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15ème
dimanche B
dimanche 16 juillet 2006
Père
Dominique Salin, jésuite
Marc 6,
7-13
Les apôtres sont envoyés à la conquête du monde en tenue de plage :
sandales et chemisette. Rien dans les mains, rien dans les poches. Pas
de carte bancaire, même pas de pique-nique.
Tant de légèreté a de quoi nourrir la nostalgie. Nostalgie des temps
anciens, celui de François d’Assise encore, où l’humanité était si
naïve et de mœurs si simples que la parole de Dieu entrait dans les
cœurs comme dans du beurre. Point n’était besoin alors, pour annoncer
l’évangile, de recourir à des méthodes catéchétiques sophistiquées,
requérant des diplômes, s’appuyant sur de savantes enquêtes
sociologiques, utilisant les prestiges de Power-point et autres
logiciels informatiques… Heureux temps où ne régnait pas la peste
télévisuelle et où il suffisait de se rassembler sous l’arbre du
village pour boire les paroles du prédicateur ambulant !
Ne rêvons pas. Nous savons bien que cet âge d’or n’a jamais existé.
L’homme a toujours été un loup pour l’homme. Et la Bible est là pour
nous rappeler que la parole de Dieu a toujours rencontré des
résistances, violentes ou sournoises. François-Xavier, dans son
périple asiatique triomphal, n’a pas cueilli que des roses ; François
d’Assise s’est vu rejeté par son père, pour ne pas parler de ses
propres frères mineurs, sur la fin de sa vie.
Il ne suffit donc pas d’être pauvre et d’aller aux hommes les mains
nues pour que la parole de Dieu leur parle. La pauvreté des moyens ne
suffit pas, mais elle peut aider. La Bible nous invite même à penser
que, d’une manière ou d’une autre, cette pauvreté des moyens est le
moyen privilégié.
Au siècle où aura été déchaînée pour la première fois la prodigieuse
puissance de l’atome, quelles auront été les personnalités les plus
impressionnantes, les plus inspirantes ? Rockefeller ? Oppenheimer ?
von Braun ?...
Gandhi, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld, Albert Schweitzer,
Thérésa de Calcutta… Des pauvres, volontairement pauvres, qui auront
eu recours, volontairement, à des moyens pauvres. La nudité d’un
mouroir ; un hôpital de brousse ; un carmel obscur dans un coin de
Normandie ; les mains vides et ouvertes face à la force armée, pour
Gandhi ; une cabane de branchages au fin fond de l’empire colonial,
pour Foucauld…
Lorsque la violence, agressive ou défensive, baisse la garde ; lorsque
tombent les masques du paraître et du prestige social, alors la parole
de Dieu, la parole de vie, la parole de réconciliation peut toucher
les cœurs ; alors l’humanité peut devenir plus humaine. Nous le savons
d’expérience : c’est lorsque nous avons accepté d’être vulnérable en
face de l’autre (notre conjoint, notre fils, notre frère, notre ami)
que nous avons progressé ensemble dans la vérité et dans la joie
d’être humains. Un homme qui reconnaît publiquement son tort, comme
nous l’avons vu récemment sur les écrans, aide tout le monde à être
plus humain.
Il y a là un mystère, qui repose sur un secret. Le secret, le voici :
contrairement à ce que tout le monde croit, Dieu, notre Dieu, n’est
pas riche, il n’est pas tout-puissant. Dieu, notre Dieu, est pauvre,
et il aime la faiblesse. C’est ce que saint Paul a compris : comme il
se plaignait à Dieu de n’être qu’un pauvre type, malgré ses succès
apostoliques, Dieu lui a répondu : « Ma puissance se déploie dans la
faiblesse ». Alors Paul a pu écrire ce paradoxe : « Quand je suis
faible, c’est alors que je suis fort » (2 Co 12, 9-10).
Il ne faut pas confondre ce choix de la faiblesse avec le masochisme.
Ce n’est pas du masochisme, au contraire ! C’est le mystère même de
Dieu : il faut être très fort, très puissant, très maître de soi, pour
se faire tout impuissant, pour répondre à la force par la faiblesse.
C’est le témoignage de Jésus lui-même : « Il s’est fait pauvre pour
nous enrichir de sa pauvreté » (2 Co 8, 9).
Alors, n’ayons pas peur de nos faiblesses, des défauts de notre
cuirasse. C’est par là que Dieu peut nous toucher, et qu’il peut en
toucher d’autres à travers nous.
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