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1er
dimanche de Carême - Année
C
Luc 4,
1-13
Père Marc Rastoin, jésuite
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dimanche 21 février 2010 |
Etrange statut de ce
récit… Jésus est « rempli de l’Esprit Saint ». Il vient
d’être baptisé par Jean et de s’engager de tout son cœur dans sa
mission. Mission dont nous savons qu’elle sera difficile - il le
sait aussi - mais mission qui n’a pas commencé… Comment peut-on
alors parler de tentations ? Peut-on vivre des tentations comme par
anticipation ? Peut-on vraiment imaginer à l’avance une
épreuve que l’on n’a pas encore connue ? C’est un peu comme si l’on
demandait à des fiancés d’imaginer les tentations et les épreuves
qui pourraient les affecter plus tard ? En outre, peut-on vraiment
épuiser « toutes les formes de tentation » ? Vous me direz
peut-être ‘nous non, mais Jésus oui parce qu’il est le Fils de
Dieu’. Mais si Jésus est fils de cette façon, c’est-à-dire d’une
façon telle que ce qu’il vit et éprouve ne peut pas se rapporter à
nous et à notre expérience, alors ce récit ne nous apprend rien…
Plus grave encore, toute sa vie ne nous apprend rien… Ni sa prière
la nuit sur la montagne, ni son calme face à la haine et aux
critiques, ni son agonie à Gethsémani… Si Jésus avait eu à lutter
contre des tentations uniquement propres à lui, comment pourrait-il
nous enseigner ? Jésus est vrai Dieu certes mais il est aussi
inséparablement homme véritable. C’est une affirmation de foi
fondamentale. Il a éprouvé notre condition humaine en toutes choses.
C’est donc qu’il a été tenté puisque la tentation fait partie de
notre vie. Et les Evangiles nous le disent. De deux manières :
d’abord par ce récit inaugural quasi intemporel et ensuite en nous
montrant concrètement la façon dont Jésus affronte l’épreuve au long
de sa mission.
A plusieurs reprises, Jésus a refusé
la tentation de la gloire et des louanges faciles. « Les gens
disaient : ‘C'est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le
monde !’ Alors Jésus, se rendant compte qu'ils allaient venir
s’emparer de lui pour le faire roi, s'enfuit à nouveau dans la
montagne, tout seul » (Jn 6,14-15). Jésus a refusé de mettre en
doute la bonté de Dieu, même lorsqu’il eut faim, même lorsqu’il fut
fatigué et humilié. « Aux accusations que les grands prêtres et
les anciens portaient contre lui, il ne répondit rien. Alors Pilate
lui dit: ‘Tu n'entends pas tous ces témoignages contre toi?’ Il ne
lui répondit sur aucun point » (Mt 27,12-14). Ce récit nous dit,
discrètement, que Jésus a connu ces tentations jusqu’au bout ; que
c’est même là qu’elles ont été les plus fortes… « Le démon
s’éloigna de lui jusqu’au moment fixé »… Ce moment décisif,
c’est Gethsémani. Là, Jésus a résisté de toutes ses forces : « Entré
en agonie, il priait de façon plus instante, et sa sueur devint
comme de grosses gouttes de sang qui tombaient à terre. Se relevant
de sa prière, il vint vers les disciples qu'il trouva endormis de
tristesse, et il leur dit : ‘Qu'avez-vous à dormir ? Relevez-vous et
priez, pour ne pas entrer en tentation’ »
(Lc 22,44-46). L’auteur de la lettre aux Hébreux s’en souvient
lorsqu’il nous dit : « Oui, pensez à celui qui a enduré de la
part des pécheurs une telle opposition, afin de ne pas vous laisser
accabler par le découragement. Vous n'avez pas encore résisté
jusqu'au sang dans votre combat contre le péché » (He 12,3-4).
Il y a des heures où le bien même que nous avons choisi paraît sans
saveur, où le ‘oui’ ancien a perdu de sa couleur. Comme Meryl Streep
dans la ‘Route de Madison’, la personne mariée entend une petite
voix lui dire : ‘Tu as gaspillé tes forces en vain, ton conjoint
ne te connaît plus, tes enfants sont loin, pourquoi ne pas choisir
l’amour passionné qui s’offre de nouveau à toi ? Tout le monde a
droit à une deuxième vie !’. L’homme de foi entend une petite
voix dire en lui, comme Isaïe : « C'est en vain que j'ai peiné,
pour rien, pour du vent que j'ai usé mes forces » (Is 49,4). A
ces heures là nous vivons vraiment la tentation, nous vivons
vraiment Gethsémani et c’est là que le souvenir du Christ doit nous
donner ce surcroît de force qui nous fera traverser la nuit.
Si les Evangiles nous mettent ce
récit dès le début, n’est-ce pas pour nous dire : ‘prépare-toi à
l’épreuve afin que le jour où elle survienne tu ne sois pas
désarmé ?’ Anticiper, ce n’est pas déjà vaincre mais c’est mieux
préparer le combat. ‘Peux-tu avec 10000 hommes affronter ton ennemi
qui vient avec 20 0000 ?’ disait Jésus. Se préparer aux épreuves, ce
n’est pas les éviter mais c’est être plus fort pour les surmonter.
Alors que nous soyons fiancés ou engagés depuis plus longtemps dans
l’Alliance, souvenons-nous du Christ et de sa prière. S’il a vaincu,
nous pouvons vaincre… Amen.
© Compagnie de Jésus
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