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Dix-septième dimanche (A)
27
juillet 2008
Père Michel Fédou, jésuite
1 R 3, 5. 7-12 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13,
44-52
Il y a quinze jours nous entendions la
parabole du semeur, la semaine dernière la parabole du bon grain et
de l’ivraie, et aujourd’hui encore ce sont des paraboles qui nous
sont proposées : celles du trésor, de la perle et du filet. Elles
nous parlent du Royaume des cieux ; au lieu de donner de celui-ci
une définition, Jésus recourt à des images : le Royaume des cieux
est comparable à un trésor, à une perle, à un filet…
Arrêtons-nous d’abord sur les deux
premières images. Imaginez, dit Jésus, un homme qui trouve un trésor
dans un champ ; que va-t-il faire ? Est-ce qu’il va garder ses
autres biens ? Non, il va vendre tout ce qu’il possède pour acheter
le champ où se trouve le trésor. Et il fait cela dans la joie :
c’est dans la joie qu’il renonce à ses biens parce qu’il désire plus
que tout le trésor qui surpasse tous ces biens. Et la deuxième image
dit quelque chose de semblable. Il y avait au temps de Jésus, au
Proche-Orient, des gens qui vendaient ou achetaient des perles
précieuses ; alors, dit Jésus, si un négociant trouve une perle de
grande valeur, il n’hésitera pas à vendre tout ce qu’il possède pour
acheter cette perle.
Jésus fait ainsi appel à l’expérience,
à la sagesse, au bon sens de ses auditeurs pour dire, à travers ces
deux images, ce que doit être leur attitude par rapport au Royaume
des cieux. A proprement parler il ne définit pas ce Royaume mais il
dit : le Royaume des cieux, c’est ce qui a le plus de prix, c’est ce
que l’on doit préférer à toute autre chose, ce à quoi l’on doit
sacrifier tout le reste – et cela dans la joie.
C’était déjà, en un sens, une
disposition de ce type qui habitait Salomon d’après la première
lecture ; ce roi n’avait pas demandé la richesse ni la mort de ses
ennemis, il avait demandé ce qui était pour lui l’essentiel : l’art
de discerner le bien et le mal, de façon à pouvoir gouverner avec
sagesse le peuple qui lui était confié.
Les paraboles du trésor et de la perle nous invitent nous-mêmes à
nous poser la question : qu’est-ce qui a pour nous le plus de prix ?
Et elles nous révèlent surtout que le Royaume des cieux, si nous le
découvrons et l’accueillons, c’est justement ce à quoi rien n’est
comparable, ce que nous devons préférer de manière inconditionnelle.
Quel est ce bien incomparable, unique entre tous ? Jésus le révèle
ailleurs dans l’évangile : c’est de se donner comme Dieu lui-même
s’est donné et ne cesse de se donner à nous. Là est le trésor auquel
tout le reste doit être sacrifié, là est la perle incomparable entre
toutes. Et comme Jésus a lui-même témoigné, de manière unique, de
l’amour de son Père et de l’amour d’autrui, nous pouvons aussi dire
que le trésor et la perle ne sont autres que le Christ lui-même –
caché dans le champ des Ecritures – et l’Esprit qui, répandu dans
nos cœurs, nous fait vivre du Christ.
Or Jésus ajoute une dernière parabole, celle du filet qu’on jette à
la mer et qui recueille toutes sortes de poissons dont les uns sont
bons et les autres sans valeur. Il faut faire un tri parmi ces
poissons : image, nous dit Jésus, de ce qui se passera à la fin du
monde lorsque les justes et les méchants seront séparés. Mais cette
parabole n’est pas d’abord une description de ce qui adviendra, elle
est plutôt à entendre comme une prophétie qui nous invite
aujourd’hui à choisir le chemin de la vie. Jésus ne dit pas à
certains « vous serez sauvés » et à d’autres « vous serez perdus »
(son désir, nous le croyons, est bien plutôt que tout homme soit
sauvé !) ; mais il nous prévient que notre existence présente n’est
pas neutre : c’est aujourd’hui que se joue notre avenir, un avenir
qui risque d’être malheureux si nous refusons les biens du Royaume,
un avenir qui sera heureux si au contraire nous savons nous attacher
au trésor et à la perle du Royaume.
Les saints n’ont cessé de le dire au long de l’histoire : c’est
aujourd’hui que nous avons à accueillir l’essentiel, cet unique
nécessaire dont dépend le bonheur de demain et de toujours, ce
trésor et cette perle du Royaume qui consiste à aimer comme Dieu
même nous a aimés et ne cesse de nous aimer. Rappelons-nous la
prière que nous a laissée saint Ignace de Loyola – que nous fêterons
bientôt, le 31 juillet – :
« Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, ma volonté, tout ce que j’ai et
possède… …Donne moi seulement ton amour et ta grâce : c’est assez pour moi. »
C’est cette dernière phrase que nous pouvons retenir comme en écho
des paraboles du Royaume : « Donne-moi seulement ton amour et ta
grâce : c’est assez pour moi. »
Aimer en vérité – à la suite du Christ, et dans l’Esprit présent en
nos cœurs –, ce sont là le trésor et la perle que nous devons
chercher et recueillir, en sorte qu’à l’heure de la fin, lorsque le
filet jeté dans la mer aura à être recueilli, nous soyons reconnus
comme justes et que nous ayons part pour toujours à la vie même de
Dieu. |