Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

Genèse 22, 1-18

Psaume 24

1 Pierre 3, 18-22

Marc 9, 2-10
 


 

 

Premier dimanche de Carême B                                                           5 mars 2006                      

 Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

 

Jésus est à peine sorti des eaux du Jourdain où il vient d’être baptisé, qu’il est poussé au désert, par l’Esprit. Le désert, c’est le lieu de la proximité de Dieu, mais c’est aussi le lieu où la faim, la soif, la solitude, la peur, mettent à l’épreuve la confiance que l’on met en Dieu.

Lorsqu’il aborde Jésus, le tentateur aborde un homme qui a encore dans l’oreille la voix du Père lui assurant qu’il est le Fils bien-aimé. C’est donc là, au centre de son être de Fils, que Satan vise Jésus. L’Esprit qui parle à son cœur lui murmure : « Tu es mon Fils… » et le tentateur lui répète, comme en écho : « Si tu es le Fils de Dieu… »

A travers les trois tentations – changer des pierres en pain, se jeter du haut du temple, devenir puissant en adorant Satan – le tentateur ne dit à Jésus qu’une seule chose : « Profite de ton pouvoir miraculeux, séduis les hommes par un exploit qui les contraindrait à t’adorer, utilise pour toi et pour ta gloire les dons que tu tiens de Dieu »

En parlant ainsi, le diable dévoile le sens de son nom : diabolos signifie diviseur. De fait il tente de séparer Jésus de son Père, et du même coup dévoile ce qu’il est toujours : menteur, et homicide. Menteur, puisque sa parole fait miroiter un pouvoir illusoire. Homicide, puisque vouloir séparer le Fils du Père, c’est véritablement vouloir sa mort en le coupant de sa source, de celui qui le fait vivre. Mais Jésus démasque celui qui s’avance toujours masqué, et refuse résolument de séduire, d’ordonner, de dominer. Serviteur du Père, et il ne veut être, jusqu’au bout, que le serviteur des hommes.

Ce sont les mêmes tentations que Jésus connaîtra jusqu’au bout. Quand on voudra s’emparer de lui pour le faire roi, après qu’ il ait multiplié les pains, il s’enfuira dans la montagne, à nouveau seul avec le Père. Parce que il ne voudra pas qu’on se méprenne sur la portée de son geste miraculeux. Il aura nourri des hommes ; il les nourrira encore, jusqu’à la fin des temps : mais avec un autre pain. Non pas un pain levé magiquement des pierres du désert, mais un pain pétri avec sa propre chair.

Plus tard, quand Jésus annoncera sa mort, et que Pierre reprendra le discours du tentateur : « Il est impossible que tu meurs, cela ne t’arrivera pas ! » Jésus, tenté à nouveau, mais cette fois par son apôtre, ripostera violemment: « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ! » En s’opposant ainsi à la parole proprement satanique de Pierre, Jésus redira son choix d’être jusqu’au bout le serviteur souffrant et humilié des annonces prophétiques.

Enfin, lorsque du haut de sa croix il entendra crier : « Qu’il descende de sa croix et nous croirons en lui ! » ce sera le même piège qu’au pinacle du temple, quand Satan lui disait : « Jette-toi en bas, Dieu ne te laissera pas mourir ! » Cette fois encore Jésus refusera le prodige qui forcerait, en les dupant, l’adhésion des sceptiques, car il veut être aimé par des hommes libres.

Ce qui nous est donc dit aujourd’hui, c’est que en la personne de Jésus, Dieu a vraiment tout pris de nous, tout assumé, tout visité, y compris nos tentations – qu’elles soient de défiance, de jouissance, ou de puissance.

Mais la Bonne nouvelle, c’est surtout que si Dieu a voulu se faire à ce point semblable à nous, c’est pour que nous devenions comme lui. S’il a pris notre chair infirme et fragile, c’est pour la faire resplendir de sa propre sainteté, et que sa victoire sur toutes les forces du mal devienne la nôtre. Et c’est pourquoi, affrontés à toutes les tentations possibles, si nous demeurons attachés au Christ , alors il nous communique sa force, sa fidélité et sa confiance inépuisable dans le Père - jusque à pouvoir nous faire dire, s’il plait à Dieu, et avec l’audace tranquille de Paul : « Par lui, nous sommes les grands vainqueurs. »