Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


                                                                                             

23ème dimanche B                                                                                                  dimanche 10 septembre 2006

Père Jean-Marc Furnon, jésuite

Marc 7, 31-37

 

Le malheur dans nos vies

Sourd et muet, c’est vraiment un malheur, chez les païens de la Décapole comme chez les juifs de la Judée ; un malheur pour tous. Il y a des malheurs dans la vie des hommes, dans nos vies personnelles, nos familles, nos pays, notre ville. Ce malheur nous assomme, nous révolte, nous accable, peut nous donner envie de mourir ou de rejeter Dieu. On entend encore bien des gens dire que nos malheurs sont punition divine. Ou alors que si nous sommes heureux aujourd’hui il faudra le payer demain.

Il y a une force perverse qui ne peut se réjouir de la vie de l’homme, de sa joie et de la louange qui monte du cœur et de la bouche de l’homme vers Dieu pour rendre grâces. Cette force combat l’homme et cherche à le rendre muet. Cette force est ce que l’Ecriture appelle Satan, l’adversaire, l’accusateur de nos frères, l’ennemi de la nature humaine dit saint Ignace. C’est Satan mais ce n’est pas Dieu. Nous pouvons être trompés et céder à la tentation en tombant dans la confusion entre Dieu et Satan. Dieu ne tente personne. Dieu est l’ami de l’homme. Dieu a créé l’homme et la femme au milieu de la création, c’est sa joie. Dieu a envoyé son fils Jésus pour que l’homme sorte de la confusion et retrouve le chemin de la vie.
Le malheur est l’occasion pour Satan de nous tenter en nous fermant à Dieu et à la joie.

Dieu libère

Si Jésus a guéri cet homme c’est parce qu’il était sourd et muet, c’est parce qu’on le lui a demandé et c’est aussi pour donner un signe qui manifeste aux hommes que Dieu libère l’homme de ses cécités, de ses surdités, de ses paralysies, de ses incapacités à communiquer. Les guérisons de Jésus ne sont pas une solution immédiate aux misères des hommes mais un signe que nous croyons dans la foi que Dieu libère l’homme.

Nous le croyons avec le Prophète Isaïe, entendu dans la première lecture : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu…. Alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Alors la bouche du muet criera de joie. » Isaïe 35, 4-7

Nous le croyons avec le psalmiste : « Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles…Le Seigneur protège l’étranger » Psaume 145

Nous le croyons avec Jésus qui a cru pour lui-même tout au long de sa vie et jusque sur la croix que Dieu libère de la mort à travers la mort. A travers nos malheurs, Dieu nous libère de la mort. C’est la grande nouvelle de sa résurrection pour tout homme, païen ou juif : Dieu libère l’homme de la mort à travers la mort. C’est vers la résurrection que nous allons ensemble, c’est ce que nous célébrons dans l’eucharistie : « Tu as tellement aimé le monde, Père très saint, que tu nous as envoyé ton propre Fils, lorsque les temps furent accomplis, pour qu’il soit notre Sauveur » (Prière eucharistique n°4)

Et nous ?

Tous ceux qui sont cabossés par la vie, c'est-à-dire « nous », peuvent garder confiance car Dieu libère. Cette révélation nous invite à prendre un cap, à le prendre résolument, du côté de l’oreille et du côté de la parole. Jésus a dit au sourd-muet : « Ouvre-toi » !

Du côté de l’oreille, Jésus nous dit : ouvre ton cœur à l’œuvre de Dieu qui entend ta demande et qui te libère malgré tes souffrances ; elles qui nous conduisent souvent à nous replier sur nous même et à être sans espérance. Mais aussi ouvre tes oreilles, qu’elles entendent le cri des pauvres aujourd’hui.

Du côté de la parole, nous sommes appelés à la louange. Fondamentalement. Je repense à une petite histoire, une interview de Thuram, le footballeur, dans un Journal Télévisé de 20h00 cette semaine. Ce joueur de l’équipe de France a offert 80 places aux immigrés de Cachan pour le match France/Italie. Et tout de suite on l’interroge sur cet acte comme une prise de position politique ! Il n’y a pas eu un moment dans l’interview pour se réjouir de ce cet acte simple et généreux. Bien sûr Thuram a de l’argent mais si les gens qui ont de l’argent n’offrent pas des places aux pauvres pour le stade de France qui les offrira ? Et puis quelle joie pour un pauvre de participer à un tel match même si cela ne change rien immédiatement à sa situation. Bien sûr un tel acte d’un joueur de l’équipe de France de football a un impact social et peut être interprété politiquement pour le mettre en difficulté ou faire mousser les affaires, pour « créer l’événement » comme on dit. Lors de cet interview il n’y avait pas un instant pour rendre grâce, pour se réjouir. Voilà le démon muet à l’œuvre : il empêche la louange. Ce démon ne se réjouit pas de la vie.

Dans notre société marquée par la morosité comme on dit, soyons, quel que soit notre âge, des disciples de Jésus, c’est-à-dire des hommes et des femmes de la louange, des hommes et des femmes qui disent du bien de leurs voisins, de leur conjoint, de leur enfants, des collègues, de la vie : louons l’homme et louons Dieu. De bon cœur.