Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

1° Avent A

 

Isaïe 2,1-5

Psaume 121

Romains 13,11-14 Matthieu 24,37-44
 

 

 

Premier dimanche de l'Avent (A)

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

 

Notre foi au Christ nous tourne vers l’avenir, en nous faisant attendre celui qui vient vers nous, depuis toujours.

L’Ancien Testament est rempli de cette attente, sous la forme de plaintes, de cris d’appel, d’injonctions vigoureuses à ce Dieu qu’on n’en finit plus d’attendre, et qui tarde. Dans le Nouveau Testament, attendre le règne définitif de Dieu c’est attendre le retour de celui qui est venu l’inaugurer : le Christ.

Pour comprendre le langage souvent difficile des évangiles synoptiques sur ce retour, il faut le rapprocher d’autres paroles de Jésus sur le Royaume. Elles nous apprennent que le Royaume attendu est déjà là, qu’il est en nous, parmi nous, présent mais caché comme le levain dans la pâte. Oui, là où des hommes et des femmes vivent entre eux un amour fraternel tel que le Christ l’a vécu, là où des pauvres sont aimés et servis, le Royaume de Dieu est présent. Mais, de toute évidence, il n’est pas encore pleinement là, et entre le « déjà là » et le « pas encore là » du Royaume, il y a toute l’histoire de l’humanité, il y a chacune de nos histoires personnelles.

Car ce Royaume, qui n’est pas de nous, ne s’instaure pas sans nous, puisque il est pour nous. Il nous est donné mais il ne nous est pas imposé ; il nous faut donc l’accueillir, en vivre, c’est à dire laisser l’amour, qui est la loi de ce Royaume, qui est Dieu lui-même, faire sa demeure en nous, et nous traverser pour aller vers les autres.

Ainsi ce Royaume caché est à l’œuvre depuis toujours, jusqu’à ce qu’il soit pleinement réalisé et révélé dans la lumière du Ressuscité. Quand le Christ reviendra, c’est à sa lumière que nous comprendrons alors notre vie, en y relisant la façon dont nous aurons accueilli le Royaume . Nous ne serons donc pas jugés : c’est nous qui nous jugerons, selon la façon dont nous aurons accueilli la lumière du Christ . Que ce mot de « jugement » ne nous fasse pas peur, car la lumière du Christ ne se contente pas d’éclairer le fond des cœurs ; en les éclairant, elle les guérit. C’est ce que dit St Paul : « Tout ce qui vient à la lumière devient lumière. »

Comment bien vivre ce temps de l’Avent ? Certes nous nous préparons à célébrer la venue du Fils de Dieu dans notre chair à Bethléem de Judée, mais il nous est aussi rappelé que celui qui est venu cette nuit-là reviendra . Le mot d’ordre est donc : veillez, tenez-vous prêts à accueillir celui qui peut venir à tout moment, comme un voleur. Mais quand il viendra, saurons-nous le reconnaître ? Sur ce point, Jésus est clair : « N’écoutez pas ceux qui vous diront: « Il est ici…il est là ! » La vérité, c’est qu’il est toujours déjà là : il nous visite dans le tissu quotidien de nos vies qu’il vient remplir de sa présence, mais, n’en doutons pas, il vient aussi dans les moments où il paraît le plus absent. Et puis, il désire tellement nous rejoindre qu’il arrive aussi que nous le rencontrions sur les chemins que nous prenons pour l’éviter .

Car il se peut que nous ayons peur de sa venue, surtout quand nous sommes lassés de nos faiblesses et notre médiocrité. Rappelons-nous alors que le Christ n’a eu pour ceux qui le faisaient mourir, et donc pour nous, que des paroles de pardon : « Père, a-t-il dit, pardonne leur » . Or, Jésus nous l’a dit, le Père fait toujours ce que le Fils lui demande.

L’Église nous dit donc aujourd’hui: « Réveillez-vous, sortez de votre torpeur, de votre insouciance, de votre légèreté, et n’oubliez pas qu’a tout moment le Christ désire vous rencontrer. » C’est pourquoi la seule question que nous devons nous poser est la suivante : et nous, désirons-nous le rencontrer ?