Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

23ème dimanche A

 

Ézéchiel 33, 7-9 ; Psaume 94 ;

Romains 13, 8-10 ; Matthieu 18, 15-20


 

 

 

Vingt-troisième dimanche A                        dimanche 4 septembre 2005

 Père Marc Rastoin,  jésuite

         Notre écoute de cet Evangile dépend d’une seule chose : que nous comprenions, que nous comprenions vraiment, avec notre cœur, qu’il s’agit ici d’une histoire de « frères », d’une histoire de famille… Si cela n’est pas perçu, cet Evangile peut nous évoquer le pire…

* Ezékiel parlait du « méchant »… Jésus par de « ton frère ». Qu’est-ce qu’un frère ? C’est quelqu’un qui est m’est lié d’une façon unique et inconditionnelle, selon la nature, parce que nous avons un père commun. C’est d’abord quelqu’un que j’aime spontanément, quelqu’un que mon premier réflexe est de défendre face à toute menace. Je serai prêt à donner beaucoup, de moi, de mon temps, de mon argent, pour le tirer d’un mauvais pas. C’est quelqu’un que je peux aussi jalouser et haïr certes… La Bible est pleine de ces histoires de fraternités difficiles. Ce qui est sûr c’est que c’est quelqu’un dont la vie ne m’est jamais indifférente… Il demeurera toujours quelqu’un que je veux « gagner », sauver. Je lui suis lié et je veux que ce lien soit vivant. Même quand, comme on dit, tous les ponts sont rompus, ce n’est jamais totalement vrai et je donnerais tant pour me réconcilier avec lui ou pour qu’il sorte du chemin de mort dans lequel il peut être engagé…

* Tout cet Evangile est fondé sur la fraternité. C’est au nom de l’amour que je porte à mon frère que je peux risquer une parole, c’est à cause de cet amour, dont témoignera ma parole que, peut-être, je serai écouté. Il ne s’agit pas ici de petites bricoles mais d’un chemin où mon frère risque sa vie. Ezékiel et Paul parlent de fautes graves : l’adultère, mis en tête comme infidélité à une alliance, à un lien librement choisi, le meurtre... Il s’agit de sauver le frère, lui et donc aussi sa famille. Si dans ma famille quelqu’un est arrêté pour corruption, toute la famille est touchée et en souffre. Ou encore, si j’entends dire qu’un ami, dont je suis très proche, trompe sa femme, je peux, et même je dois, trouver la force d’aller le trouver pour lui dire ma douleur, mon souci, pour lui, pour elle, pour ses amis, pour essayer d’être un signe de Dieu pour lui. Un veilleur comme Ezékiel. Comment trouver les mots ? sans doute en les demandant dans la prière… Les mûrir dans la prière, dans mon cœur, dans un moment de paix. Parler non pas à la manière d’un pharisien ou de quelqu’un qui se croit juste mais à la manière de Jésus, à la manière d’un frère.

* La phrase « s’il refuse d’écouter l’Eglise, considère-le comme un païen et un publicain » peut nous surprendre. Après tout Jésus n’a-t-il pas fait bon accueil à certains païens comme le centurion ou à certains collecteurs d’impôts comme Zachée ?? Oui mais justement Jésus a vu en eux des gens capables de conversion : « va et désormais ne pèche plus. » Mais de même qu’un pécheur peut se convertir, de même un disciple peut devenir pécheur et être, de nouveau, appelé à une conversion radicale… Il est plus facile que l’on croit de se perdre, d’être pris par une logique qui nous détruit. C’est comme frères que nous avons à nous écouter et à nous parler.

* Par le retour de l’expression « deux ou trois », Matthieu nous remet en mémoire l’importance de la prière commune vers le Père. C’est parce que nous sommes liés à ce Père que nous sommes frères. Où sont nos liens ? Si nous sommes liés ensemble et au Père, alors tout peut être obtenu. Soyons liés les uns aux autres et attachés à Dieu. Alors nous pourrons être déliés des liens qui nous empêchent d’être nous-mêmes. Il y a des liens qui élèvent et grandissent et des liens qui rabaissent et aliènent. Il s’agit d’être liés les uns aux autres par l’écoute, l’écoute commune de la Parole et l’écoute fraternelle les uns des autres. Le Seigneur disait à Israël : je t’ai mené « avec des attaches humaines, avec des liens d'amour » (Os 11,4b). Les liens que le Seigneur veut avec nous, il veut que nous les ayons entre nous… Que nous soyons liés par des liens d’amour. Matthieu, volontairement, dit à tous les disciples ce que Jésus a dit à Pierre à Césarée de Philippe : « Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux » (Mt 16,19b). Il fait de tous les disciples des êtres appelés à lier et à délier. Puisqu’il est de la nature du Seigneur de « délier les enchaînés » (Ps 146,7), il est de notre mission de disciples de faire de même. Oui. Soyons heureux d’avoir un Père qui désire nous délier de tout mal et nous lier à lui par des liens d’amour. Amen.