Homélie             

                                                                                                                                                                                                                                                            

15e dimanche ordinaire, Année A

Mathieu 13, 1-23

Père Dominique Cupillard, jésuite   

 dimanche 10 juillet 2011

Avez-vous remarqué, frères et sœurs, comment dans l’évangile, Jésus aime regarder tout ce qui naît et qui pousse, à commencer par la foi et le Royaume de Dieu. Le christianisme est essentiellement germinal. Et ce n’est pas cette parabole du semeur, que nous venons d’entendre qui nous dit le contraire. Quoiqu’il en soit des chapardeurs, des cailloux, des ronces, de l’ingratitude du terrain, rien n’arrête le semeur de semer et de semer partout, rien n’empêchera surtout ce triple rendement final, exorbitant du cent, soixante, trente pour un, là où du dix pour un serait déjà un exploit. Il est clair que notre semeur si peu regardant n’est pas un semeur banal. C’est dit d’ailleurs, une parabole plus loin, ce semeur c’est le Fils de l’homme et son champ, c’est le monde. Et ce qu’il sème, c’est la Parole : le Semeur sème la Parole Mc 4,14

Ceci étant, mes amis, il y a deux manières de lire cette parabole et les deux sont valables et cohabitent. La première souligne l’importance du terrain et renvoie à notre accueil de la parole : d’une oreille absente, au bord du chemin, sur un sol dur, si bien que le Mauvais s’en empare sans effort. Ou avec inconstance, sur un sol caillouteux, sans profondeur, incapable de garder la parole. Ou dans les ronces, sur un terrain encombré de tout, distractions, richesses, soucis. Ou bien dans la bonne terre qui comprend la parole, c’est-à-dire qui l’accueille en elle, jusqu’à ce qu’elle devienne tige, épi, moissonné, pétri, boulangé. Ce coup de projecteur sur les différents terrains (et il est clair que nous sommes souvent les quatre successivement ou en même temps) insiste sur la libre réponse des sols ensemencés, et fait écho sans doute aux lenteurs, échecs, épreuves que rencontre l’église naissante, à l’époque où Matthieu écrit son évangile, liés à des persécutions, mais aussi à des reniements, à des défections, à une foi qui faiblit.

C’est vrai, c’est une réalité, ce fut celle de l’église primitive et çà reste celle de notre église aujourd’hui, de nous-mêmes prisonniers de terrains parasités et stériles. Mais la pointe, tout le mouvement de cette parabole justifie aussi qu’on en fasse une autre lecture, qu’on l’interprète autrement, qu’on n’en reste pas à ce constat d’échec, mais qu’on renoue avec l’espérance en ramenant notre regard du terrain au semeur, qui donne son nom à cette parabole, sur le semeur sorti pour semer. Notez cet article Le semeur, qui lui donne son identité sans même qu’on précise ce qu’il sème. Semer suffit à le définir. Il donne tout, c’est son bonheur de répandre à semence perdue, sauf pour les oiseaux du ciel.

Cette semence en effet ne vient pas de nulle part, elle n’est pas jetée là par hasard. Quelqu’un la jette en terre et pose un acte décisif : il y a là un dessein, un projet, certain, de jour comme de nuit, d’aller jusqu’à son accomplissement, d’aboutir aux semailles finales, quelques soient les faiblesses et les aléas du terrain. Cette histoire, mes amis, c’est celle de l’humanité née tout entière de la main de Dieu, de sa main de semeur, et appelée à ne former qu’une seule gerbe dans sa main de moissonneur. Telle est l’œuvre de Dieu, celle du Royaume, qui n’est pas une notion qui prend la tête mais un événement, celui du salut en marche et cet événement est irréversible. Ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission (Is 55,11).

Ce que Dieu a commencé, il le poursuit et il le poursuivra sans repos, jusqu’à son accomplissement. Cette germination sûre et infaillible, nous en avons le gage et la promesse en Celui que Dieu a donné comme cadeau à son champ (et son champ c’est nous), Celui qui est la semence parfaite, plantée en terre de Bethléem, en terre du Calvaire et de Pâque. Il est Lui, Jésus, en personne, la parole de patience enfouie dans le monde, enfouie parmi nous, en qui seules nos vies peuvent être fécondes. Accueillons-le et en Lui, par Lui, donnons à Dieu ce centuple promis qu’il attend et qu’il espère.  

 © Compagnie de Jésus