Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Quinzième dimanche B                                                                          dimanche 12 juillet 2009

Père Laurent Basanese, jésuite           

    Marc 6, 7-13

Frères et sœurs, le Seigneur envoie. Il appelle et Il envoie. Notre Dieu n’est pas une sorte de démiurge, qui se serait retiré, désengagé d’un monde à peine sorti de ses mains, ne lui laissant que quelques lois cosmologiques immuables en vue de son éternel fonctionnement… Ce dieu-là, présent seulement au « Big-bang », se réduirait à n’être qu’une hypothèse mathématique sans visage et bien peu aimable… Il n’est pas non plus un dieu « indifférent », laissant l’homme trouver seul sa voie sur la terre, bénissant de haut tous ses choix, même s’ils conduisent à des impasses… Cet autre dieu-là semble d’ailleurs plus froid et plus hypocrite que le premier, car il donnerait la liberté à l’homme sans la sagesse pour en user avec profit… Comme Chrétiens, nous confessons un Dieu vivant et aimant, c.à.d. un Dieu qui a une volonté et un dessein bienveillant sur l’univers entier : tout réunir « sous un seul chef, le Christ », comme le dit saint Paul. Dieu veut « saisir » le monde et chacun de nous en particulier, et c’est pour cela qu’Il nous appelle.

Bien sûr, nous croyons généralement que ces histoires « d’appel », c’est pour les autres, des âmes choisies, quelque peu « illuminées »… Ou bien, nous les renvoyons, plus volontiers, dans le passé : « l’histoire sainte », consignée dans la Bible, avec les vocations d’Abraham, de Moïse, de David et de tous les prophètes, jusqu’à la manifestation de Jésus et l’envoi des apôtres aux limites du monde. Et puis c’est fini… Les apôtres étant partis, selon la parole du Christ, leurs successeurs sont là, installés parmi nous (ce sont les évêques), la mission est donc accomplie ! Pourquoi serais-je concerné par un éventuel « appel » du Seigneur qui viendrait bouleverser mes habitudes, mes projets, mon travail ordinaire, comme pour Amos dans la 1ère lecture ? Et puis Dieu doit tout de même respecter ma propre volonté ! Il veut que je sois heureux !.. Et en même temps, nous disons peut-être, avec une sorte de nostalgie : Ah ! si j’avais vécu du temps de l’Arche d’Alliance, si j’avais vécu du temps de Jésus, certainement j’aurais suivi le Seigneur et j’aurais davantage perçu quelle est ma vocation sur la terre ! Et bien non, ce n’est pas si sûr... Car nous oublions vite qu’il y avait beaucoup d’aveuglement et d’injustice au temps du prophète Amos par exemple, même parmi les Juifs pieux ; et que nombreux sont les disciples de Jésus qui l’ont abandonné après l’avoir fréquenté de près, sans même parler de Judas. Si nous ne sommes pas capable de suivre le Christ aujourd’hui, nous n’aurions pas été capable de Le suivre il y a 2000 ans…

Le Seigneur appelle et envoie. Souvent la grâce nous est donnée de reconnaître qu’effectivement le Seigneur s’est manifesté dans notre histoire présente : une rencontre, un événement, une illumination, une prise de conscience : nous sommes alors les « bénéficiaires » de la visite du Seigneur, et nous nous en réjouissons. Mais inversement, n’oublions pas que c’est l’Eglise entière, la communauté des baptisés, des confirmés, qui est envoyée dans le monde, aujourd’hui. N’oublions pas que si nous vivons de l’eucharistie, c’est pour que tous et chacun soyons envoyés (comme l’indique d’ailleurs le mot « messe », qui signifie « envoi », et qui a donné le mot de « mission »). C’est l’Eglise entière qui est prophétique et « apostolique », c.à.d. fondée sur les apôtres, animée de l’Esprit du Christ. La mission, ce n’est pas uniquement le travail d’une élite spécialisée : les prêtres, les évêques, ceux qui font profession religieuse… c’est le devoir, la vocation, l’appel de tout chrétien, selon les talents que lui a confiés le Seigneur.

Frères et sœurs, à la fin de chaque messe, nous sommes tous envoyés à la rencontre du monde « dans la paix du Christ », c.à.d.. sans crainte et dans la simplicité, avec comme seule arme, cette parole : « Allez ! », et comme seule consigne : laissez-vous accueillir ! et si on ne vous accueille pas, passez votre chemin, poursuivez votre route. Lorsque vous êtes accueillis, ne vous contentez pas de profiter du repas qui vous est offert, mais parlez et agissez, comme les apôtres qui « partirent et proclamèrent qu’il fallait se convertir (i.e. changer de vie) ; ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient. » Si nous ne disons rien et ne posons aucun acte de salut, ne soyons pas surpris de ne pas être sollicités à nouveau et de faire si peu de disciples ! Combien de personnes non chrétiennes ou lointainement chrétiennes savent que nous avons reçu un trésor, une Loi nouvelle de liberté ? Ils attendent pourtant, des apôtres d’aujourd’hui, qu’elle leur soit annoncée avec courage et charité. Pour cela, encore faut-il aimer ce que le Seigneur aime et rejeter ce qu’Il n’aime pas, afin d’être libre en ce monde, comme le Christ, « à la louange de Sa gloire. »
 


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