Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 

Homélie             

                                                                                               

2ème dimanche du temps ordinaire - Noces de Cana - Jean 2,1-11- Année C     

dimanche 17 janvier 2010

                                                                                    

 Père Dominique Cupillard, jésuite           

Pour entrer dans ce récit des noces de Cana, il faut se rappeler cette parole de saint Jean : j’écris pour que vous croyiez. Tout dans ce récit nous invite à voir dans ce miracle de l’eau devenue vin, bien plus qu’un miracle, un signe qui éclairé par la prophétie d’Isaïe, annonce d’autres noces, celles que Dieu va sceller avec l’humanité quand l’heure sera venue, à travers la Pâque du Christ.   

Tout fait signe dans ce récit. Le cadre, celui d’une noce et le moment : on est au début de l’évangile de Jean. Jean parle de commencement mais ce début marque aussi la fin de quelque chose Ils n’ont plus de vin ! C’est le constat d’un manque, plutôt d’un épuisement, le signe de réserves taries. Et c’est Jésus qui va combler ce manque par un don surabondant, un vin nouveau et meilleur que l’ancien. Marie, dont Jean signale d’emblée la présence, joue un rôle clé dans la symbolique de ce récit. Désignée comme la mère de Jésus, elle fait signe de ce qui précède Jésus. Or ce qu’elle désigne, ce sont des cuves vides, énormes, toute une installation rituelle, mais qui n’a pas suffi pour conduire ce repas jusqu’à la fin, jusqu’à la joie des noces.

Elle témoigne en fait, de l’épuisement d’Israël, de l’incapacité et de l’impuissance de la loi ancienne et de ses rites à combler l’attente juive (ces 6 cuves vides et non pas 7 désignent bien quelque chose d’inaccompli). Mais Marie est aussi témoin dans ce récit, de l’imminence de l’Heure du salut, qu’elle pressent, qu’elle annonce et à laquelle elle prépare, par un appel à se mettre en état d’écoute croyante et de consentement à la parole de Jésus Faites tout ce qu’il vous dira. Elle a donc un rôle charnière, témoin à la fois du vieil et du nouvel Israël, mère de Jésus et mère de l’Eglise, peuple de disciples, qui naîtra le matin de Pâques, en se mettant à croire, un 3ème jour comme à Cana. Les noces de Cana inaugurent un commencement qui est aussi un passage. Le passage entre deux alliances, l’ancienne et la nouvelle, l’une passant dans l’autre comme l’eau passe en vin dans ce récit. C’est à tort qu’on parle de deux Testaments, il n’y en a qu’un seul, devenu nouveau, avec Jésus. Deux vins oui mais pour une seule noce.

Ce passage et cet accomplissement ont lieu dans un maintenant qui dure toujours. Vous l’avez remarqué, tout tourne dans ce récit autour d’un présent, qui est le moment concret de ce passage de l’eau au vin, du manque au don sans limites. Puisez maintenant ! Tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant ! C’est un signe, frères et sœurs, que ce maintenant du miracle n’attende pas les fêtes pascales mais coïncide, ou presque, avec notre entrée dans le temps ordinaire de la liturgie. Car c’est bien, à la table de nos  joies et de nos  peines, dans l’ordinaire de nos vies, que le Christ s’invite pour changer l’eau en vin. Marie nous dit : Faites tout ce qu’il vous dira et Jésus nous dit : Remplissez d’eau ces cuves, faites avec ce que vous avez, puisez dans votre propre fonds. Puisez et portez. Puisez et portez quoi ? On ne nous le dit pas. C’est le maître de maison qui ayant goûté, s’aperçoit que quelque chose a changé, qu’il s’agit du meilleur vin. Le miracle de Cana, pour nous, ce n’est pas de substituer une autre vie à la nôtre, c’est de refaire alliance avec la vie à travers notre vie, découvrir que notre vie a du goût, qu’on a du goût à vivre ce que l’on vit au quotidien, dans sa réalité pauvre et ordinaire. Que le banal de nos vies est transfiguré par la présence aimante du Christ. C’est de retrouver la saveur des choses. Retrouver sur notre palais, gâché par l’habitude d’un vin médiocre, le goût du bon vin, le goût de ce qui manque. Ce n’est que goûtée que l’eau devient du vin.

Mais ce n’est que puisée aussi et portée. N’est-ce pas la vocation de l’Eglise de célébrer un signe dont elle n’est pas la source, d’être servante d’un don, d’une profusion pour le monde qui ne vient pas d’elle. Cana nous est confiée : partout en Galilée, des convives manquent de vin et l’invitation à la joie, vaut pour tous. Nous ne manquerons jamais de ce vin là. Un père de l’église s’interrogeait : Ont-ils tout bu ? Non, pouvons nous répondre, car nous en buvons encore. C’est à ce vin là, nouveau, transformé, que nous allons puiser maintenant dans cette eucharistie, pour que notre vie aussi soit transformée.