je me suis mis à regarder longuement - comme jamais - le sol pierreux, les cailloux du chemin, le soleil qui brûle la semence de vie sans racines, les ronces multiples qui étouffent la plante qui veut vivre. Et j’entendais aussi le commentaire : « le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans le cœur de l’homme. » Et je découvrais la face ténébreuse de cette parabole, et les personnes sans vie qu’elle évoque. Qui peut dire la quantité de semence perdue ? Je regardais tout ce qui refuse la vie et le fruit promis par la Parole semée. A commencer par ce qui se passe en moi.

Regardant alors les grains semés, me revint en mémoire cette parole dans l’évangile de Jean : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt il donne beaucoup de fruit. » (Jean 12, 24). Tragique divin. Qui rejoint et traverse notre tragique humain. L’ambiance bucolique a disparu. Reste le gigantesque combat de la vie de Dieu contre la mort de l’homme sous toutes ses formes. Car c’est bien Jésus qui dit cette parole. Et il parle évidemment de lui en parlant du grain de blé. D’ailleurs quelques lignes plus loin il est bouleversé et prie son Père de le délivrer de la mort.

Il nous faut donc bien comprendre que dans la parabole c’est Jésus qui est la Parole, c’est lui qui est la semence. Qui peut comprendre le geste ample, généreux et déraisonnable du Père qui sème en laissant du grain sur les pierres du chemin, sinon lui ? Qui peut accepter de mourir en portant le ridicule d’une couronne faite de ces épines qui poussent au bord du chemin, sinon lui ? Qui peut aimer avec une telle confiance la vie cachée en Dieu au point de donner sa vie pour que d’autres sortent de la mort, sinon lui ? Qui connaît à ce point la haine et la violence qui sont en l’homme pour accepter d’y entrer jusqu’au fond sans se perdre, sinon lui ? Qui est assez pauvre et petit pour que le Père lui révèle la force de l’amour qui traverse la mort, sinon lui ?

Il peut nous arriver de trouver le sacrifice du Christ et sa Passion bien excessifs, pénibles, insensés. Mais c’est le mal dans l’homme qui est excessif, pénible et insensé. En Jésus, Dieu ne fait que prendre le fardeau qu’il trouve. Tel qu’il le trouve. Ce fardeau est fait des cailloux et des ronces qui en nous se mêlent à la bonne terre, et empêchent la vie de venir à la lumière.

Voilà une activité pour les vacances : désherber, sarcler, dépierrer, désencombrer un peu notre intérieur. Faire de la place pour que la semence lève mieux. Pour qu’elle porte plus de fruit, ou même pour qu’elle commence à en porter un peu… Comment trouver la force et la lumière pour le faire ? Dans l’eucharistie bien sûr.