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dimanche C
15 juillet 2007
Père
Marc Rastoin, jésuite
Deutéronome 30,10-14 ; Psaume 18 ; Colossiens 1,15-20; Luc 10,25-37
Au cœur de la Loi comme au
cœur de notre évangile, il y a cette parole que nous connaissons
bien : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18).
Elle implique un présupposé : s’aimer soi-même ; qui ne s’aime pas
lui-même ne pourra pas vraiment aimer son prochain. Elle amène
nécessairement deux questions : ‘qu’est-ce qu’aimer ?’ Et ‘qui est
mon prochain ?’
* S’aimer soi-même. « Soi-même
comme un autre ». C’est sans doute notre première tâche dans la
foi : croire que nous sommes aimables, non pas en raison de nos
qualités ou de nos performances mais parce que nous sommes aimés par
Dieu, gratuitement, inconditionnellement, dès avant notre naissance.
C’est ce qui fonde la dignité de toute personne, pas son utilité
sociale ou son rang. C’est un combat spirituel permanent que
d’entrer dans la vérité de notre vie par la porte de Dieu. Cela nous
reposera de rechercher ailleurs des assurances et des soutiens que
nous avons à recevoir de Dieu, lui qui nous dit: « Tu as du prix
à mes yeux et je t’aime » (Is 43,4). Si nous n’acceptons pas
l’amour de Dieu pour nous, comment pourrons-nous aimer vraiment cet
autre, ce frère que le Seigneur aime aussi ? A la fin de son chemin
de vie, le petit curé de Bernanos l’a dit mieux que moi : « Mais,
si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de
s'aimer humblement soi-même, comme n'importe lequel des membres
souffrants de Jésus-Christ. » « Si tout orgueil était mort en
nous » : cela dit bien pourquoi ce sera le combat de notre vie.
* Qu’est-ce qu’aimer ? La
réponse tient en deux verbes deux fois répétés : « prendre soin »
et « faire » : Que signifie « aimer Dieu de tout son cœur,
de toute son âme et de tous ses moyens » ? Nous comprenons bien
que Dieu requiert notre cœur mais en quoi a-t-il besoin de nos
ressources ? C’est en aimant le prochain de nos ressources que nous
aimons Dieu, Dieu qui l’a créé, lui et moi. « Fais ainsi » et
« fais de même ». « L’amour doit se mettre dans les actes
plus que dans les paroles » disait saint Ignace. Certes, mais
regardons bien : Il est deux manières d’aider son prochain : en
s’approchant de lui, et en agissant, sans lui parler, c’est ce que
fait le Samaritain sur le chemin de Jérusalem à Jéricho et il y en a
une autre : en le laissant s’approcher, en l’écoutant et en lui
parlant, c’est ce que fait Jésus sur le chemin de Jéricho à
Jérusalem. Il est une manière d’aider notre prochain qui est
toujours ouverte, c’est le chemin de la parole. Parfois parler,
c’est faire. L’être humain meurt souvent, faute d’entendre une vraie
parole, faute d’une parole qui fait la vérité. « Prendre soin »,
c’est sans doute guérir mais c’est aussi parler, enseigner. Jésus
n’a pas toujours guéri mais il a toujours écouté et il a toujours
enseigné. Autour de nous, ne refusons-nous pas bien souvent à nos
proches une vraie parole, une vraie conversation ? En communauté, en
couple, en famille ? Ne nous contentons-nous pas de propos
superficiels sans avoir le courage de poser une question difficile ?
Notre société prétend communiquer mais que d’enfermements !
Chrétiens, disciples de la Parole faite chair, nous sommes ordonnés
pour parler : « j’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé » et
combien de fois fuyons-nous la parole ? Celle qui coûte, oui, mais
aussi celle qui peut sauver. Jésus a aidé son prochain, le docteur
de la Loi, en lui parlant. Aimer vraiment c’est parfois raconter une
histoire et dire « va et toi aussi fais de même ».
* Et qui est mon prochain ?
Ce n’est pas seulement le frère. Pour les fils d’Israël le prochain
était d’abord le compagnon, c’est-à-dire le fidèle du Seigneur, le
membre du peuple. Jésus fait bouger cette conception puisque c’est
un Samaritain qui se fait le prochain de celui que l’on suppose être
un juif, puisqu’il vient de Jérusalem, même s’il n’est qualifié que
d’homme : « un homme descendait »… Pour nous chrétiens
également le prochain est certes d’abord le frère, celui qui
communie au même pain mais au-delà, c’est tout homme. « Tant que
nous en avons l'occasion, pratiquons le bien à l'égard de tous et
surtout de nos frères dans la foi » (Ga 6,10). Tous, nos frères.
Il s’agit de cueillir l’occasion et, quel que soit notre âge, il est
toujours possible d’offrir, si ce n’est nos compétences médicales,
du moins une écoute et une parole. En agissant ainsi nous serons
vraiment les fils de notre Père qui est aux cieux, lui qui a pris
soin de nous en nous offrant la Parole qui nourrit le cœur et le
pain qui refait nos forces : le Christ Jésus. Amen. |