Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Seizième dimanche C

 

Genèse 18,1-10

Psaume 14

Colossiens 1, 24-28

Luc 10, 38-42

 

 

 

Seizième dimanche C

Père Pierre Faure,  jésuite

 

Genèse 18, 1-10 ; Colossiens 1, 24-28 ; Luc 10, 38-42 

 

Marthe et Marie sont assez célèbres dans l’Eglise et même au-delà. Il arrive en effet que leurs prénoms soient invoqués dans la conversation soit pour encourager par un sourire une personne qui peine dans des travaux peu gratifiants et on l’appellera Marthe, soit au contraire pour justifier la première place donnée à la méditation de la Parole de Dieu à l’exemple de Marie. Et nous avons là l’interprétation classique de cet épisode de l’évangile de Luc. Interprétation qui a souvent servi à justifier dans l’Eglise la préférence donnée à la vie contemplative sur la vie active. Mais nous voyons bien que même dans la vie monastique cette séparation n’est pas satisfaisante puisque les moines et moniales des ordres les plus contemplatifs travaillent de leurs mains au moins huit heures par jour! Mais surtout parce que Luc qui rédige, et Jésus qui parle ne visaient pas cette situation.

Si Marthe s’active au service de sa maison c’est bien pour accueillir Jésus le mieux possible. Peut-on imaginer chez Jésus une impolitesse frisant la grossièreté, qui le ferait dévaloriser l’action de Marthe et l’humilier devant sa sœur ? Nous lisions dimanche dernier le récit du bon Samaritain, qui précède dans l’évangile de Luc celui de Marthe et Marie. Comment imaginer que Jésus puisse, quelques lignes plus loin, dévaloriser le service matériel et concret d’une personne accueillie ?

Déjà dans le vieux livre de la Genèse nous avons entendu dans la première lecture avec quel empressement et quelle qualité d’accueil et d’écoute Abraham et Sara reçoivent les trois hommes mystérieux qu’Abraham appelle Seigneur. Quelle magnifique unité du service concret de l’hospitalité et de l’écoute de la Parole de Dieu ! Abraham y recevra même la promesse d’un fils, et donc d’une descendance : le peuple de l’alliance dont nous sommes les héritiers naît de cette promesse.

Luc écrit : « Alors qu’il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison. » Marthe a donc décidé d’accueillir Jésus chez elle, elle sait qui il est puisqu’elle l’appelle Seigneur. Mais la faute de Marthe est de vouloir utiliser l’autorité de Jésus pour mettre sa sœur au travail : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma sœur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m’aider.» Pourquoi Marthe ne parle-t-elle pas elle-même à sa sœur ? Jalousie probablement, manque d’autorité peut-être. Marie, assise aux pieds de Jésus, dans l’attitude du disciple, se fait remarquer par le maître et apprécier de lui. Marthe, qui est probablement l’aînée, ne le supporte guère et interpelle Jésus pour se faire remarquer de lui, elle aussi. Nous connaissons bien ces stratégies, les femmes aussi bien que les hommes ! Jésus comprend probablement tout cela. Il n’entre pas dans le calcul de Marthe qui veut instrumentaliser à son profit la parole du maître. Aussi dans sa réponse Jésus traite davantage la jalousie entre les deux sœurs que l’équilibre entre la vie active et la vie contemplative !

Que retenir pour nous de tout cela ?

D’abord l’importance de l’accueil et de l’écoute. En ces temps de vacances et de rencontres nous accueillons et nous sommes accueillis, de bien des manières. N’oublions jamais qu’accueillir vraiment quelqu’un c’est accepter de l’écouter vraiment, de faire de la place pour sa parole. Si nous n’écoutons pas nos proches comment écouterons nous la parole de Dieu ?

Et puis dans le temps plus libre de l’été quelle place ferons-nous à l’écoute de la parole de Dieu ? Quelle lecture, quel temps de silence et de méditation personnelle ? Comment prendre du temps pour s’arrêter et pour relire sa vie, pour rendre grâce vraiment ?

C’est la célébration de l’eucharistie qui pourra nous guider : magnifique unité de l’écoute de la parole et du service de la table, où nous sommes nourris de vie éternelle.