|
23ème
dimanche 7
septembre 2008
Père François Boëdec, jésuite
Ezékiel (33, 7-9) - Romains (13, 8-10) - Matthieu (18, 15-20)
Frères
et sœurs,
Une
fois encore, la rentrée scolaire indique le retour du temps ordinaire.
Dans quels sentiments sommes-nous en ce mois de septembre ? Pleins
d’entrain, pour ceux que le temps des vacances a reposé et dynamisé,
soulagés, pour ceux que cette période de l’été isole ou inquiète,
moroses, pour ceux que le retour au rythme connu désole et démotive,
inquiets peut-être pour qui appréhendent les mois à venir… Il y a
parfois un peu de tout cela en nous, au moment où, reprenant le cours
habituel des choses, nous regardons notre vie professionnelle,
familiale et affective, sociale, spirituelle, ecclésiale…
Alors,
avant que les plis des habitudes, - les bonnes et les moins bonnes !
-, ne se reprenne, arrêtons-nous un instant. Nous retrouvons souvent
les mêmes personnes, les mêmes lieux, les mêmes fidélités. Qu’est-ce
que l’été avec son lot d’événements, proches et lointains, a déplacé,
interrogé, encouragé ? Quelle attention allons-nous porter au monde
qui nous entoure pour que la rentrée ne soit pas simple routine ? Ou
que la nouveauté, les changements, les défis ne nous inquiètent ou
paralysent ? Que voulons-nous vivre cette année ? Avec Dieu, avec les
autres ?
Les
textes que la liturgie nous propose en ce premier dimanche de
septembre peuvent nourrir ici notre réflexion. Que nous disent-ils de
si fondamental ?
Nous
avons souvent l’habitude de considérer notre vie de foi comme une
affaire entre Dieu et chacun de nous. Certes, chacun de nous est
unique et sa relation à Dieu est unique. Mais cette relation
« verticale » appelle une relation « horizontale » avec les autres :
nous ne pouvons être fils sans être frères. Si dans notre tradition
spirituelle, Dieu appelle tout homme par son nom, ce n’est jamais en
tant qu’individu isolé, mais c’est toujours comme membre d’un peuple
et pour le bonheur de l’ensemble de ce peuple auquel il est renvoyé.
Car le but de Dieu, c’est l’humanité rassemblée dans l’amour. En
donnant naissance à l’Eglise, le Christ manifeste que l’homme ne peut
exister réellement que par ces liens.
Dans
cette perspective, les deux dernières phrases de notre évangile sont
indispensables à la compréhension de l’ensemble : « si deux d’entre
vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quelque chose, ils
l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. Quand deux ou trois sont
réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». C’est lorsque des
hommes « s’entendent », « se réunissent » au nom du Christ, qu’ils
sont en communion avec leur origine et leur fin. Et c’est parce que
notre vérité d’homme est d’être ensemble que nous ne pouvons nous
désintéresser de ce que fait notre frère.
En fait,
il s’agit pour cela d’être d’abord nous-mêmes, tournés vers celui qui
nous donne la justesse d’attitude. Entre la crainte d’une religion
dont le poids de la communauté et de la règle serait étouffant, et
celle d’une religion de la personne qui deviendrait mythe de
l’épanouissement et adoration de soi-même, une juste manière d’être
est possible. Toutes les Ecritures nous en parlent. Il y a certes le
peuple au premier plan, mais il y a aussi au premier plan Abraham,
Moïse, David, etc. Des hommes qui sont d’autant plus accomplis
personnellement dans leur originalité incomparable qu’ils sont
davantage pour le peuple. Il se passe la même chose pour le Christ,
fils de Dieu, mais aussi l’homme universel, récapitulant toute
l’humanité, parce qu’il est l’homme Jésus, ayant vécu trente ans en
Palestine, et qui reste lui dans sa résurrection. Pierre et la
communauté sont dans le même rapport. Chacun de nous également. La
communauté n’existe vraiment que si chacun a sa consistance propre.
Elle ne nous noie pas en elle ; elle nous fait être nous-mêmes. D’où
la charité qui consiste à aimer l’autre non pas dans l’abstrait, d’un
amour indistinct, mais tel qu’il est et pour ce qu’il est. La
communauté commence là. Il ne peut y avoir d’Eglise, ni de signe que
porte l’Eglise à la communauté des hommes de notre monde, sans ce
profond respect.
Alors,
frères et sœurs, dans cet esprit, qu’allons-nous vivre avec les
autres dans les mois à venir ?
Cela
passe d’abord par habiter nos paroles et nos décisions ; c’est refuser
les conformismes et les prêts-à-penser faciles ; c’est choisir ce qui
va nous rendre plus vivants, c’est consentir à donner de soi aux
autres sans attendre en retour. Mais c’est aussi faire confiance à
nouveau, tenter une parole, mettre en œuvre ce qui a germé ces
derniers mois, répondre à un appel, dénoncer ce qui n’est pas ajusté,
choisir la patience…. Ces risques-là, petits mais réels, se vivent au
quotidien. Ils demandent ouverture et veille intérieure, pour
qu’au-delà de l’éparpillement des jours, l’unité de nos existences
apparaisse dans l’accueil de l’essentiel. C’est là où Dieu se tient.
Puissions-nous, frères et sœurs, avec la tranquille assurance que Dieu
attire toute chose à lui, regarder en cette rentrée ce qui fait notre
vie personnelle, relationnelle, communautaire, et accueillir dans la
confiance tous les signes de sa présence. |