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dimanche C
22 juillet 2007
Père
Jean-Paul Mensior, jésuite
Genèse 18, 1-10 ; Psaume 14 ; Colossiens 1, 24-28; Luc 10,
38-42
Marthe et Marie ont souvent été
prises comme symbole, la première de l’action, et la seconde de la
contemplation, vue comme l’activité la plus haute qui soit et la
seule nécessaire. C’est là une interprétation très sommaire. A
l’évidence chacun de nous est à la fois Marthe et Marie, comme le
remarquait déjà saint Augustin en parlant de sa fonction d’évêque.
Il ne s’agit donc pas d’opposer contemplation et action, ou prière
et travail.
Marthe, lui dit Jésus, s’inquiète et
s’agite « pour beaucoup de choses ». Lesquelles ? sans doute
beaucoup de plats à préparer, puisqu’il s’agit visiblement d’un
repas. En opposition à ce « beaucoup de choses » auxquelles Marthe
s’affaire, Jésus parle « d’une seule chose », pour dire qu’elle est
la meilleure part. C’est celle qu’a choisie Marie. Quelle est-elle ?
C’est la parole de Jésus, que Marie, assise et sereine, boit
littéralement, car elle a soif de cette parole, et que cette parole
est vraiment une nourriture. Jésus le dira : « l’homme ne vit pas
seulement de pain mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu.
»
Marthe imagine – et c’est pourquoi
Jésus la reprend – que l’essentiel est ce qui va d’elle vers Jésus :
elle n’a pas compris que ce qui va de Jésus à elle est le plus
important. Elle oublie qu’elle ne peut donner que ce qu’elle reçoit.
Et en se prenant pour la source du don, elle a peur de ne pas en
faire assez, de ne pas être à la hauteur, et c’est pourquoi elle est
inquiète…. mais peut-on faire assez pour Dieu ? Heureusement, ce que
nous faisons pour Dieu, c’est ce qu’il nous donne, ce qu’il nous
donne de faire.
Il est dit que Marthe « reçoit »
Jésus, mais c’est un accueil qui veut donner. L’accueil de Marie est
un accueil qui veut recevoir . A vrai dire c’est Marie qui reçoit
Jésus. Le signe qu’elle le reçoit, c’est qu’elle ne parle pas : elle
écoute, toute occupée à se nourrir des paroles qui font exister.
Bien entendu, Jésus ne reproche pas à Marthe l’activité qu’elle
déploie : il aura souvent l’occasion de dire que l’écoute de la
parole est inséparable du service concret des frères. Et l’on
pourrait dire, en paraphrasant Saint Jean, que celui qui dit qu’il
sert Dieu et qui ne sert pas ses frères est une menteur Cela dit, il
importe de réconcilier Marthe et Marie. Comment cela ? En se faisant
« contemplatif dans l’action » –c’est ce qu’était Ignace, aux dire
d’un de ses contemporains. C’est pourquoi cette attitude fonde la
spiritualité ignatienne, qui nous permet de sortir de la conception
médiévale d’une contemplation qui s’opposerait à l’action.
Car, en vérité, ce n’est pas nous
qui cherchons Dieu. C’est lui qui ne cesse de nous chercher, comme
un Père qui engendre son Fils et donc ses fils. Où nous cherche-t-il
? Là où nous sommes, c’est à dire dans un monde tissé de relations
qui doit devenir un monde de communion. C’est pourquoi la rencontre
de Dieu se fait dans l’amour que nous portons à l’autre . C’est le
mot de Clément d’Alexandrie : « Tu vois ton frère, tu vois ton Dieu.
»
En aimant les autres comme des
frères, nous entrons dans le mystère du Père qui nous aime comme des
fils. Oui, tout être humain que nous rencontrons est aimé par le
Père comme un fils, et par conséquent attend de nous d’être aimé
comme un frère.
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