Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

Dix-septième dimanche B                                                                          dimanche 26 juillet 2009

Père Marc Rastoin, jésuite           

2 Rois 4,42-44; Ps 144; Ephésiens 4,1-16; Jean 6,1-15

« Donne-leur à tous ces gens pour qu’ils mangent » ordonne Elisée et Jésus, à son tour, se demande comment faire « pour qu’ils aient à manger ». Nous sommes devant la réalité humaine la plus simple et la plus radicale : se nourrir. La plus originelle aussi. Recevoir d’autres de quoi manger. L’être humain nait, et grandit, en devant recevoir sa nourriture d’autres êtres que sont ses parents ou ceux qui assument ce rôle si les parents ne sont pas là. Pourtant il oublie vite cette expérience et croit être autosuffisant. Pourtant dans la vie matérielle comme dans la vie spirituelle, nous ne sommes pas autosuffisants. Nous sommes faits pour recevoir et pour donner, pour manger et pour donner à manger. Nous ne sommes pas des individus isolés mais des êtres créés pour la communion au sein d’une communauté. Ces lectures nous mettent ainsi devant l’essentiel de notre condition humaine : nous nous nourrissons les uns les autres et nous nous nourrissons les uns des autres. Nous sommes faits pour être pain les uns pour les autres. Ce qui vaut du nourrisson vaut aussi à sa façon de l’adulte. Et il en va de même avec Dieu. Dieu nous parle pour que nous puissions nous nourrir de lui : « Il t'a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez pour te faire connaître que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur. » Nous vivons nous aussi par la parole. Combien de personnes meurent de silence, combien de couples meurent de ne plus vraiment parler, combien de communautés religieuses s’atrophient faute de parole… Ce pain qui nourrit près du lac de Tibériade nous dit l’importance de la parole du Christ. C’est avant même l’eucharistie que Jésus a donné sa vie. Il l’a donné en parlant de ce qui fait vivre.

Mais devons-nous dans cette scène avoir les yeux fixés sur Jésus ? Notre regard se porte sur Jésus et Elisée qui sont au cœur de l’action. Pourtant « l’homme de Dieu » et « le grand prophète » ne pourraient rien faire sans qu’une personne n’offre ce qu’elle a, tout ce qu’elle a… « Quelqu’un offrit à Elisée vingt pains et du grain frais. » En temps de famine, c’est une fortune et c’est aussi une sécurité énorme ! Un homme normal, simple, anonyme, offre tout ce qu’il a. Dans la foi. Dans l’Evangile, un jeune garçon, offre « cinq pains d’orge et deux poissons. » Largement de quoi nourrir lui-même et sa famille. Pourtant étonnamment, généreusement, il offre tout spontanément sans que Jésus n’ait rien demandé. L’anonyme d’Elisée et le jeune garçon ont tous deux fait confiance à l’homme de Dieu - en dernier ressort à Dieu - ils n’ont pas retenu jalousement ce qu’ils avaient, ils l’ont donné et cela a porté du fruit. Sans ces deux personnes, il ne se serait rien passé. Sans la collaboration libre de l’homme, même Dieu ne peut pas agir. Ils ont offert quelque chose qui n’est pas extraordinaire, quelque chose qui est à la portée de tout le monde. Là est peut-être ce qui est à retenir pour nous. Il est si facile de se dire : je ne suis ni Jésus ni Elisée, comment puis-je donner à manger aux foules ? La question n’est pas là. Elle est : que puis-je donner de ce que j’ai ? Quel pain, quelle parole puis-je offrir ? On demandait un jour à Mère Teresa comment elle avait fait pour s’occuper de tant de mourants et de malades dans les rues de Calcutta. Elle répondit : « Je ne regarde jamais les masses. Je regarde la personne. Je peux seulement aimer une personne à la fois. Je peux seulement nourrir une personne à la fois. Juste une, une, une. […] Il s’agit de commencer. J’ai commencé. J’ai pris une personne – peut-être que si je n’avais pas pris cette personne, je n’aurais jamais pris les 42 000 autres…. Il en va de même pour vous, pour votre famille, pour votre Eglise… just begin, one, one, one ».

Alors demandons au Seigneur la grâce de commencer et de recommencer, d’offrir nos cinq pains et nos deux poissons, d’offrir nos paroles et nos vies, le peu que nous avons, le Seigneur le transformera en vie éternelle. Pour nous et pour d’autres. Amen


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