
17° dimanche B
Jean 6, 1-15
2 Rois 4, 42-44, Ephésiens 4 1-4
 |
17ème dimanche
Père Jean-Yves Calvez, professeur au Centre Sèvres
Frères et soeurs: Nous avons
achevé notre lecture de la lettre aux Ephésiens poursuivie au cours de
plusieurs dimanches, en lisant le grand appel à l’unité et à la paix entre
nous, fondé sur l’unité du Seigneur, l’unité de la foi, l’unité du baptême,
unité de Dieu même - car il n’en est point d’autre, très important texte des
origines chrétiennes. Je vais cependant plutôt commenter quelque chose des
deux autres textes d’aujourd’hui, deux multiplications des pains, une dans
l’Ancien Testament avec le prophète Elisée, l’autre dans le Nouveau
Testament avec Jésus. Vous aurez vite repéré les similitudes. Vingt pains
d’orge d’un côté, cinq pains d’orge (encore) et deux poissons de l’autre. Et
le serviteur d’Elisée disant: “Comment pourrais-je en distribuer à cent
personnes”, André l’apôtre disant, lui: “ Qu’est-ce que cela pour tant de
monde?”. Dans l’un et l’autre cas ensuite, la distribution. Et pour finir,
dans le récit du livre des Rois: “Ils mangèrent et il y eut des restes”,
dans l’Evangile selon saint Jean: “Ils remplirent douze corbeilles avec les
morceaux qui restaient du repas des cinq pains d’orge”. Grand miracle dans
les deux cas. Mais l’important, le plus important, c’est, je crois, la fin
du récit de saint Jean: Jésus se rend compte qu’ils vont chercher à
l’enlever pour le faire roi, “alors, il s’enfuit, dans la montagne, tout
seul”. C’est un paradoxe qui accompagne plus d’un miracle de Jésus, qui les
accompagne même tous en somme, et c’est sur quoi je veux insister : le
miracle est preuve de pouvoir... mais ce n’est pas cela que Jésus veut
prouver sur lui-même, cela trompe autant que cela prouve. Ici, à lire la
suite chez saint Jean, ce qui compte c’est Jésus lui-même , lui notre pain,
non pas tout ce pain matériel. “Vous me cherchez parce que vous avez mangé
du pain tout votre soûl”, ce qu’il vous faut chercher, c’est “la nourriture
qui demeure en vie éternelle, celle que donne le Fils de l’homme”, et c’est
lui-même, envoyé par Dieu.
Vous savez aussi, selon saint Marc, qu’il guérit des malades et chasse des
démons mais leur interdit de parler, même de dire qui il est. Et vous savez,
de même, comment des exégètes ont lu à travers tout l’Evangile une attitude
constante de Jésus, cherchant à faire en sorte de ne pas apparaître comme le
Messie: “le secret messianique”, dit-on.
Oui, tout ceci est capital: Jésus impressionne donc réellement ses
contemporains, mais il tient en réserve le secret de sa signification: il ne
sera vraiment révélé que quand il apparaîtra condamné, meurtri et crucifié,
Dieu crucifié. Il sera révélé quand il apparaîtra vivant après la mort mais
avec ses plaies... éternelles. Proche ainsi de quiconque souffre et meurt,
surtout injustement. C’est alors aussi qu’il sera vraiment le pain
distribué, le miracle de la multiplication n’étant qu’un symbole, Jésus le
dit assez clairement.
Les Evangiles ne sont pas simples à lire, vous le voyez... Il faut tenir le
plus grand compte de quelques phrases du genre de celles que nous venons de
relever: “Il a compris qu’ils veulent l’enlever pour le faire roi. Il
s’enfuit, du coup, dans la montagne tout seul (et c’est déjà arrivé d’autres
fois - ‘il s’enfuit à nouveau’, dit ainsi le texte complet que j’ai
simplifié un peu)”. Cela n’est pas du tout moins important que le miracle
lui-même, c’est plus important... A se demander pourquoi alors Jésus fait
des miracles! Parce qu’on le lui demande, je pense, et parce qu’il rencontre
de grands besoins, de grandes misères et est capable d’y répondre, comment
le refuser? C’est un moyen d’agir comme il doit le faire à l’égard de son
prochain: il “passe en faisant le bien”. Mais en même temps, il lui faut
constamment éviter de donner le change - Satan l’a tenté naguère en
cherchant à lui faire des miracles spectaculaires, spectaculaires pour le
spectaculaire-, il lui faut constamment expliquer qu’on se trompe sur lui et
sa mission si l’on attend tellement des miracles. Vraiment par exemple,
Jésus ne peut, ne veut être “roi” que d’un royaume pas de ce monde, que d’un
royaume des coeurs.
Sans doute Jésus ne pouvait-il pas faire autrement que de vivre dans ce
paradoxe. Mais retenons bien tout ce qui indique cette situation quand nous
lisons ou relisons les Evangiles, quand nous lisons en particulier les
miracles.
Pour conclure enfin, à l’occasion de cette méditation d’aujourd’hui, je vous
le propose que nous prions et demandions, les uns pour les autres,
l’intelligence vraie, pleine et entière, de ces récits contrastés, au fond
difficiles, dans l’Evangile. Amen.
|