|

18ème dimanche A
Isaïe 55,1-3
Psaume 144
Romains 8,35.37-39
Matthieu 14,13-21
 |
Dix-huitième
dimanche
A
31 juillet : Fête de saint Ignace
Père Marc Rastoin, jésuite
Pourquoi Jésus a-t-il compassion de
ces foules ? Il nous a été dit peu avant : « A la vue des foules il
en eut pitié, car ces gens étaient fatigués et abattus comme des
brebis qui n'ont pas de berger » (Mt 9,36). Il y a la fatigue de
celui qui est fatigué par la route et qui s’assied au bord d’un puits…
Et il y a une autre fatigue : la fatigue de celui qui erre dans sa vie
comme une brebis sans berger…
* Avant d’être un livret, les
Exercices Spirituels ont été une expérience. Ignace a vécu les
Exercices pour ‘ordonner’ sa vie. Il n’y a pas de plus grande fatigue
que d’être perdu, désorienté, sans priorité. Plus que jamais les
foules d’aujourd’hui ont besoin d’ordonner leur vie face à la
multitude des possibles et des sollicitations qui les entourent.
Ignace a permis à des chrétiens de fonder leur vie sur le roc d’une
décision, reçue de Dieu dans la prière, dans le face à face de la
rencontre : « Venez à moi ! Ecoutez et vous vivrez ! ». Jésus
voit des êtres en attente de Dieu et aussi des êtres qui n’ont pas de
but, pas de guide, pas de boussole. Combien de nos frères en humanité
ne disent-ils pas : « ‘C'est en vain que je me suis fatigué, c'est
pour du vide, pour du vent, que j'ai épuisé mon énergie!’» (Is
49,4b) ? N’est-ce pas ce que l’on peut dire aussi de l’Europe
aujourd’hui : que c’est un continent fatigué ? Nous pouvons peser
l’originalité de ce regard de Jésus sur notre monde, sur nos frères,
et sur nous… Un regard qui voit le désir profond de l’homme, l’homme
qui est un être de désirs. Ce regard d’amour discerne. Il n’est pas
naïf. Il est lucide et vrai. Il voit combien beaucoup se fatiguent,
faute de chemin, de direction claire, faute de fixer leur désir sur
l’objet juste. Jésus le Serviteur voit ce qui était au cœur du 4ème
poème du Serviteur dans le prophète Isaïe : « Nous tous, comme des
brebis, nous étions errants, nous nous tournions chacun vers son
chemin » (Is 53,6a). Et Ignace a voulu aider les chrétiens à
devenir capables de se dépenser sans s’épuiser, de se donner sans se
disperser. Ne plus être fatigué de porter sa vie comme un fardeau,
errant à tous les vents, mais être un chrétien heureux de se donner,
personnellement, à un Dieu qui l’aime, lui, personnellement.
Oui, en vérité, « pourquoi se
fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? » Ce qui rassasie c’est de
« goûter et sentir les choses intérieurement ». Ignace a permis
à d’innombrables chrétiens de fonder leur vie sur le roc du regard
d’amour du Seigneur. Et de vivre ainsi ce que disait le prophète : « Ceux
qui espèrent dans le Seigneur retrempent leur énergie: ils prennent de
l'envergure comme des aigles, ils s'élancent et ne se fatiguent pas,
ils avancent et ne faiblissent pas! » (Is 40,31).
* « Donnez-leur vous-mêmes à manger ».
Jésus crée un corps de disciples, un groupe de compagnons. Il veut des
compagnons. Non seulement vivre le seul à seul avec le Seigneur
n’isole pas des frères mais il donne des compagnons. Des compagnons
unis par une mission commune. Pas d’Eglise sans les Douze Apôtres. Pas
de Compagnie sans les Constitutions. Jésus ne guérit pas seul. Il se
suscite des frères. Il s’agit non seulement de donner quelque chose
mais de se donner soi-même. De même que Jésus s’est donné lui-même en
nourriture à ses disciples, il propose à ses disciples de se donner
‘eux-mêmes’ en nourriture. Au bout du bout, le chrétien n’est pas
quelqu’un qui donne ‘quelque chose’ à Dieu ou aux autres, il est celui
qui se donne lui-même, à l’image de Dieu. Ignace suggère à celui qui
prie les Exercices de s’offrir lui-même : m’« offrir… moi même…
comme quelqu’un qui fait une offrande en y mettant tout son cœur »
(Ex 234). Et le corps est le lieu où vivre ce don.
L’esprit d’Ignace c’est la plus grande
confiance dans le face à face de chaque chrétien avec son Seigneur, « la
créature seule avec son Créateur » et en même temps la foi la plus
totale dans la nécessité d’un corps dans la mission et de la
communauté de l’Eglise pour le salut. Dans le Christ, Dieu vient
rencontrer chaque homme au plus intime de son identité et, dans le
même mouvement, il lui donne des frères, une famille. Pas de ‘je’ sans
ce ‘nous’. Prions pour pouvoir croire de tout cœur à ces mots de Paul
qui furent aussi ceux d’Ignace : « Oui j’en ai la certitude…
rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus
Christ ». |