Eglise Saint-Ignace

église des jésuites à Paris                 


Homélie             

                                                                                               

23ème dimanche ordinaire- Année C        

Luc 14, 25-33

Père Dominique Cupillard, jésuite   

 dimanche 5 septembre 2010

Alors que nous entamons une nouvelle rentrée, Jésus nous dit sans détours, ce que cela veut dire se mettre en route à sa suite, être son disciple. Ce n’est pas une petite affaire, ni l’affaire d’un moment, c’est une grande affaire, ce devrait être l’affaire de notre vie. Etre disciple du Christ, ce n’est pas se rallier à une doctrine, collectionner les sentences de Jésus, mais s’attacher totalement à sa personne. Vous avez remarqué l’insistance du vocabulaire : venir à moi, marcher derrière moi, me préférer, mon disciple. C’est bien le rôle de ces deux paraboles, de nous faire comprendre que suivre le Christ, c’est engager tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, nous engager corps et âme, à sa suite et à son service, nous donner franchement et totalement au Christ, qui nous met d’emblée à pied d’œuvre et sur pied de guerre.

L’appel à renoncer à tout, ne vise pas quelques-uns mais tous ceux, ces grandes foules qui suivaient Jésus. C’est vers chacun de nous que le Christ se tourne et qu’il demande s’il est prêt à tout quitter, pour Le suivre. Ce n’est pas dans l’abstrait qu’on peut répondre à cette question, mais au fur et à mesure qu’on découvre qui est le Christ, qu’on apprend à le connaître et à l’aimer. L’appel au renoncement ne prend sens et corps en nous, que porté par notre désir d’être avec le Christ, de le suivre, d’épouser sa mission. Qu’ai-je fait ? Que dois-je faire pour le Christ ? demande saint Ignace devant le Christ en croix.

Qui de nous n’a éprouvé qu’il est prêt à accepter des renoncements et sacrifices impossibles, pour exaucer une passion, à tout soumettre quoiqu’il en coûte, à une cause ou à un amour prioritaires ? C’est en découvrant l’unique urgence et priorité qui vaille, l’avènement du règne de Dieu, que nous serons conduits à tout ordonner et soumettre à cette priorité, comme le Christ lui a tout soumis, jusqu’à sa propre vie. C’est cette fin promise et recherchée, qui nous désignera elle-même tout ce qui nous éloigne d’elle. On imagine ou on s’invente parfois des sacrifices et renoncements que Dieu ne nous demande pas, qui ne servent aucune priorité, et nous accablent inutilement. Laissons le but, la force qui nous attire et nous pousse à vouloir ce meilleur pour nous que promet et qu’apporte le Christ, laissons-la délivrer notre marche en nous délestant de tout ce qui au dehors et au-dedans, nous attache et nous freine, ces dépendances, possessions, pesanteurs, égoïsmes, tous ces mauvais bagages, qui nous retiennent de suivre le Christ, d’aller là, où il va. 

Et là où il va, c’est vers la croix. Bien des sagesses ou religions prônent le renoncement, le christianisme seul, parle de la croix. Elle est là, pas seulement à la fin, mais dès le début. Elle pèse dans la balance pas seulement au moment de terminer son ouvrage mais de l’entreprendre, avant même de commencer à bâtir. Combien font l’expérience de cette présence de la croix au début de leur vie, comme un legs impénétrable et injuste.

L’appel du Christ à porter notre croix, n’a rien de morbide. Jésus n’a recherché ni la souffrance ni la mort : elles se sont présentées à lui et il ne s’est pas dérobé. Il les a affrontées, assumées, retournées en occasion d’offrande et d’amour. Il s’agit bien de porter notre croix, et non de la subir, que l’épreuve nous atteigne ou qu’elle atteigne autrui. Dans tous les cas, il s’agit d’assumer notre humanité, personnelle et collective, comme Jésus l’a assumée, sur un mode pascal, sans rien céder au désespoir et à la mort. Et sans renoncer à rien de notre espérance en la vie, quelles que soient les épreuves. Celui qui tiendra jusqu’à la fin, dit Jésus, celui-là sera sauvé.

Oui, frères et sœurs, c’est la leçon paradoxale des textes de ce dimanche, d’être invités à renoncer à tout par Celui qui en même temps et jusqu’au bout, n’a renoncé à rien. Le vrai détachement n’est pas une indifférence mais le signe d’un attachement supérieur qui nous délie et nous allège de tout, à commencer par nous-mêmes.

C’est la grâce que nous pouvons demander au Seigneur en ce temps de rentrée, qu’Il nous détache et nous allège de tout ce qui nous empêche d’être totalement à Lui et de le suivre là où Il veut que nous le suivions. Laissons-le nous désigner ce que quitter tout peut bien signifier pour nous : quitter tout pour nous, c’est quitter quoi aujourd’hui ?

© Compagnie de Jésus