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1er dimanche de l'Avent - Année C dimanche 29 novembre 2009 Père François Boëdec, jésuite Luc 21, 25-36 Frères et Sœurs, Il y a quinze jours, nous avons écouté dans l’Evangile de Marc (13, 24-32) ce passage où Jésus parlant à ses disciples de sa venue, annonçait que cela surviendrait après « une terrible détresse », que le soleil allait s’obscurcir, la lune perdre son éclat, que les étoiles tomberaient du ciel et que les puissances célestes seraient ébranlées. Et voilà qu’aujourd’hui, ça recommence ! C’est au tour de l’évangéliste Luc de relater l’annonce d’événements dramatiques, de bouleversements et de malheurs. Comme si ça ne suffisait pas, et comme si nous n’en avions pas déjà assez avec les malheurs bien réels et actuels de notre monde. C’est précisément parce que le Seigneur sait ce que nous vivons déjà qu’il n’est pas inutile d’entendre ce qu’il veut nous dire en ce premier dimanche de l’Avent. Il est clair que l’évangile de ce jour appartient au genre apocalyptique, qui est souvent confondu avec le genre eschatologique. Ces mots un peu compliqués et inquiétants méritent peut-être en effet d’être éclairés. L’eschatologie concerne ce qui est dernier, la fin. Dans la perspective chrétienne, cette fin est vue comme un accomplissement, le couronnement de l’œuvre de Dieu. Le mot apocalypse, lui, signifie révélation. Révélation de quoi ? Pour la Bible, il s’agit de la révélation du sens des événements qui se déroule entre le commencement et la fin. Il s’agit tout simplement de l’histoire lue dans la foi. Mais alors, les Apocalypses, annoncent l’avenir ? Cela est peu probable si l’on entend par « avenir » les événements précis qui figureront dans les livres d’histoire. Mais elles dévoilent par contre le sens de l’avenir. Sens voulant dire ici signification (ce que cela veut dire) – mais aussi direction (là où cela nous conduit). Essayons de comprendre ce que peut précisément signifier cet évangile pour nous aujourd’hui, en mettant en lumière les éléments qui le composent. D’abord, ce passage évangélique suit immédiatement la description du siège de Jérusalem. Et la chute de la ville sainte est présentée sur l’horizon d’un bouleversement de la création tout entière. Mais le point sur lequel insiste l’évangéliste - nous l’avons entendu – c’est que ce n’est pas la fin, c’est le « commencement » : ce n’est pas le récit de la fin du monde, c’est le passage de l’ancienne humanité à l’Homme nouveau, l’Homme filial, désigné comme le « Fils de l’homme », celui dont la venue s’opère en rupture avec l’ancien monde. Ensuite, la mise en scène apocalyptique pourrait nous faire croire que Dieu vient régler ses comptes, vient écraser l’humanité. Or l’Evangile nous dit le contraire. Jésus nous invite à « relever la tête ». La venue du Fils de l’homme s’accompagne d’une invitation à nous redresser qui contraste avec l’effondrement de ce qui dans nos existences et celle du monde ne sont pas du côté de Dieu, ne sont pas du côté de l’amour créateur. Pour le dire autrement, c’est parce que le Christ est venu qu’il y a à attendre autre chose que la fin du monde. C’est parce qu’il est venu que rien dans nos vies ne peut être comme avant. Dieu est venu dans le monde. Et il revient sans cesse. C’est tous les jours que le Christ vient nous aider à nous relever, à nous tenir debout. Mais il est clair aussi que sa venue provoque et bouscule ce que l’évangéliste St Jean appelle « le monde ». Car ce qui vient, les temps de justice et de paix, ne peuvent cohabiter avec les pratiques d’un monde qui rêve toujours d’une toute-puissance de richesse et de paraître. Dès lors, la venue du Christ et son Evangile interrogent la vérité de toutes nos entreprises humaines, nous plaçant devant des choix. Choisir d’être plus homme, d’être davantage selon l’Homme accompli de la fin des temps, cela suppose, - nous le savons bien en regardant les différentes réalités de nos existences et du monde - que l’on mette à mort toutes les manières qui nous déshumanisent et déshumanise les autres ; et qui pourtant si souvent nous séduisent et nous enferment. Le Christ vient comme le glaive qui opère les partages nécessaires. Il se fait insistant dans ce travail de libération et de vérité, car il sait que c’est par là seul que peut venir la vie. Ce qui vient au monde, frères et sœurs, c’est donc le Christ. Le Christ en son mystère de mort et de vie. Et ce qui attend le monde et ce qu’attend le monde, c’est la réalisation de « la promesse de bonheur » dont nous parlait le prophète Jérémie. La venue du Christ que nous préparons, c’est cette venue permanente qui s’effectue dans le plus quotidien des jours, qui se signifie par la naissance de Jésus et dont nous attendons l’accomplissement final dans le retour du Christ. Aussi, pour ce temps de l’Avent, ayons à cœur de réorienter nos existences, en cessant de vouloir tout maîtriser et contrôler, en regardant lucidement ce qui nous enferme et nous empêche d’aimer, et tournons notre regard, simplement, vers Celui qui vient. Oui, relevons la tête, regardons-le s’approcher durant ces semaines. Il vient pour chacun et chacune nous parler d’une vie qui commence.
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