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1er dimanche
de l'Avent (B)
dimanche 27 novembre 2005
Père Bernard
Gillibert, jésuite
Isaïe
63,16...64,7 - Psaume 77 - 1 Corinthiens 1, 3-9 - Marc 13, 33-37
Entrer en Avent, c'est se mettre en marche... vers une lumière. Sur
cette route de l'Avent, je vous propose de vous laisser rejoindre par
trois grands témoins de l'attente, sous le regard bienveillant - un
peu austère, mais stimulant- de ces autres témoins de l'Espérance et
de la Foi que sont Ignace, François-Xavier et Pierre Favre.
Le premier témoin est Isaïe, le grand prophète – Témoin de
l'espérance
Il est celui qui annonce, de très loin - près de 30 siècles. Il nous
annonce un monde qui nous paraît un monde utopique:
« Les Nations ne lèveront plus l'épée l'une contre l'autre
De leurs épées, ils forgeront des socs pour labourer
Et de leurs lances, des faucilles pour moissonner.
Ce monde sera possible, quand une jeune fille enfantera un fils,
qu'elle appellera Emmanuel. » (Isaie, 2,4)
La raison d'espérer ce monde merveilleux de justice, de paix, d'amour,
pour nous s'appelle Noël. Ce monde trop beau pour être vrai, pourrait
être le nôtre si nous savions mieux entendre l'appel que nous adresse
dans notre vie quotidienne, et en ce temps plus particulièrement,
l'Enfant de la Crèche, qui est aussi le Juge ultime de nos vies, de
nos actes, comme cela nous était rappelé dimanche dernier.
Mais, Seigneur, pourquoi nous laisses-tu errer hors de ton chemin ? Si
tu descendais… Emmanuel : Dieu avec nous… N'est-il pas avec nous ?
Oui, Seigneur, la lumière que tu mets en notre cœur est peut-être
fragile, parfois vacillante mais elle est inextinguible car Elle est
présence de l'Esprit, que nous portons en nous, depuis notre Baptême.
Laissons le feu de l'Esprit dissiper peu à peu les ombres du tableau
pour qu'apparaisse en nous la jeune clarté de Dieu. Mais ceci est
exigeant, car nous sommes des êtres « à la Rembrandt », des êtres en
« clair-obscur ». Toute notre vie doit être lente absorption de zones
d'ombres, dans une progressive et lumineuse transfiguration de notre
Etre. Nous sommes l'ouvrage de tes mains - créatures d'argile,
créatures fragiles, images incertaines appelés à devenir de plus en
plus ressemblances du Fils. Telle est la grandeur de notre destinée.
Une lumière resplendit sur nous, habitants de l'ombre. Un Enfant nous
est né. Un Fils nous est donné.
Pour accueillir ce Fils qui nous est donné, nous sommes rejoints par
Jean-Baptiste, le deuxième témoin. Isaïe annonçait de loin
celui qui viendrait. Jean-Baptiste nous présente celui qui est venu.
Il est là: il nous conduit à l'homme de Nazareth pour découvrir
l'Emmanuel. Jean-Baptiste est le doigt qui montre le Fils de Dieu,
l'Emmanuel, le Messie tant attendu par tout le peuple, en Jésus, cet
Homme de Galilée, qui vient recevoir comme les autres le Baptême de
conversion. Quel merveilleux retournement dans le cœur de Jean, quand
on y pense ! pour reconnaître en ce petit cousin avec lequel il a joué
son enfance – vécu son adolescence, pour lui, l'Intime, le Tout Proche
; et cependant le Tout Autre. Pour que s'opère ce retournement,
véritable conversion du cœur, il lui a fallu quitter son village, sa
famille et partir au désert. C'est dans la solitude de la prière et
dans l'ascèse purificatrice de l'oubli et du dénuement de soi que
Jean-Baptiste a pu ouvrir son intelligence et son cœur au mystère de
son Dieu. « Il faut qu'il grandisse et que je diminue » Partir au
désert ? Leçon à méditer…
Quand Isaïe nous éclairait d'une lointaine espérance, il nous
préparait à accueillir en Jean-Baptiste le témoin de la Foi, Foi
nouvelle en celui qui vient nous rejoindre au cœur même de la réalité
de notre vie. Il vient nous brûler, nous éclairer, nous réchauffer au
Feu de son Esprit. Le temps de l'Avent est celui de l'Accueil, de l'Ecoute
de celui qui continue à crier dans les déserts qui sont les nôtres:
"Redressez vos chemins, les axes de vos choix, la rigueur de vos
discernements, Prenez la route des hommes justes, si vous voulez
rencontrer le Seigneur: Tu viens à la rencontre de celui qui pratique
la justice et la joie, et qui se souvient de Toi, en suivant son
chemin."
Ce sera peut-être une montée un peu rude, par des voies étroites, des
chemins rugueux. Mais ce sera une marche tonifiante, par moments dans
la solitude et le silence nécessaires, si je veux entendre La Parole,
au-delà de celle de Jean-Baptiste, et reconnaître ce qu'elle me dit de
personnel, ce qu'elle me dit à moi, en ce moment précis.
Samuel: "Parle Seigneur, ton serviteur écoute !" et non pas "Ecoute
Seigneur, ton serviteur parle…"
Alors, au cœur de ce silence, nous pourrons apprendre et toujours
réapprendre à "couler" nos paroles d'homme dans la Parole du Fils.,
pour dire avec lui, simplement, en toute vérité: "Notre Père", dans un
Acte de Foi qui résume tout, tant il est porteur d'Espérance.
Et ceci nous est possible parce que le Fils nous est donné pour
reconnaître le Père. C'est alors que se dévoile près de moi la
Présence du troisième témoin, qui ne m'a jamais quitté.
Présence discrète et indispensable: Marie. Indispensable car je
lui dois ce Fils qui m'est donné. Marie nous rejoint: Marie qui, d'un
mot : « Fiat », bouleverse l'Histoire de l'Humanité et la transfigure
en lui donnant un sens. « Fiat »… « Que la Parole prenne réalité en
moi » Quand le Verbe se fait chair, l'Amour prend corps et l'Homme
renaît à lui-même. Grandeur du mystère de l'Incarnation, dont dispose
l'humble liberté d'un cœur parfaitement disponible. Modèle d'attente
purifiée dès son origine. Désir ardent d'une fécondité reçue dans ce
merveilleux échange, ce mystérieux retournement par lequel Marie donne
à l'Histoire celui qui est attendu comme son Sauveur, en engendrant à
son Humanité ce Fils dont elle tient sa propre existence, puisque
saint Jean nous l'affirme en son Prologue : « Rien n'existe hors de
lui. Tout ce qui existe, existe par lui ».
Marie ne reçoit que pour donner. Elle est Témoin de l'Amour,
dont elle devient par sa Maternité le reflet le plus parfait, le plus
accompli parmi les Hommes.
Cette route de l'Avent que nous allons suivre, selon les moments dans
la nuit ou dans la lumière, n'a pas de fin pour nous. Noël n'est pas
l'arrivée au terme de la marche. Noël est une porte car Noël est
Naissance, Jeunesse, Vie.
Celui qu'Isaïe nous annonçait et nous faisait espérer
Celui que Jean-Baptiste nous présentait et en qui il nous invitait à
croire
Celui que Marie nous donne en le faisant naître en notre propre
existence pour nous apprendre à aimer. Cet Enfant de Bethléem, le
Jésus de Nazareth, le Ressuscité de Jérusalem, le Christ notre
Seigneur, en cette Eucharistie que nous allons recevoir plus intérieur
à moi-même que moi, il faut veiller pour l'accueillir, être aux
aguets, ne pas risquer de le croiser sans le reconnaître. Sa lumière
se lève à l'horizon mais cet horizon, c'est chaque instant de ma vie.
La Grâce de l'Avent, c'est de reconnaître dans l'Etoile de Noël qui
éclaire ma route aujourd'hui la lumière de Pâques qui donne sens à
toute mon Histoire.
Ainsi, c'est dans la Foi au Christ Ressuscité que nous serons les
vrais témoins de l'Espérance de Noël. |