Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Premier dimanche de l'Avent  C                                                                              dimanche 3 décembre 2006

Père Jean-Jacques Guillemot, jésuite

 

Jérémie 33, 14-16; 1 Thessaloniciens 3, 12-4.2; Luc 21, 25...36


  Avec le temps de l’Avent, l’Eglise ouvre une nouvelle année liturgique. Quatre semaines nous sont données pour que nous puissions nous préparer à accueillir la venue de Dieu parmi nous. Nous sommes invités à veiller, à prier. L’enfant viendra au creux de la nuit, en un lieu où personne ne l’attend. Il importe de nous tenir éveillés pour percevoir les signes ténus de sa présence en notre monde.

Dans la première lecture de ce dimanche nous pouvons entendre la voix de la promesse : « Voici venir des jours où j’accomplirai la promesse de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et à la maison de Juda » (Jérémie 33, 14). Il n’est pas facile pour nous d’accueillir cette voix de l’espérance dans le brouhaha du monde.
 

Au moment où Jérémie transmet cette parole de vie, la situation de son pays est dramatique. Le Royaume de Juda est ravagé par l’envahisseur, la ville de Jérusalem est détruite, dans un climat de meurtres et de déportations vers Babylone. Mais Dieu veut restaurer la confiance chez ceux qui sont restés au pays. Un monde, leur fait-il dire, s’en est allé mais l’amour de Dieu pour son peuple demeure, ainsi que son pouvoir de créer. Un roi, issu de la lignée de David, règnera à nouveau sur un pays redevenu libre et il rétablira une ère de justice, de paix et de bonheur pour tous.
Promesse de bonheur, adressée jadis par le prophète à tous ceux qui se trouvaient dans le malheur, promesse de bonheur qui nous est adressée encore aujourd’hui par Dieu. Si vraiment nous croyons qu’il nous aime, nous pouvons penser que son désir le plus cher est de nous voir heureux sous son regard.

 

Jésus invitait au bonheur. Il invitait à oser croire que Dieu est tendresse et bonheur en lui-même et pour tous. Dans ses relations, selon ce qui est rapporté dans les Evangiles, il donnait des signes de ce respect immense qu’il avait pour chacune des personnes rencontrées.
Mais voici qu’aujourd’hui il nous parle de sa venue. « Veillez et priez », nous dit-il. Oui, pour voir le Seigneur venir, il nous faut être vigilants. Si nous gardons les yeux ouverts nous saurons discerner les signes de son amour. Si nous restons attentifs à une certaine qualité d’être, nous pourrons participer à la construction de relations justes avec les autres.
Certes, nous dirons peut-être que depuis toujours les hommes ont espéré le bonheur et que, malgré toutes les bonnes volontés, les puissances de mort sont encore à l’œuvre, ici et maintenant. Mais si ces puissances du mal sont toujours présentes, elles ont déjà été définitivement ébranlées. Le Jour du Seigneur, l’Avènement du Fils de l’Homme, dont nous parle Luc dans l’évangile, c’est le matin de la Résurrection du Christ. C’est sa victoire sur toutes les forces de mort. Et c’est le cœur de notre foi et le fondement de notre espérance.

En nous demandant de nous redresser et de relever la tête, le Seigneur nous invite à ne pas sombrer dans la résignation face aux soucis de ce monde qui passe, soucis qui parfois alourdissent notre cœur et notre esprit et nous empêchent de mieux vivre dans l’attente du Seigneur.
Le Christ nous demande de relever la tête, c’est-à-dire de vivre en hommes et en femmes debout. Cet appel nous convie à un renouvellement. Pour aller à la rencontre du Seigneur qui vient vers nous, nous devons nous détourner de tout ce qui alourdit notre cœur : nous devons nous convertir de l’intérieur. En quoi faisant ? L’Evangile nous propose un moyen très sûr pour rester en éveil : la prière. Prier en tout temps. La prière n’est pas un somnifère qui nous permet de nous endormir sans relever la tête. Elle nous permet de percevoir autrement les évènements qui nous arrivent. Elle nous permet de rester unis aux autres, à Dieu, dans une alliance de vie. Cette prière nous garde en « avent » car elle garde notre cœur en attente et l’empêche de se replier sur lui-même.

Que ce temps de l’avent vienne nous déranger. Prions, supplions, de jour et de nuit, afin que l’humain dans l’homme ne déserte pas nos sociétés. Veillons en repérant les lieux où l’homme s’égare, se défait lorsqu’il se prétend seul maître à bord ou lorsqu’il affirme pouvoir s’auto suffire. Présentons-nous devant Dieu, tenons-nous debout devant lui en lui demandant la grâce de l’espérance que nous ne pouvons obtenir par nos seules forces.
Le temps liturgique de l’Avent est celui d’un recommencement : pour nos engagements, pour nos promesses, pour nos espérances d’amour et de foi.