Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

Vingt-deuxième dimanche C                                                                                                   2 septembre 2007

Père Marc Rastoin,  jésuite

Ben Sirac 3, 17…29 ; Psaume 67 ; Hébreux 12, 18…24 ; Luc 14, 1a.7-14

« Jésus remarqua… » Jésus se révèle un fin observateur de la société. Il aurait pu participer aux séminaires de Bourdieu ! La société galiléenne, comme les autres sociétés méditerranéennes, est une société de l’honneur et de la honte. Le bien le plus précieux d’un être humain est l’honneur. Cela demeure un élément important de notre identité et de notre rapport aux autres : nous voulons faire bonne figure et nous ne voulons pas être humiliés devant les autres. Nous ne voulons pas perdre trois zéro à domicile ni finir dernier en classe… Jésus part de cette réalité sociale commune pour observer qu’en se mettant soi-même trop en avant, on risque de se faire humilier tandis qu’à se situer plus humblement, voire même à la dernière place, on ne peut qu’être appelé plus haut. Jésus ne refuse pas cette logique : il la subvertit en quelque sorte : ‘Vous voulez vraiment de l’honneur et de la considération, vous avez raison ! soyez humbles et vous serez honorés !’ Il y a derrière cette parabole, la conviction très profonde de Jésus que Dieu est celui qui veut nous honorer, nous donner du poids, nous glorifier. Jésus ne se contente pas de raconter une histoire au hasard. Cette histoire en fait, c’est celle de sa vie : il est celui qui a choisi de se mettre à la dernière place, sur la Croix, dans la confiance que le Père allait le relever, le glorifier. Il donne totalement sa vie parce qu’il a foi que le Père voudra la lui rendre. En perdant notre vie à la manière de Jésus, à la manière du grain de blé qui tombe en terre, on se perd pas définitivement, on se trouve : on est élevé, restauré, glorifié. Le but ultime, c’est d’être honoré, relevé, de vivre en plénitude. Il s’agit de le croire vraiment…

Jésus l’a vraiment cru. Alors il a vraiment pu s’abaisser. Anne la mère de Samuel avait chanté : « Le Seigneur appauvrit et enrichit, il abaisse, il élève aussi. Il relève le faible de la poussière et tire le pauvre du tas d'ordures, pour les faire asseoir avec les princes et leur attribuer la place d'honneur. » (1 S 2,7b-8). Quelle est la différence entre Jésus et Anne ? Son abaissement n’est pas subi. Il est choisi volontairement. A partir d’une richesse. Pour se faire pauvre, il faut être riche. Pour donner ses biens, il faut en avoir. Jésus décrit un mouvement volontaire. Il s’agit de recevoir des biens, de reconnaître qu’on les a, pour pouvoir donner. Pour donner sa vie, il faut reconnaître qu’on l’a vraiment reçu. Est-ce que nous n’avons pas parfois pas peur de tout perdre ? Ne croyons-nous pas parfois que le Seigneur est un maître au cœur dur « qui récolte là où il n’a pas semé » (Mt 25,24b) ? Croyons-nous vraiment que le Seigneur nous a donné beaucoup, veut vraiment notre vie ? Qu’il veut nous glorifier.

Jésus raconte une deuxième histoire profondément crédible et humaine. Nous échangeons des invitations et de la considération. Nous sommes engagés dans un jeu de don et de contre-don comme disent les sociologues. Cela n’est pas mal en soi. Au contraire, cela rend hommage à notre nature relationnelle : nous sommes créés pour ce jeu d’échanges, pour la relation, pour donner et recevoir les uns des autres. Pourquoi ? Parce que nous sommes créés à l’image d’un Dieu Trinité, d’un Dieu qui est un courant permanent d’échanges, de don total et de réception parfaite : le Père donne tout au Fils et celui-ci répond par le don de sa vie. Et nous ? Nous avons des amis et d’eux nous recevons beaucoup… Ne nous faut-il donner qu’à ceux qui ne peuvent pas nous rendre ? Non bien sûr ! Jésus dit simplement ceci : ‘Tu dis être croyant, très bien, de temps en temps, pense à ne pas recevoir, du moins immédiatement : accepte de donner à fonds perdus, gratuitement’. Tel cousin ne nous a jamais invités au mariage de ses enfants et bien on l’invitera ! Sans se préoccuper de réciprocité. Petit à petit se constitue ce que Jésus appelle un trésor : « Donnez en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s'usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux » (Lc 12,33). Ce trésor se constitue petit à petit, comme un petit filet d’eau, par ces petits gestes gratuits, par lesquels nous agissons en croyants. Nous avons un petit compte courant là-haut, un compte petit peut-être mais qui est auprès de Dieu … Celui qui le garde est un Dieu qui donne la vie et qui veut que nous soyons à notre tour des donateurs. Pour vraiment donner, prions pour recevoir notre vie comme un don ; demandons à grandir dans la foi en l’amour absolu de Dieu pour nous. Le dernier mot de l’Evangile est le dernier mot de la vie et de la foi de Jésus : Résurrection. Le Seigneur prépare notre Résurrection. Il veut nous glorifier. Croyons-le. Amen.