Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

16ème dimanche B                                                                                                  dimanche 23 juillet 2006

Père Marc Rastoin, jésuite

Jr 23,1-6 ; Ps 22 ; Ep 2,13-18 ; Mc 6,30-34
 

Il est deux types de fatigue, celle de celui qui a marché longtemps pour accomplir sa mission. C’est celle des Apôtres. C’est celle de Jésus qui s’assied fatigué au bord du puits de la Samaritaine… Et il y a une autre fatigue, celle des brebis « accablées ». « Jésus eut pitié d’elle car elles étaient fatiguées comme des brebis sans berger » (Mt 9,36). En réponse à la première fatigue, Jésus propose à ses disciples ce qu’il vit lui-même : le retrait, le silence, à l’écart.

Jésus a envoyé ses Apôtres faire la même chose que lui : enseigner, annoncer l’Evangile et guérir les malades. Il leur propose maintenant le même repos : se retirer dans un lieu désert à l’écart, pour faire silence, se retrouver, prier. « Jésus monta dans la montagne pour prier à l'écart » (Mt 14,23). Peut-être cela peut-il nous dire quelque chose sur la façon dont nous concevons les ‘vacances’ ?… Il n’y a pas d’un côté un temps gris et terne, vide de Dieu et de silence, qui serait le quotidien et un temps coloré, intéressant et riche, qui serait le temps des vacances. Le repos est au service de la mission, de la vie entière. Si Jésus, le Fils de Dieu, a éprouvé le besoin de prendre ces moments de retrait, combien plus le devons nous-mêmes ! Nous risquons sans cesse de perdre le sens de cette vie. Le rythme dans lequel nous nous laissons souvent entrainer ne favorise pas ce retrait. Il s’agit de retrouver le sens de ce pourquoi l’on vit et on travaille. D’être à l’écoute davantage de ce que le Seigneur veut nous dire. Jésus tire toujours profit de ces temps de retrait. Quand il se retira à l’écart pour prier une nuit, ce fut pour choisir les Douze au matin. Quand Jésus se retira à l’écart près de Césarée de Philippe, ce fut pour demander aux Apôtres : « Pour vous qui suis-je ? » (Mc 8,29).

Souvent nous concevons nos vacances comme une parenthèse, un temps de distraction destiné à nous permettre d’être vraiment nous-mêmes alors que le reste du temps nous subissons notre vie. Mais ce n’est pas ainsi que le Christ utilise ses temps de retrait. Sa vie est une unité ; elle est toute entière au service de son Père et de sa mission. Non pas d’une manière forcée ou surhumaine. Jésus sait se reposer car il sait ce qu’est la fatigue. Mais ces moments d’écart et de repos sont encore sa mission. Ils ne sont pas une parenthèse.

D’ailleurs, aujourd’hui, le temps de repos commence mal ! Il y retrouve des foules. Les plans les meilleurs sont ceux qui incluent l’imprévu. Comme on dit en anglais : ‘vous voulez faire rire le Seigneur, just make plans !’ ‘faites des plans !’ Et Jésus voit alors l’autre forme de la fatigue, la plus répandue peut-être, la fatigue de ceux qui sont égarés, paumés, qui sont sans sens et sans direction dans la vie. Cette fatigue est beaucoup plus pesante que l’autre fatigue. Il y a ceux qui marchent et se fatiguent sur un chemin connu et ceux qui errent sans savoir où va leur vie et quel sens lui donner. Ceux-là Jésus les « enseigne ». « Longuement ». Nous pouvons aider nos frères en leur donnant un verre d’eau, comme le fera la Samaritaine – c’est même très appréciable par les temps qui courent ! - mais aussi en les enseignant. Quelle parole le Seigneur attend de moi ? Quel enseignement ? Pour savoir comment être attentif à notre conjoint, à nos parents, à nos enfants, à nos amis, n’avons-nous pas besoin de ces moments de retraits, de silence et d’écart ? Non pour nous distraire et oublier les soucis mais pour discerner comment les résoudre. Non pour fuir notre vie mais pour mieux l’habiter.

Jésus à Gethsémani encore, se retirera un peu à l’écart une dernière fois pour prier et retrouver le sens de sa mission. Que le Seigneur nous donne de l’imiter dans ses retraits comme dans ses enseignements, dans son activité comme dans son repos. Amen.