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24ème dimanche A
Ben Sirac
27,30...28,7 Psaume 102
Romains 14, 7-9
Matthieu 18, 21-35
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Vingt-quatrième
dimanche
A
dimanche 11 septembre 2005
Père Jean-Yves Calvez, jésuite
Pardonner
Nous avons, dans une série de lectures
de l’Ancien Testament de dimanches successifs de l’été, lu et médité
la Loi, l’Alliance, selon l’Exode, les Nombres, le Deutéronome,
deuxième loi. Nous lisons et nous méditons maintenant le commentaire
de la Loi, de l’alliance, par des propos cruciaux de tous les autres
grands livres de l’Ancien Testament, surtout des prophètes, Isaïe,
Jérémie, Ezechiel, aujourd’hui Ben Sirac, un livre de « sagesse ». Et
le grand thème pour aujourd’hui, c’est le pardon : la renonciation à
la colère, à la rancune, le pardon proprement dit, « que tu oublies
l’erreur de ton prochain ». Et c’est prolongé par l’évangile, saint
Mathieu, sur le pardon « soixante-dix sept fois sept fois ». Le sens
profond de tout l’ensemble est que nous devons pardonner, toujours
pardonner, il n’est rien qui ne doive être pardonné, parce que chacun
de nous-mêmes est un être qui a autant besoin de pardon, qui a reçu
déjà bien du pardon. Et puis, à écouter saint Paul dans les Romains,
il n’a vraiment rien à lui, ni la vie ni la mort, il est le bien du
Christ, du Seigneur. Il n’est rien de lui-même. Comment pourrait-il
faire autrement qu’abandonner, pardonner. Il ne peut rien retenir
jalousement.
C’est l’un des appels les plus
surprenants que contient l’Evangile –avec l’amour de l’ennemi. Et
autour de nous, où il y a pourtant bien des réflexes d’origine
chrétienne, celui-ci un peu fort, trop fort pour beaucoup… Pardonner ?
Il faut au moins que le coupable ait avoué, confessé, regretté… Or
c’est là en effet un légitime souci, de la part de la société, qui
doit faire respecter un ordre. Mais pour chacun de nous, en
définitive, pour chacun de nous, pauvre devant Dieu, en grand besoin
de pardon lui-même, c’est autre chose : c’est pardonner qui est le
seul chemin et, encore une fois, il est des choses que nous disons
couramment « impardonnables » mais il n’est rien qu’en définitive nous
ne devions pardonner. Jésus a dit Père, pardonnez-leur (pour ses
bourreaux)… Jean-Paul II a, semble-t-il, pardonné de même tout court à
celui qui avait voulu l’assassiner, Agsa (nous ne savons pas ce qu’Agsa
pu confesser, avouer). J’ai, quant à moi, un jour été témoin avec
grande émotion du pardon donné par le fils d’une victime du terrorisme
Brigades rouges en Italie à celui, en fait celle qui avait froidement
assassiné son père, vice-président du Conseil de la magistrature
italien – pardon donné face à toute la classe politique à la prière
des fidèles lors de la messe de funérailles. Gestes impressionnants,
et pourtant c’est bien ce qu’on doit si l’on tient compte de ce nous
sommes selon les Ecritures. « Lui qui est un pauvre mortel, il garde
rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ? » (Ben Sirac).
Il faut à partir de là faire retour à
nos familles, à nos relations professionnelles, à tant d’autres
relations et observer : combien de pardons qui attendent que je les
donne ? petits et grands, tous importants pour que Dieu me pardonne
autant et tous requis d’autre part parce que Dieu et des hommes m’ont
à moi-même beaucoup pardonné. Le pardon est, faut-il ajouter, avant
même de parler de remise du péché, cela qui défait les fatalités, les
cercles vicieux, les noeuds de vipères de la jalousie, de l’envie, de
la haine. Le pardon de Dieu, dit le Psaume 102, « réclame ta vie à la
tombe » : te ressuscite, pas moins. Tout pardon donné par nous est
aussi un acte de résurrection.
La question qui nous est posée par les
textes liturgiques d’aujourd’hui, va donc très profond en chacun, nous
atteint comme à la jointure du mal et du bien. Au lieu où le mal peut
être surmonté, dépassé. Et il n’est rien sans doute de plus important
dans la vie d’un homme. C’est l’un des corollaires les plus
saisissants de la Loi et de l’Alliance entre Dieu et les hommes. Comme
de la restauration de l’Alliance, de la nouvelle alliance en
Jésus-Christ. Redisons-le donc avec lui : A tous, Père, pardonne-leur.
Et moi aussi, je veux pardonner. Amen
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