Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                             

Premier dimanche de l'Avent    B                                                               30 novembre 2008

Père Dominique Cupillard, jésuite                                

 

Isaïe 63,16…64,7 - Psaume 79 - 1 Corinthiens 1, 3-9 - Marc 13, 33-37

Voilà un évangile bref. Tout son enseignement semble se résumer dans l’exhortation de Jésus à veiller. Le mot veiller revient 4 fois. L’invitation est si pressante, que la parabole sensée l’illustrer, celle de cet homme parti en voyage, très vite  tourne court, pour livrer sa conclusion : veillez donc ! Dans l’évangile de Marc, cette exhortation de Jésus se situe juste avant sa passion. Par cet ordre de veiller le soir, à minuit, au chant du coq ou le matin, Jésus veut nous associer comme les disciples à Gethsémani, à son combat contre les puissances du mal, et à sa victoire.

Car ce combat n’est pas achevé. Il se poursuit. Et il se poursuivra jusqu’à la délivrance finale quand la mort ne sera plus, qu’il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance car le monde ancien aura disparu (Ap 21, 4). Mais pour l’instant, nous sommes encore dans le temps du péril et de l’épreuve. Même si nous avons été arrachés à l’empire des ténèbres, nous sommes toujours exposés au risque de chuter, de céder aux puissances du mal, de retomber au pouvoir de la nuit.  Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : Il ne faut pas dormir pendant ce temps là. (cf. Pascal)  

Le danger du sommeil ne nous épargne pas, pas plus qu’il n’a épargné les disciples. Il y a le poids de la souffrance si lourd qu’il finit par anesthésier notre cœur, nous plonger dans une sorte de torpeur. Il y a aussi l’excès de violences et d’injustices dans le monde auquel on se résigne par impuissance, qu’on fuit ou qu’on ne voit plus. Il y a l’ennui, la fatigue de notre regard sur la vie, qui ne sait plus s’étonner de la vie qui veut naître ou qui naît, de la vie qui croît. 

Il nous faut veiller sans cesse : ce n’est pas seulement à l’heure de notre mort, qu’il faut nous tenir prêts : c’est maintenant et à l’heure de notre mort : c’est maintenant le jugement de ce monde dit Jésus (Jn 12,31). Le dernier jour est déjà là au cœur de tous les jours. L’attendre, ce n’est pas vivre au futur mais au présent.

A ses disciples qu’il trouve endormis pour la troisième fois, au moment de son agonie, Jésus dit continuez à dormir, maintenant c’en est fait. Parce que ce sommeil des disciples, c’est celui de la mort et que c’est sa résurrection qui finalement les tirera du sommeil. Etre éveillés, pour nous chrétiens, c’est pas faire preuve d’une sorte de courage supplémentaire, ou de vertu que les autres n’auraient pas,  ce n’est pas croire au quart d’heure de Napoléon, qui disait que le vainqueur, c’est celui qui tient un quart d’heure de plus, non, c’est vivre déjà en Fils de la Lumière, en Fils du jour, c’est avoir été plongés par notre baptême, dans la mort du Christ et s’être réveillés avec Lui, à une vie nouvelle : Eveille toi, toi qui dors, lève toi d’entre les morts et sur toi le Christ resplendira (Eph 5, 14.)

Nous le croyons, la nuit est avancée et le jour est tout proche (Rm 13, 12). Mais c’est vrai : l’absence de Dieu pèse aussi dans nos vies. Notre prière rejoint souvent celle d’Isaïe : Pourquoi Seigneur, nous laisses-tu errer ? Reviens, pour l’amour de tes serviteurs  (Is 63, 17). Dieu semble s’être retiré, avoir déserté non seulement nos vies, mais le monde et son histoire. Le même homme qui hier, annonçait victorieusement la mort de Dieu et sa disparition, qui voulait effacer le nom même de Dieu, est aujourd’hui hanté par cette absence, sentant  qu’elle pourrait bien entraîner sa propre disparition. Et il se tourne vers Dieu en répétant comme le psalmiste : fais-nous vivre Seigneur et invoquer ton nom. (Ps 79,15).

Dieu nous manque… C’est le signe qu’il n’est pas absent. Moi je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin des temps. (Mt 28,20). Dieu est là mais caché. Caché dans nos veilles et nos attentes, qui patientent sans désespérer et sans se lasser, caché dans le tissu banal de nos tâches quotidiennes assumées jusqu’au bout, caché dans l’autre qui nous appelle à sortir de nous, à nous risquer au large, dehors ou dedans. 

Veillez : la réponse à cet appel du Seigneur est multiple. Saint François Xavier que nous fêterons dans quelques jours, a été un veilleur, en allant aux portes de la Chine. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, aussi, en restant dans son carmel de Lisieux. Le véritable état de veille, finalement, c’est celui qui dans l’action ou le repos nous tient en prière, à l’écoute du Seigneur, prêts à Lui dire sans cesse me voici. En ce début du Temps de l’Avent, tenons-notre cœur en éveil, prêts pour accueillir celui qui vient, et nous laisser entraîner guider par Lui, là où sans Lui nous ne nous serions jamais aventurés.

 


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