Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

17° dimanche C                                                                                                                            29 juillet 2007

Père Pierre-Jean Labarrière,  jésuite

Genèse 18, 20-32 - Colossiens 2, 12-14 - Luc 11, 1-13

Comment ne pas faire nôtre ce matin la demande des apôtres après que le Christ leur eût exposé cette parabole. « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples. » Et nous entendrons le Christ nous redire les paroles bien connues : Notre Père, la prière commune du Fils éternel et de tous ceux qui sont fils dans le Fils. Cette prière, nous la redirons tout à l’heure au cours de cette eucharistie, avant la communion eucharistique.
Comment la redécouvrir dans sa nouveauté, comme sortant de la bouche du Christ, pour nous être confiée ?

Je vous propose de souligner un point qui n’est pas compris dans cette version de Luc mais dans celle, parallèle, de Matthieu et qui correspond davantage à la prière que nous avons coutume de répéter. Je la vois bâtie autour de deux « COMME » qui ne sont pas des « COMME » de comparaison mais des « COMME » d’identification.

Dans la première partie du Notre Père, nous disons : « Que ta volonté soit faire sur la terre COMME au ciel », en prenant les choses dans l’ordre de l’éternité. Au ciel, ainsi peut-on le penser, règne l’ordre éternel de la vérité de Dieu, et nous demandons que les choses se fassent, selon la volonté de Dieu, sur terre comme au ciel.

Mais dans la seconde partie du Notre Père, nous renversons les perspectives. « Pardonne-nous nos offenses COMME nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Autrement dit, et avec audace, nous demandons à Dieu d’en agir, dans son éternité à notre égard, comme nous-mêmes, pauvres humains, sommes censés agir vis-à-vis de nos frères dans cette vie terrestre qui est nôtre. N’est-ce pas présomption tant nous savons que nous sommes peu enclins à pardonner, à nous-mêmes d’abord souvent et aux autres, les pauvretés qui parsèment nos vies sur cette terre. Oui, nous demandons que tout en aille au ciel comme il en va sur la terre, et que, comme il en allait de l’échelle de Jacob, les anges montent et descendent pour réaliser cette identité profonde du vouloir du Père et de notre vouloir terrestre.

Pour comprendre mieux ce que veut dire cette identité des deux COMME du Notre Père, je vous propose de jeter à nouveau un regard sur la première lecture, ce sublime marchandage d’Abraham pour arracher à Dieu le pardon vis-à-vis de la ville pécheresse de Sodome. 50 justes, 45, 40, 30, 20, 10. Pourquoi Abraham s’est-il arrêté en si bon chemin ? Il trouvait que c’était déjà énorme de demander à Dieu d’épargner cette ville contre la réalité de dix justes. Et nous savons que Dieu n’a pas trouvé, selon le récit de l’Écriture, dix justes dans Sodome.

Mais nous, nous pouvons aller plus loin qu’Abraham parce que, dans cette nouvelle Alliance, nous avons hérité du seul Juste qui soit. Et nous pouvons dire au Père : « Si tu trouves dans l’humanité un seul juste qui soit digne de toi, alors pardonne-nous à tous. » Or ce Juste, nous savons qui il est, c’est le Christ Jésus dont Paul nous dit qu’il est la Justice même de Dieu, sa droiture, sa rectitude, sa vérité profonde, sa tendresse aussi.

Alors, il nous revient à nous, avec nos pauvres infidélités, de nous couler dans la justice du Christ, de nous fondre en elle pour que le Père nous regarde à travers le visage de son Christ selon le mot sublime de Thérèse de Lisieux que le Père Jean-Marie Tézé, le sculpteur qui habite avec nous au Centre Sèvres, a inscrit dans la dernière station du Chemin de Croix qu’il a gravé sur des plaques d’ardoise. Il a dessiné le visage d’un Christ apaisé, reposant, au terme de sa Passion, et en-dessous, simplement, cette phrase de Thérèse de Lisieux, une prière au Père : « Vous demandant de ne me regarder qu’à travers le visage de votre Fils. »

Oui, nous n’avons pas, chacun de nous dans notre pauvreté, à paraître le visage découvert devant Dieu, nous avons à nous revêtir du visage du Christ et à savoir que Dieu nous accueille parce que le Christ est le seul Juste et qu’en Lui toutes nos pauvretés obtiendront justice, miséricorde et pardon de la part de Dieu.

Nous avons chanté tout à l’heure « Nous sommes le corps du Christ, chacun de nous est un membre de ce corps ». Si cela est vrai, et nous le ratifions par notre présence à cette eucharistie, peut-être et sans doute par notre communion tout à l’heure, nous voulons nous unir à la vérité du Christ, nous voulons nous unir au oui éternel qu’il prononce à l’égard de son Père, à cette justice qui s’est exprimée dans toute sa vie. Alors, oui, toutes nos injustices ne sont rien. Elles sont simplement reprises totalement dans cette justice unique que le Christ a manifestée parmi nous et à laquelle il nous donne aujourd’hui la capacité de communier, afin de nous présenter devant le Père revêtus de la justice de son Fils. Amen !