Père Marc Rastoin, jésuite
« Ce jour-là » le Seigneur réalisera ses promesses. « En ces
jours-là » est une expression qui rythme les oracles des
prophètes. Notre foi n’est pas que le mémorial de ce que Dieu a
accompli un jour du temps au profit de nos Pères dans la foi. Certes
si nous sommes réunis aujourd’hui c’est bien pour faire « en
mémoire du Seigneur » ce qu’il nous a dit de faire mais c’est
aussi pour célébrer l’aujourd’hui, tout ce que le Seigneur nous donne
« déjà » de goûter de l’Esprit. Comme le dit frère Roger de Taizé, « Vis
le peu que tu comprends de l’Evangile… » et le reste te sera donné
par surcroît.
L’évangile d’aujourd’hui tourne notre regard vers le futur pour mieux
nous inciter à vivre notre présent : l’aujourd’hui de la foi. « C’est
aujourd’hui le moment favorable, c’est aujourd’hui le jour du salut »
(2 Corinthiens 6,2b). Et le Seigneur nous invite à lever la tête, à
veiller et à prier. Pourquoi ? Parce que la réalité est que nos « cœurs
s’alourdissent » ; ils sont toujours en risque de perdre la flamme
qui les anime. La foi est un trésor ; elle est, comme l’amour, une
réalité impérieuse et fragile à la fois. Que le Seigneur nous préserve
de la routine, de la tiédeur et de l’inquiétude devant « les soucis
de la vie » ! Bien des réalités qui nous détournent de Dieu ne
sont pas mauvaises en soi, ce sont même des choses bonnes mais elles
nous donnent du souci et au lieu de devenir des êtres habités du
Christ, ce que le Seigneur souhaite pour nous, nous devenons des êtres
préoccupés, habités par les soucis. Les « soucis » dont parle
Jésus sont ceux-là même dont il parlait dans la parabole du semeur et
qui étouffaient la parole (cf. Marc 4,19)… Combien de fois nous
soucions-nous à propos d’événements et de choses sur lesquels nous
n’avons pourtant aucune prise ! Au lieu de « prier en tout temps »
et de laisser le Seigneur mettre notre cœur en paix, nous nous faisons
du souci. Souvenons-nous des paroles du Christ à Marthe : « Marthe,
Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses, pourtant il
en faut peu, une seule même » (Luc 10,41).
Nos vies ne comptent que trois jours importants : le jour où nous
sommes venus au monde, « Voici Seigneur je viens faire ta volonté »
(Psaume 40,8), le jour de l’appel du Seigneur, c’est-à-dire
aujourd’hui, « le jour favorable », le jour où il nous invite à
la confiance, à un amour persévérant et fidèle et enfin « le jour »
de la venue du Fils de l’homme. Lorsqu’il nous emmènera avec lui, que
nous soyons déjà endormis dans la mort ou encore vivants, dit Paul aux
Thessaloniciens : « Ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les
emmènera avec lui. Voici en effet ce que nous avons à vous dire, sur
la parole du Seigneur… Nous qui serons encore là pour l'Avènement du
Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui seront endormis »
(1 Thessaloniciens 4,14-15). Là où les habitants du monde voient
catastrophes et désespoirs, « Frayeur, fosse, filet, pour toi,
habitant de la terre » (Isaïe 24,17), nous, nous voyons venir le
salut, la miséricorde de notre Dieu, avec confiance : « Je vous
verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul
ne vous l'enlèvera » (Jean 16,22b). En fait un seul jour est
décisif, c’est celui où nous sommes, c’est le jour où notre foi se
fait active, où notre amour se donne de la peine, où notre espérance
se révèle constance et persévérance (Cf. 1 Thessaloniciens 1,3).
Ce qui nous distrait de ce jour, ce sont les autres jours, ceux qui
existent dans nos peurs : « les hommes mourront de peur dans la
crainte des malheurs arrivant sur le monde. » Nous avons de fait
bien des raisons d’avoir peur ! Mais la peur empêche de vivre,
personnellement comme collectivement. Le Christ est venu nous délivrer
de la peur; il est venu « délivrer ceux qui, par crainte de la
mort, passaient toute leur vie dans une situation d'esclaves »
(Hébreux 2,15), comme l’écrit la Lettre aux Hébreux. « Ces jours-là »
ne doivent pas nous inciter à la désespérance mais à une foi
renouvelée car notre « rédemption approche. »
Aujourd’hui, nous nous souvenons de la venue de Jésus un jour du
temps, nous célébrons sa présence au milieu de nous dans
l’eucharistie, notre pain de ce jour et nous attendons le « jour
béni de sa venue et de notre joie. » Amen.