Eglise Saint-Ignace       

église des jésuites à Paris                

 


 

 

 

Vingt-troisième dimanche C

 

Sagesse 9, 13-18

Psaume 89

Philémon 9...17

Luc 14, 25-33

 

 

 

Vingt-troisième dimanche C

Père Jean-Paul Mensior,  jésuite

 

Sagesse 9, 13-18 - Psaume 89 - Philémon 9...17 - Luc 14, 25-33

 

« Renoncer à tous ses biens…porter sa croix » Ces paroles de Jésus sont dures à entendre, et ce sont des paroles  qu’il faut comprendre avec justesse – d’autant plus qu’elles ont donné lieu à des contresens graves, qui ont nourri bien des peurs de vivre, ou un goût morbide pour la souffrance.

   C’est pourquoi il n’est pas inutile de redire d’abord avec force que la souffrance n’a, en elle-même, aucune valeur,, et qu’elle est un mal contre lequel il faut lutter autant que nous le pouvons. Nous ne voyons chez Jésus aucune complaisance vis à vis de la souffrance. Quand il la rencontre autour de lui, il en est bouleversé, et la souffrance des hommes lui arrache, parfois comme de force,  des miracles de guérison. Quant à sa souffrance à lui, Jésus n’a pas voulu la croix pour ce qu’elle comportait de souffrance. Il l’a acceptée , dans la peur et les larmes, car elle était la conséquence, à laquelle il ne pouvait se dérober, de ce qu’il avait dit et fait, c’est à dire de la mission que le Père lui avait confiée.

   Pour nous, le renoncement dont Jésus  nous parle est toujours renoncement à des biens, à des choses bonnes : aimer les siens, proches ou lointains, et, ce qui est souvent plus difficile, s’aimer sainement soi-même. Bien entendu Jésus ne nous demande pas de mépriser ce à quoi nous renonçons. Ce qu’il nous demande, c’est de préférer à tout le Royaume, et le Seigneur de ce Royaume. Pas plus qu’il n’est demandé à un homme de haïr son père ou sa mère, alors qu’il lui est formellement demandé de les quitter pour l’amour préférentiel d’une femme.

   Jésus nous dit ici que ce qui fait le disciple, c’est de porter sa croix à sa suite. Écoutons-le bien : il ne nous demande pas de porter toutes les croix, ni la sienne, mais de porter la nôtre. Nous savons bien qu’il n’y a pas de vie humaine sans croix, c’est à dire sans souffrance, sans deuil, sans rupture, sans douleur et sans tristesse – pour ne rien dire de l’insondable misère du monde dont les échos nous parviennent chaque jour.

   Alors, porter sa croix, c’est d’abord consentir à ce qui arrive, à l’événement imprévu, à ce que nous n’avons pas choisi, au poids plus ou moins lourd de notre héritage, à ce qu’il y a de douloureux dans nos vie et à quoi nous ne pouvons rien . C’est aussi consentir d’avance à ce qui peut arriver si du moins on a accepté de ne pas tout maîtrisé et de vivre exposé et non replié frileusement sur soi, à plus forte raison quand on a choisi de risquer sa vie inconditionnellement sur la parole du Christ, c’est à dire de la donner, comme lui.